‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 99 sur 183 · ESCARMOUCHES · texte numérisé non relu

ESCARMOUCHES

turelle donne une aptitude merveilleuse pour ce genre de guerre. Malgré une chaleur de 28 degrés, augmentée pour eux par le poids de leurs sacs, de leurs vivres et de soixante cartouches, ils ne se démentirent pas un instant. Ces combats journaliers nous coûtaient de cinquante à quatre-vingts hommes; la perte de l'ennemi, supposée plus considérable, ne pouvait être exactement évaluée, parce que les Arabes n'abandonnaient jamais un homme blessé ou tué sur le champ de bataille; une corde attachée à la selle de leurs chevaux ou un bâton armé d'un crochet en

fer leur servaient à entraîner ceux des leurs qui tombaient blessés ou tués. Us aimaient mieux les avoir morts que de les laisser vivants dans les mains des chrétiens.

Au milieu de ces sanglantes escarmouches, on remarqua l'intrépidité insouciante des artistes français qui, comme à l'époque de l'expédition d'Egypte, avaient demandé à suivre nos drapeaux sur cette terre peu connue. On eût dit que le péril était pour' ces vives imaginations un attrait de plus. Partout où il y avait un paysage à saisir, une scène militaire à retracer, un effet de lumière à surprendre, on était sûr de les rencontrer, elles coups de fusil n'étaient point un obstacle à ces études hardies, tant l'esprit militaire se confond naturellement avec l'esprit français. Là on voyait M. Langlois, à la fois officier supérieur de l'état-major et peintre de batailles, Gudin et Isabey, alors jeunes d'années, mais déjà maîtres dans leur art. Ils étaient les favoris de tous les bivacs, les bienvenus de toutes les tentes; et le prince de Sctrwarzenberg, ce vaillant volontaire qui n'avait besoin d'interroger personne pour savoir ce qui se passait aux avant-postes, emporta de ses rapports avec eux un long souvenir. « L'ardeur de ces jeunes artistes, dit-il, les emportait jusque sous le feu des tirailleurs, et plus tard leurs tableaux témoignèrent, par la vérité de la couleur et l'exactitude de la reproduction, de l'expérience militaire qu'ils avaient acquise. Ces messieurs se distinguaient par le charme de leurs manières autant que par leur talent, dont le mérite était encore rehaussé par leur modestie1. »

1 RuckblickaufAlgier, par le prince de Scbvarzenberg (Wien, 1837).

L'immobilité forcée de l'armée française avait donné à l'armée algérienne le temps de réunir ses renforts et lui avait rendu la confiance. Dans la journée du vendredi, 18 juin, plusieurs Bédouins, portant des bâtons surmontés d'étoffes blanches en signe de paix, se présentèrent aux avant-postes français. Us venaient, disaientils, traiter pour leurs tribus, disposées à prendre l'engagement de se retirer dans leurs montagnes, pourvu qu'on leur promit de respecter la religion, les femmes, et de leur laisser la propriété de leurs troupeaux. Ce forent les généraux Loverdo et Munkd'Uzer qui s'abouchèrent avec eux. 11 était assez difficile de démêler si leurs propositions étaient sérieuses, ou si elles leur servaient de prétexte pour venir nous observer jusque dans noire camp. Quoi qu'il en fût, ils donnèrent à notre armée des renseignements importants. Des forces considérables étaient arrivées au camp de Staouéli. L'aga, gendre du dey, s'y trouvait avec les meilleures troupes de la Régence, l'infanterie des janissaires. Les beys de Titery et de Constantine l'avaient joint avec leurs contingents. On pouvait évaluer à 50,000 hommes les forces réunies sous son commandement.

Du reste, les Français étaient à portée de contrôler ces renseignements par leurs propres observations. Le camp de Staouéli, où se réunissaient les forces ennemies, était à moins d'une lieue de nos lignes. Des nuages de poussière soulevée par les pieds des chevaux annonçaient, presque à chaque heure, l'arrivée de nouvelles troupes; le nombre des tentes augmentait sensiblement. Dans la journée du 18 juin, on vit l'ennemi travailler avec beaucoup d'activité, entre Staouéli et nos positions, à des ouvrages en terre, évidemment destinés à être armés de batteries pendant la nuit : on les distinguait parfaitement avec la lunette, et le 18 au soir, le lieutenant général Berthezènc écrivait au général en chef pour le prévenir que les Turcs venaient «V démasquer deux batteries en face du 'iO* de ligne1. Le général

* Nous avons sous les yeux l'original île la lettre du lieutenant général Berthezène, où nous lisons ce qui suit : « Un Arabe donne avis que les Turcs doivent nous attaquer le lendemain. Ce qni peut donner quelque vraisemblance a

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