‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 23 sur 58 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Seconde phase : Essai d'une transaction avec

Abd-el-B^der.

CAUSES DE liA PUISSANCE D'ABD-EL-KADER.

Nous entrons, avec la prise de Constantine,

dans la seconde période de notre domination en Afrique, celle de la paix relative qui Buivit une première phase de luttes. On peut dire que le général Valée rendit à la France un service plus signalé par la manière dont il organisa le gouvernement à Constantine que par la prise même de cette ville. S'il n'avait point fécondé ainsi sa victoire, elle serait demeurée stérile pour nous, et le représéntant de la nationalité arabe, Theureux Abd-el-Kader, dont la puissance croissait de jour en jour, en aurait seul profité, comme il profitait de la chute du gouvernement turc à Oran et à Titery, de sorte que, dana ces deux provinces, nous semblions n'avoir triomphé que

loG ESSAI D UKE TRANSACTION AVEC ABD-EL-KADER.

pour lui. Âbd-el-Kader avait espéré qu'il en serait de même à Constantine, et le général Damrémont, crai^ant que Févénement ne réalisât cette espérance, hésita un moment à entreprendre une expédition désirée par cet habile adversaire.

C'est ici le moment d'exposer et d'expliquer

les progrès de cette dominatiun, qui s'établissait de proche en proche dans tous les lieux où la chute du gouvememeïit turc, renversé par nos armes, ne laissait debout que l'anarchie, et de caractériser la situation de l'Algérie après la prise de Constantine.

Deux traités consacrant les succès militaires obtenus par Abd-el-Kader avaient fait sa fortune politique. Le premier avait été signé par le général Desmichels, commandant de la province d'Oran, qui après avoir guerroyé quelque temps contre AM-el-Kader, crut faire une chose utile en mettant un terme à des expéditions militaires sans résultats décisifs, par une convention qui, selon lui, devait procurer à la province un repos durable. Celui qui a besoin de la paix en fait les frais. Le traité signé en 1834 par le général Desmichels^ sans le congé du général Voirol, reconnaissait Abd-el-Kador comme prince des croyants, donnait aux Arabes la liberté de vendre et d'acheter de la poudre, des armes, du sou-

-GAUSBS D£ LA PU1SSANG£ d'ABJ)-£L-£AD£&. 137

fre, tout ce qui concerne la guerre; ce qui équivalait à reconnaître leur indépendance. Eniin^ ce traité plaçait le commerce d'Arzew, centre commercial de la province, sous le gouvernement d^Abd-el-Kader , et réduisait Mostaganem et Oran à ne recevoir que les marchandises nécessaires à leurs habitants.

Abd-el-Kader profita habilement de cette paix avec les Français, de la puissance réelle, du prestige et de la liberté d'action qu'elle lui assurait, pour réduire sous son obéissance toute la partie de la province d'Oran qui s'étend depuis le Chélif jusqu'à l'empire du Maroc. A partir de ce moment, il conçut l'espoir, et même il exprima^prématurément l'intention de paciâer les tribus de TEst, jusque dans la Mitldja. Il s'arrêta cependant devant une lettre très-ferme du maréchal Clausel , qui lui déclarait que le passage du Chélif par les troupes arabes équivaudrait à une déclaration de guerre contre la France. L*émir n'avait lait que suspendre l'accomplissement de ses projets. Lorsque le comte d'Erlon, après avoir provoqué, en 1885, le rappel du général Desmichels, à cause du traité signé par lui, fut retombé dans la politique des concessions, Témir, qui entretenait auprès du gouverneur général un agent ititelligent et actif, et savait ainsi tout ce qu'il pouvait oser impunément, ne craignit

138 £SSAI h'VJXE XBANSAGTION ATBC AfilHEL-KADBB*

point de passer le Chélif pour aller à la rencontre du chérif des tribus du désert qui marchaient contre lui et les Français. Le comte d'Erlon se résigna à subir la protection d'Âbd-el-Kader, le remercia et lui envoya des présents par un ambassadeur, au lieu de le punir. Dès lors Témir, traité en souverain, se considéra comme le mattre de l'Algérie, et pensa que les Français se contenteraient d'y occuper quelques comptoirs sous sa protection.

