COMIIEKGEMBIITS D*ABD-BL-KAI)ER
sortait d'uue grande famille du pays; il était d*une race de marabouts qui fait remonter son origine aux califes fatimites , ce qui établissait entre lui et l'empereur du Maroc une parenté éloignée dont il tira quelque profit. Son père, Mahiddin, marabout lui-même de faiteomme de droit, jouissait d'une grande considération au moment de notre arrivée en Afrique. Abd-el- Kader, second fils de Mahiddin, tout jeune encore, ne semblait point appelé à jouer un rôle important dans une contrée où le droit de primogéniture a conservé tant d'empire ; mais son heureux naturel, la manière dont il profita de l'éducation brillante qu'il reçut de son père, attirèrent de bonne heure sur lui les yeux et, un peu plus tard, son frère aîné fut le premier à lui céder les droits qu'il tenait de sa naissance.
Né à la guetna de Sidi-Maluddin, aux environs de Mascara , sur le territoire dô la puissante , tribu des lîachem, Abd-el-Kader se faisait remarquer, dès l'âge de vingt ans, par toutes les qualités qui donnent à un lu nime de l'influence sur ses compatriotes. Nul n'interprétait mieux que lui les passages les plus difficiles du Coran, Il avait étudié Téloquence et l'histoire. Orateur disert, théologien érudit, versé dans les annales de Sun pays, il était en même temps habile dans tous les exercices du corps et passait pour le
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meilleur cavalier de toute TAlgérie. il joignait à ces avantages acquis un extérieur imposant, une physionomie noble et belle, quelque chose de digne et d'affectueux dans les manières, le don et le ton du commandement, un esprit vif et prompt, applicable à tout, Tinstinct de Torganisation, une bravoure brillante sur le champ de bataille et des qualités morales respectables chez un homme privé, précieuses chez un homme de gouvernement. Il eut de bonne heure foi dans sa mission. Ce fut une partie de sa force, parce qu'il communiqua bientôt cette foi à ceux qui Fentouraient. Les progrès rapides de sa fortune, partie d'assez bas pour arriver si haut , lui donnèrent la confiance qu'il parviendrait à tout. Au début il était, dans l'organisation arabe, ce que les féodaux appelaient dans leur langue expressive «f une lance fournie » , c*est-à-dire une lance entourée de quatre ou cinq hommes armés, dt lui*mème faisait allusion au point de départ de sa fortune quand il répondait plus tard à un officier français, qui lui conseillait de ne point céder à une confiance présomptueuse : « Il y a trois ans que je n'étais encore qu'un des quatre fils de mon père, obligé, lorsque j'avais tué un homme dans un combat, de m'emparer de son cheval et de son équipement pour augmenter ma chose. Tu vois ce que je suis
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maintenant, et tu veux que je n'aie pas confiance
en moi !»
Dès que la chute de la domination turque à
Oran eut fait naître ranarchie, on vit paraître le jeune Âbd-el-Kader parmi ceux qui essayèrent de donner à cette province un gouvernement. Des tribus qui avoisinent Mascara avaient voulu, en 1882, reconnaître le vieux Mahiddin pour chef suprême ; mais , alléguant son grand ôge, il déclina cet honneur et présenta à sa place son fils Abd-el-Kader, qui fut agréé. Mahiddin raconta, à cette occasion, qu'étant en pèlerinage à la Mecque quelques années auparavant, avec son fils aîné et Âbd-el-Kader , il rencontra un jour, en se promenant avec le premier, un vieux faquir qui lui donna trois pommes. « Celle-ci est pour toi, lui dit-il; celle-là est pour ton fils que voilà. Quant à la troisième, elle est pour le sultan. — Et quel est ce sultan? demanda Mahiddin. — C'est celui, reprit le faquir, que tu as laissé à la maison lorsque tu es venu te promener ici *. « Cette anecdote, répétée de proclie en proche, contribua à la grandeur d' Abd-el-Kader , parce qu'elle le présenta aux imaginations comme un homme désigné d'en haut pour TempirOi
Le bey d'Oran avait fait sa soumission à la
* Annales algériennes, par E. Pélijssicr, capilaiuc d'élal-inajor , loaie I", page 301. Paris, 183(i.