PAIX I>£ TROIS
française sur les points que nous nous étions réservés, il supporta beaucoup d'empiétements et d'entreprises de la part d'Abd-el-Kader, dont Taudace s'accrut par ces concessions successives et qui, interprétant toujours à son avantage le traite de la Tafna, ne laiissa pas échapper une occasion d'étendre son pouvoir et de resserrer les limites du nôtre. Ses prétentiuus grandissant avec ses succès, il conçut Tespoir de réduire les Français à conserver seulement quelques points sur le littoral, comme TEspagne, qui a encore ses présides à la côte de Maroc. Pour atteindre ce but, il travailla à nous rendre la paix plus préjudiciable que ne Taurait été la guerre. Point de commerce avec les Français : il agissait sur toutes les tribus soumises à son autorité ou accessibles à son influence pour les empêcher de commercer avec eux; défense de leur vendre des chevaux, dans un pays où Ton ne peut profiter de la victoire sans cavalerie. Le vide se faisait sur nos marchés, et, par contre, ' les tribus, cliez lesquelles les vivres se vendaient à bon compte, jouissaient d'un bien-être inconnu depuis longtemps. Couuac dans la province de Titery, et même dans une partie de celle d'Alger, il occupait la campagne, grâce à l'interprétation léonine qu'il donnait au traité de la Tafna, d'ailleurs rédigé avec assez peu de
158 £SSA1 b'cKB TaArîSACTIÛM AV£C ABD-£I.-kA]>£E.
précision *, nous nous trouvâmes sous le coup d^une espèce de blocus continental.
Le maréchal Valée, après avoir supporté longtemps les inconvénients de cet état de choses, finit par éprouver, comme tout le monde, cette sensation pénible d'oppression qui gène ia respiration dans les lieux où Tair manque. L'expédition des Bibans, en octobre 1839, fut le résultat de cette sensation générale, combinée avec un incident particulier, le voyage de M. le duc d'Orléans en Afrique. Le besoin d'expansion existait dùjà à répo(|\ie de ce voyage; mais le désir de donner un but au voyage de M. le duc d'Orléans nous précipita plus vite dans l'action. Le prince avait visité Oran, Alger, Constantine. Depuis longtemps le maréchal Valée nourrissait la pensée d'établir une communication par terre entre cette dernière ville et Alger ; il pensa qu'un produirait un grand effet moral sur resprit des soldats et sur l'imagination des indigènes en ramouani la colonne expùditioniiaire à travers le territoire des Kabyles, route difficile qui, longue de plus de cent lieues, oblige de
^ Le dis>'>nuiiiettl porlail priDcipalcmenl sur rarticlc 2 dn traité , ainsi conrti : . La France se réserve, dans In province d'Alger, la plaine de la Mitidja, bornée à Test jii>qu'è rOued-Kaddnra, cl au delà. » Nous attachions une grande valeur à ces mots au delà : \h signifiaient, suivant nous, que nous n'avions pas entendu nous limiter dans la direction de Test. L'émir prétendait que notre limite iofranchissable était TOued- Kaddara, et qne nous n'avions rteo & prétendra aa delà de cette rivière»
mUPTUBB AVEC ÂBD-EL-KADER. 159
traverser le dangereux délilé qu'on appelle les Portes de Fer, nom plein de prestiges et de
terreur
Cette démonstration, qui pouvait rencontrer.
des obstacles armés , fut conduite avec vig-ueur, habileté et prudence , sans qu'aucune indiscrétion en eût indiqué d'avance le but. Les Kabyles, trompés par la première direction donnée à notre armée, crurent que nous voulions assiéger Bougie , et se portèrent de ce côté ; de sorte que le défilé des Portes de Fer n^était pas gardé quand nous y arrivâmes* Les populations, surprises de voir nos bataillons apparaître tout à coup au milieu de leurs campagnes, nous laissèrent passer, et nous arrivâmes presque sans coup férir à Alger.