LA FLOTTE DEVANT ALGER
bas de tombal. Le vent était encore frais de la partie de Test; mais la mer était peu houleuse, et le temps était beau. A bord de la Provence, le général Bourmont, le vice-amiral Duperré et l etat-major de terre et de mer étaient montes sur la dunette. On croyait généralement que la côte était hérissée de batteries et que les apprêts d'une vigoureuse défense attendaient l'armée française; aussi toutes les lunettes étaient braquées sur la côte, où l'on n'apercevait aucun mouvement. N'était-ce point une embûche? Le Dragon, capitaine le Blanc, et la Cicogne, capitaine Barbier, reçurent l'ordre d'approcher de la côte pour reconnaître le mouillage.
Ici nous laissons la parole au vice-amiral commandant en chef île l'expédition : « Ce premier moment de répondre à la confiance de Sa Majesté, dit-il dans son rapport, m'a paru favorable, je l'ai saisi. La flotte s'est présentée à huit heures du matin devant la ville d'Alger, a défilé le long des forts et des batteries, le commandant de la station, accompagné de la Bellone, conduisant l'armée navale en tête, suivie de la réserve et du convoi, et à sept heures du soir elle occupait la baie de Torre-Chica; l'ennemi avait évacué la batterie de la pointe et le fort de la baie; mais il avait couronné les hauteurs voisines des pièces d'artillerie et des mortiers qui en composaient l'armement. Quelques coups de canon ont été tirés et quelques bombes ont été lancées sur la première ligne des vaisseaux. Un matelot a été blessé par un éclat à bord du vaisseau \cBreslaw. J'ai fait accoster la plage par le capitaine Louvrier, montant le bateau à vapeur le Nageur, qui est parvenu à faire évacuer une batterie en premier plan d'un mortier et d'un canon; la journée était trop avancée pour le débarquement : les dispositions ont été prises pour l'opérer à la pointe du jour. Les corvettes la Bayonnaise, capitaine Perrin; le brick YActéon, capitaine Hamelin, et le brick la Badine, ca • pitainc Guindet, qui n'avaient point de troupes à débarquer, mit été prendre poste dans la baie située à Test de Torre-Chica, pour prendre en flanc les batteries de l'ennemi et les battre pardessus la presqu'île. Les bateaux à vapeur le Nageur et le Sphinx,
516 HISTOlllE DIS LA CONQUÊTE D'ALGER.
capitaine* Sarlat, ont reçu l'ordre de couvrir de leur feu le débarquement dans l'ouest1. »
La relation du major général de l'armée de terre ajoute quelques détails. On aperçut, dans cette grande reconnaissance, un camp établi à une lieue environ du rivage. En avant de ce camp, on découvrait quelques batteries : c'était celles que fil taire le Nageur. Des groupes de cavaliers arabes galopaient le long du rivage, connue s'ils avaient voulu donner en spectacle la vitesse de leurs chevaux, et paraissaient et disparaissaient tour à tour dans les dunes. Peu à peu leur nombre s'accrut; du haut des hunes, on vit de longues colonnes se diriger vers le point du rivage menacé; on évalua le nombre de ces cavaliers à trois ou quatre mille. Du reste, aucun préparalif Apparent de défense. Ceux qui, dans notre armée, avaient fait la campagne de Moréc, signalaient seulement à leurs camarades des points blancs apparaissant dans le lointain : c'étaient 1rs tentes des Arabes. Nos soldats étaient remplis d'espérance et de joie; ils attendaient la journée du lendemain avec celle insouciance du danger, ce goût d'aventure et cette gaieté héroïque et pleine de saillie qui sont les caractères du courage français; les vieux soldats de l'Empire qui faisaient partie de l'expédition reconnaissaient à ces traits la grande race militaire d'où étaient sorties les puissantes armées dans lesquelles ils avaient combattu'1. A huit heures du soir, les trois escadres, la première division de combat et la flottille de débarquement avaient jeté l'ancre. L'opération du mouillage s'exécuta sans que l'ennemi essajàl de l'entraver, sans que les navires, pressés dans cet espace restreint, eussent fait aucune avarie.
Pendant que tout se préparait ainsi pour l'action du lendemain, que se passait-il dans le camp opposé? Quels étaient les préparatifs de défense.' De quelles forces disposait le dey? Quelles étaient la situation de son esprit, ses craintes et ses espérances,
! Rapport du vice-amiral Dupcrré.
• Campagne d'Afrique, par M. Feracl.