‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 29 sur 58 · RUPTURE AVEC ABD-EL-KADER · texte numérisé non relu

RUPTURE AVEC ABD-EL-KADER

L'expédition des Portes-de-Fer n'était certainement pas une campagne; la population d'Alger fit donc éclater un trop vif enthousiasmé au

retour de l'armée , qu'elle salua comme si elle avait remporté une victoire décisive; mais c'était cependant une démonstration très-har-

* Voir b description des Bibaoi,

160 ESSAI d'US£ TRAKSACIlOîf AVEC AfiD-EL-ikADEE.

die , trop hardie , quand ron considère les événements qui suivirent, Tétat où se trouvait la colonie, la colère qu'elle devait exciter et qu'elle excita chez Abd-el-Kader , et Tinsuffisance de nos préparatifs pour résister à une attaque soudaine. Kous avions résolu, par le fait, la question pendante entre Témir et nous , en traversant en armes le territoire sur lequel il refusait de nous reconnattre aucun droit de souveraineté. Il considéra la promenade militaire des Bibans comme une déclaration de guerre, et donna le signal aux tribus, qui se jetèrent sur la Mitidja, et la mirent à feu et à sang*

Un jour ou l'autre, à roccasion d'un autre événement, si ce n'était pas à Toccasion de celui-ci; la guerre devait éclater. Les prétentions d' Abd - el - Kader étaient inconciliables avec nos projets. Il fallait qu'il nous chassât d'Afrique, ou qu'il en fût chassé par nous. Si nous ne lui avions pas déclaré la guerre, il nous l'aurait tôt ou tard déclarée. La marche militaire des Portes-de-Fer ne fut donc pas une faute; la faute consista à ne pas avoir prévu que la guerre, qui sortait des entrailles de la situation, éclaterait à Toccasion de cette démonstration. Par cela même que nous l'avions faite pour rétablir le prestige de notre domination en Algérie, l'émir ne pouvait la tolérer,

RVPTUBfi AVEC ABIHEL--KADSB 161

SOUS peine de voir diminuer le prestige de la

sienne. Dans son désir ardent de prolonger la paix établie par le traité de la Tafna , le maréchal Valée n'avait pu se résoudre à croire qu'elle serait sitôt rompue, et la correspondance qu'il avait engagée avec Abd-el-Kader, après Texpédition des Portes-de-Fer , Favait affermi dans l'espoir de la maintenir. Nous fûmes donc pris au dépourvu. Le 2 novembre 1839,1e maréchal Valée était de retour avec le duc d'Orléans à Alger; huit jours après, le 10 novembre, les hostilités commencèrent dans la campagne d'Alger, par un coup de main des Hadjoutes.

Plus la confiance avait été grande, plus la panique fut irrésistible. Abd-el-Kader avait d'abord attiré à lui presque toutes les tribus qui habitaient notre territoire, en faisant autour de nous un vide menaçant; elles reparurent bientôt en armes. La plaine de la Mitidja fut envahie et succagée par cette rapide cavalerie ; les établisseménts'agricoles européens qui commençaient à s'y élever à la faveur de la paix furent dévastés et détruits ; nos postes furent surpris et égorgés; le petit nombre de tribus indigènes qui nous étaient restées fidèles, ne trouvant, dans ce premier moment de surprise, ni protection ni secours, se virent contraintes de suivre le mouvement d'émigration générale. Nous de-

16^ ESSAI d'une TRANSACtiOR AVEC ABD-BL-KADEB.

meuràmes , dans la province d'Âlger , abandonnés et seuls. ' * '

La guerre, cependant, n'était pas encore déclarée; elle le fut. Le 18 novembre 1839, Témir écrivit au maréchal Valée la lettre suivante :

« Le seigneur El-Hadj-Abd-el-Kader, prince des croyants, au maréchal Valée.

« Salut sur ceux qui suivent le chemin de la vérité.

d Votre, première et votre dernière lettre nous

sont parvenues; nous lès avons lues et comprises. Je vous ai écrit que tous les Arabes, depuis Ouelassa jusqu'au Kef , sont d'accord pour faire la guerre sainte. J'ai tàit ce que j'ai pu pour combattre leur dessein; mais ils ont persisté. Personne ne veut ])lus la paix, chacun se dispose à la guerre. 11 faut que je me range à l'opinion générale pour obéir à notre sainte loi. Je me conduis loyalemeiit avec vous et je vous avertis de ce qui se passe. Renvoyez mon consul qui est à Oran, afin qu'il rentre dans sa famille. Tenez-vous prôt. Tous les musulmans déclarent la guerre sainte. Vous ne pourrez, quoi qu'il arrive, m^accusér de trahison. Mon cœur est pur et je ne ferai jamais rien de contraire à la justice. ' ' *

« Ecrit le lundi soir à Mcdûali, le 11 de ramadan 1253 (18 noTembre i839}. •>'

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