‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 25 sur 58 · TRAITÉ DE LA TAFNA · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE LA TAFNA

Le traité de la 1 aina, signé en mai 1837, mettait le dernier couronnement à la grandeur d'Abd-el-Kader; il ajoutait à ses possessions territoriales, et il donnait à sa souveraineté sur les tribus le prestige moral attaché à la sanction de la France. La France ne gardait que quelques points dans la province d'Oran : Mostaganem, Mazagran, et leur territoire, Oran, Arzew, et un territoire étroitement limité, à l'est *

* Voir la lettre do ministre de la goerr«, écrite à la date do 2 avril 1837, au général Damrémont, et la lettre dn général Bugeatid portant la date du 25 mai de la même année. {AwiaUs ttlgériennu, lome lll, page 217.)

Oigitized by

TBAITli DE LA TAFNA. 143

par la rivière de la Macta et le territoire d'où elle sort, au sud par une ligne partant du marais ci-dessus mentionné, passant par le bord sud du lac Sebgha, et se prolongeant jusqu'à rOued-Malch (Rio Salade), dans la direction de Sidi-Saïd, et le long de cette rivière jusqu'à la mer. Elle ne conservait même pas la province d'Alger tout entière. Alger, le Sahel, une partie de la plaine de la iSlitidja, restaient sous sa domination; mais il demeurait convenu que l'émir administrerait la pruvince d'Oran, celle de Titery, et toute la partie de la province d'Alger que le traité ne nous réservait pas.

L'émir devenait de fait souverain de toute l'ancienne Régence d'Alger, moins quelques territoires que le traité de la Tafna nous attribuait, et la province de Constantine que nous allions conquérir. Le texte dans lequel il reconnaissait la souveraineté de la France était équivoque, controversable ; il devait être et fut controversé Ml ne nous payait aucun tribut. Nous lui abandonnions le camp retranché que nous occupions à la Taina, ainsi que Xlemcen et son méchouar. Il acquérait par ce traité une telle prépondérance, que la nationalité indigène trou* vait en lui son représentant, et que les tribus

* Le texte arabe Tonleît dire mot à mot : < Abd-el-Kader reconiiait qu'il 7 a nu sultan dea Français. >

Digiiizixi by Coogle

144 BSSAl II*tniB TBAHSACTIO!! ATBG ABD-BL-XABEB.

qui nous avaient été favorables n'avaient plus

que la ressource de se faire pardonner les preuves d'amitié données à la France, en se livrant sans réserve à Témir. Il était à craindre que, chef temporel de ces populations, il ne devint bientôt leur chef spirituel, ce qui devait rendre son ascendant irrésistible.

Le général Damrémont adressait au minis*tère, au moment môme où ce traité venait d'être signé, des observations qui en signalent les graves inconvénients avec tant de précision et de justesse, qu'on dirait qu'il raconte au lieu de prévoir.

« Cette convention, disait-il, rend l'émir souverain de fait de toute Tancienne Régence d*Àlger, moins la province de Constantine et Pespace étroit qu'il lui a plu de nous laisser sur le littoral autour d'Alger et d'Oran. Elle le rend souverain et indépendant, puisqu'il est affranchi de tout tribut, que les criminels des deux territoires sont rendus réciproquement, que les droits relatifs à la monnaie et à la justice ne sont pas assurés, et qu'il entretiendra des agents diplomatiques chez nous comme nous en entretiendrons chez lui. Et c'est lorsqu'on a réuni à Oran quinze mille hommes de bonnes troupes, bien commandées, abondamment pourvues de toutes choses, lorsque des dépenses

TRAITÉ DE LA TAflVA. 145

considérables ont été faites, lorsqu'une guerre terrible, une guerre d'extermination a été annoncée avec éclat, que, sans sortir Tépée du fourreau, au moment oii tout était prêt pour que la campagne s'ouvrît avec vigueur à Oran comme à Âlger; c'est alors, dis-je, que tout à coup on apprend la conclusion d'un traité plus favorable à l'émir que s'il avait remporté les plus brillants avantages, quo si notre année avait essuyé les plus honteux revers ! 11 y a peu de jours qu'on ne voulait permettre, sous aucun prétexte, à Abd-el-Kader de sortir de la province d'Oran, et voici que, d'un seul trait de plume, on lui cède la province de Titery, Cherchell, une partie de la Mitidja, et tout le territoire de la province d'Alger qui se trouve hors des limites qu'il a fixées, et sur lequel il n'avait encore ni autorité ni prétention! Eniin on abandonne sans pitié des alliés qui se sont compromis pour nous et qui payeront de leur tète leur dévouement !

«r Si j'examine la délimitation qui résulte de l'article 2, je vois que, dans la province d'Oran, Mostaganem et Mazagran resteront séparés d'Oran et d'Arzew , c'est-à-dire qu'ils seront en état constant de blocus. Puisqu'on gardait ces deux villes, il était naturel de les lier à la zone que nous conservons. Pour cet effet, au lieu de

ALGthlE. * 9

146 ESSAI D'imS TBAirSACTIOn AmCÎ ARD-EL-KÂDER.

se borner à la Macta, il fallait garder les montagnes au-dessous de cette rivière, qui s'étendent le long de la mer, et leurs versants dans la plaine, et ne s*arrêter qu'à reiiibouchuro du Chélif. Cette extension valait mieux que le Rio- Salado et les environs.

« Dans la province d'Alger, la délimitation est plus défectueuse encore. Qu'est-ce qu'une limite comme la Ghiffa qui, dans les trois quarts de l'année, n'a pas d'eau, qu'on peut franchir partout et dont la rive opposée est habitée par la population la plus pillarde et la plus turbulente de la Régence? Pourquoi ne pas avoir au moins gardé toute la Mitidja ? Pourquoi en abandonner une des parties les plus riches sans avantage et sans nécessité ?

Enfin quelle est la garantie de ce traité? Quel gage Abd-el-Kader donne-t-il à la France de son désir d'en observer les dispositions, de sa sincérité et de sa bonne foi ? Aucun. Le général Bugeaud le dit lui-même : Texécution du traité ne repose que sur le caractère religieux et moral de Témir. C'est la première lois sans doute qu'une pareille garantie fait partie d'une convention diplomatique. Mais alors comment serons-nous à l'abri d'une rupture imprévue, d'une invasion subite et générale qui ruinerait nos colons et coûterait la vie à un grand nombre d'entre eux ? »

Page 1