NOTRE POSITION EN ALGÉRIE APRÈS
France aussitôt après la chute du dey d* Alger,
et le général en chef avait envoyé son ûls, le capitaine Louis de Bourmont, pour prendre possession de la ville et du beylik, mais, à la nouvelle de la Révolution de 1830 , le général en chef, comprenant la nécessité de concentrer ses troupes, avait rappelé à Alger le corps expéditionnaire d*Oran. La province à laquelle cette ville donne son nom se trouvait dans une situation précaire , que les événements subséquents aggravèrent encore. Un bey bienveillant mais impuissant, la plupart des habitants en fuite, les Arabes insoumis : tel était, en résumé, Tétat de cette province. Le maréchal Clausel n'ayant pas obtenu Tapprobation du gouvernement français pour le traité par lequel il cédait à deux princes de la famille régnante de Tunis, moyennant un tribut d'un million, les deux bey liks d'Oran et de Constantine, et Tancien bey de la première de ces provinces s'étant retiré volontairement en Asie pour faciliter cette combinaison, la province d'Oran demeura, sans gouvernement, dans une complète anarchie.
Au milieu de cette anarchie, tous ceux qui pouvaient aspirer à la puissance s'agitèrent. La force des choses amena un rapprochement naturel entre les débris de la- domination turque. Les Koulouglis s'étaient emparés de la citadelle
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de Tlemsen. Malgré la différence des races, la
communauté des iiaines et des périls détermina les maghzen à se serrer contre des hommes qui avaient été, comme eux, les auxiliaires de la domination turque, et Mustapha, Tagha des maghzen, obligjé de quitter Oran, prit son point d'appui sur Tlemsen.
Presque au même uiouient Abd-el-Kader, favorisé par les circonstances qui avaient amené cette espèce d'interrègne dans la province d'Oran, commença à lever le drapeau. Son influence sur la grande tribu des Hachem le mit à la tète de plus de quatre cents cavaliers. Il portait sur son front le prestige de la race des marabouts, et il agissait dans une province pleine encore du souvenir du marabout Ben-Gheliff. En outre, il se présentait dans un moment où la vacance gouvernementale produite par la chute des Turcs, faisait vivement sentir aux tribus le besoin de l'autorité. Entin ses projets , qui commençaient à transpirer, et qui consistaient à substituer la domination des races gouvernées à celle de la race gouvernementale récemment déchue , flattalent Torgueil des tribus auxquelles il s adressait, et dont la chute du dey* avait relevé les espérances et entlé les prétentions. Il augmenta son crédit par quelques expéditions tentées contre nous, et auxquelles une partie des maghzen d'O-
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ran prirent part; car , dans l'incertitude et le
chaos oii se trouvait la province d'Oran, les anciens auxiliaires et les anciens sujets des Turcs tendaient à se réunir contre nous, sous la double pression du patriotisme et de Tesprit religieux.
Les Français se trouvaient donc engagés, sans pouvoir encore se rendre compte de leur situation, contre trois ennemis : deux débris de la domination turque, le hey de ïitery et le bey de Constantine— c^étaitle passé qui cherchait à survivre,—et une puissance naissante qui s'appuyait sur les sympathies des populations indigènes y la puissance d'Abd-el-Kader, un de ces marabouts qui avaient mis plus d'une fois la domination turque en péril, et qui se trouvait cette fois dans des conditions bien plus favorables, car le' sentiment musulman, surexcité contre les chrétiens, pouvait servir de contre-poids à Tesprit d'antagonisme mutuel des Kabyles et des Arabes, comme à l'esprit d'individualisme de tribu à tribu ; — il y avait là un avenir qui cherchait à naître. Conquérants nouveaux, triplement étrangers au pays par la race , la religion , les mœurs, les Français ne pouvaient, dans ces premiers moments, avoir aucune idée sur ce qu'ils avaient à faire; ils sentaient seulement qu'ils étaient entourés d'ennemis; ils avaient l'épée à la main, ils s'en servirent à tâtons.
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Le général Clausel , qui se trouva le premier
en face de cette situation difficile, sans instructions précises, dépourvu de notions que personne ne pouvait lui donner, dans un pays inconnu, en face de populations plus inconnues encore, et avec ua effectii' réduit, possédait de nautes qualités militaires qui Tinspirèrent sur tous les champs de bataille, avec quelques défauts qui en diminuaient le prix. C'était un homme des grandes guerres, joignant Vexpérience acquise à la rapidité et à l'étendue du coup d'œil; mais il n'était ni organisateur ni administrateur, il n'était que guerrier, et il portait dans ses entreprises une légèreté imprévoyante, de nature à l'engager dans des diflicultés d'où il sortait ensuite par son intelligence militaire et par sa vigueur.
Ce fut avec lui que commença la première période de notre domination , période de tâtonnements, d'essais, pendant laquelle la question
Alger est mise à Tétude, au milieu de combats continuels, sans direction bien systématique, mais souvent glorieux pour nos armes, utiles en ce qu'ils formaient des hommes, non-seulement capables de battre les populations guerrières de l'Algérie, mais de les comprendre, de chercher et de trouver la solution du problème de la conquête commencée par les armes , pour