Organisateur en même temps que guerrier, il pacifia les tribus, nomma le bey de Titery, celui de Miliana, institua un kaïd chez les Hadjoutes,

qui habitaient dans la province d'Alger, un autre dans la tribu des Beni-Khalil, voisine de nos possessions. Ce fut immédiatement après ces événements (en juin 1835) que le brave général Trézel, commandant dans la province d'Oran, ayant voulu protéger, malgré la disproportion de nos forces avec celles de Témir, des tribus qui avaient pris parti pour la France contre Abd-el- Kader , éprouva un échec très-grave sur la Macta, et fut sacrifié par le comte d'Erlon à la fortune de rémir. Âbd-el*Kader chercha plutôt à faire oublier sa victoire qu'à s'en prévaloir. Il comprenait qu'elle était un danger pour sa fortune^ puisqu'elle intéressait Thonneur de la France à la renverser. En effet, Tannée 1835 ne s'était

CAUSAS D£ LA PVISSAHCB ]>*ABIHBL-KAD£&. 13d

point écoulée avant que le maréchal Clausel, nommé de nouveau gouverneur de PAlgérie, revînt chargé de venger l'échec de nos armes dans la province d'Oran. Le jeune duc d'Orléans, qui avait voulu partager les périls de l'expédition, se conduisit de manière à mériter Testime deTarmée dans cette campagne, dirigée par le maréchal Clausel avec cette haute expérience de la guerre et cette supériorité de tactique qui en firent une bonne école pour nos jeunes officiers; mais elle fut sans résultat politique, parce qu'au lieu dxtablir un centre de domination française à Mascara, on se contenta de brù-* 1er à demi cette ville, dans laquelle Abd-el-Kader rentra dès que nos troupes furent éloignées*

G^était là la cause véritable de notre infériorité dans ces premières années de la guerre contre les Arabes^ malgré notre supériorité militaire incontestable. Nous prépartons longuement des expéditions contre des ennemis totijotiirs prèts^ qui n'acceptaient presque jamais des engage*ments à fond, se dérobaient devant nos colonnes après de vi^ es escarmouches, et reparaissaient presque intacts pour inquiéter les retraites laborieuses qui suivaient toutes nos expéditions; c'est rhistoire de la campagne de Mascara, comme celle de Mostaganem, qui la suivit de près. Il faut ajouter que le maréchal Clausel, en

140 ESSAI D'U«£ TRARSACTION AV£C ABI>-£L--KADSR.

frappant do lourdes contributions de guerre sur les habitants du pays qai nous étaient favora* bles, nous aliéna tous les esprits. Ces promenades militaires ne pouvaient point affaiblir, à plus forte raison détruire la puissance d^Àbd-el- Kader. Quand le gros de nos troupes s'était retiré, il prenait d'éclatantes revanches. Ce fut ainsi que le général d'Arlange éprouva, sur la Tafha, un revers qui rappela celui de la Maçta.

Il fallut envoyer de France, en juin 1836, le général Bugeaud à la tête de trois régiments, pour dégager nos troupes renfermées dans le camp de la Tafna, et ravitailler celles qui occupaient le méchouar de Tlemcen, sous les ordres d'un chef d'une fermeté éprouvée, le capitaine Cavaignac. Le général Bugeaud, qui faisait sa première apparition en Afrique, s'acquitta avec éclat de cette mission, battit Âbd-el-Kader, le mit en fuite, après lui avoir fait éprouver des pertes considérables, ravitailla le méchouar, se rendit à Oran, et s'y embarqua pour la France, où le grade d'officier général fut le prix de sa courte mais brillante campagne.

Abd-el-Kader se releva bientôt de ce revers, qui n'atteignait point sa puissance dans sa source, et la situation de la province d'Orau demeura ce qu'elle était : nos troupes étaient à peu près bloquées dans la ville; les Douairs et

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