‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 30 sur 58 · CHAPITRE V Tïrolaième phase. — 0aerre oontre Abd-el-Kader · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Tïrolaième phase. — 0aerre oontre Abd-el-Kader

EXPÉDIT10>; DE MÉDÉAII ET DE MIHAKA.

Quand le premier moment de surprise fut

passé, le maréchal Valée, avec cette fermeté d'esprit et cette expérience militaire dont il avait donné tant de preuves à Constantine, prit les mesures nécessaires. Il diminua les postes trop nombreux, par conséquent trop faibles, concentra les troupes et fut bientôt en mesure de prendre Toffensive. Il était entouré d'hommes habiles, actifs, énergiques, qui avaient déjà fait leurs preuves dans cette guerre. Le général Rulhières eut le premier un engagement heureux en ravitaillant Blidah (15 décembre 1839) , et le colonel Changarnier, à la fin du môme mois, opérant sous les ordres du maréchal, remporta dans les mêmes localités un succès signalé sur un corps d'infanterie arabe , qu'il chargea à la tête de son brave régiment, le 2« léger, avec

166 GUERRE CÔISIRE ABD-EL-KÀDEH.

une précision et une vigueur remarquables,

tandis que le gênerai en chef assaillait la même colonne à la tète de sa cavalerie. Ce fut pour les Arabes une véritable déroute. Ils laissèrent plus de 800 morts sur le champ de bataille, nous abandonnèrent deux drapeaux, une pièce de canon et leurs tambours : leur cavalé'rie prit la fuite à toute bride , sans oser porter secours à Tinfantêrie. Cette première victoire releva le moral de notre armée , un peu affaibli par les échecs qui avaient suivi la reprise des hostilités.

Il laut ici expliquer la nature de cette guerre, dans les détails de la^pielle le plan de cette histoire ne nous permet pas d'entrer et que nous ne pourrions d ailleurs raconter sans tomber dans 'des redites. Nous occupions un certain nombre de villes et de points foi tifiés; Abd-el- Kader tenait la campagne, et, sauf un très-petit nombre de villes, comme Médéah,Miliana, Cherchell , Mascara , Thaza, il n'était saisissable sur aucun point du territoire d'Alger, d'Oran, de Titery et de Constantine. Nous avions donc trois choses à faire' : ravitailler les villes et les points fortifiés où nous avions des garnisons, et qui étaient comme autant d^iles disséminées, perdues dans des pays ennemis et bloquées par les tribus en armes; nous emparer des points oix la puis-

EXPÉM^fON J>E AIÉDÉ^H ET DE MILIAKA. 1G7

sance d'Abd-el-Kader était fixe et sédentaire et, détruire ses forces régulières ; ratteindre dans l'espace, malgré la rapidité de sa cavalerie, détacher de lui les tribus en détruisant son prestige par les défaites réitérées que nous lui infligerions, et délier ainsi le faisceau qu'il avait renoué autour de lui par ses succès militaires et l'habileté de sa politique.

Il y aV^it là trois tâches, non pas précisément successives, car elles se mêlaient continuellement, mais différentes cependant. La première prédominait au début de la guerre , c'est-à-dire dans l'année 1840, pendant laquelle le maréchal Valée demeura à la tète de la colonie; la seconde et la troisième prirent peu à peu le dessus, sous le gouvernement du général Bugeaud qui, commençant ses fonctions de gouverneur général avec Tannée 1841, eut la conduite de cette guerre jusqu'à la fin de 1846.

Rien de plus propre à donner une idée de cette guerre, dans sa première période, que les expéditions conçues et exécutées par le maréchal Valée, au niois de mai 1840, pour pénétrer dans la province de ïitery et occuper Médéah et Miliana. Les forces d'Àbd-el-Kader étaient alors entières, et il avait tout son prestige. 11 s'agissait de partir de Blidah, de se diriger vers le col de Téniah, passage redoutable situé entre deux

168 GVEBEB CONTBE AB1>-£L-KAD£B.

crêtes de l'Atlas, qu'Abd-el-Kader avait fait fortifier à loisir; après avoir parcouru cette longue route et forcé cette position , Tarmée devait se rendre à Médéah, Toccuper, y laisser une garni* son , et revenir à Blidah en repassant le col de ïéniah. Le chemin de Miiiana était le même jusqu'à Haouch-Mouzaïah ; mais de là il fallait redescendre plus avant dans le sens du cours du Chélif , pour atteindre cette ville.

La colonne expéditionnaire partit de Blidah le 25 avril 1840; elle se composait de deux di vissions, commandées, Tune par M. le duc d'Orléans, qui avait voulu prendre sa part de périls et de gloire dans une campagne véritable; Tautre par le général de Rumigny, avec une réserve dont le maréchal commandant en chef avait voulu garder plus spécialement la direction. Après une marche plusieurs fois inquiétée par la cavalerie de Témir , qui commandait ses troupes en personne, le maréchal reçut, à la gorge de rOned-Djor, la nouvelle que les Arabes avaient attaqué Cherchell, récemment occupé par nos troupes, et où nous avions une garnison commandée par le lieutenant-colonel Cavaignac, dont la fermeté militaire était connue, et qu'un détachement d'Arabes avait fait invasion dans le Sahel. Cette nouvelle lui fit modifier son plan. Il résolut de manœuvrer pendant quelques jours

£XPJ^ITiON D£ MÉOÉÀfi £T D£ JttlLlAKA. 169

entre la Chiffa et TOued-Djer, de se diriger sur la côte dans la direction de Gherchell, et d'aller prendre, dans cette ville, un renfort de deux • mille hommes que le commandant d'Oran reçut l'ordre d'y envoyer par mer , puis de nuu cher avec ce renfort vers le col de Téniah,

Ce ne fut que le 12 mai 1840 , jour qui devait laisser une date glorieuse dans nos annales militaires, que notre armée, après des marches et des contre-marches pénibles, mêlées d'engagements, se trouva en mesure de tenter le passage difficile du col de Téniah. Le col n'est abordable , en venant de Mouzaïah , que par la crête orientale , dominée tout entière par le piton de Mouzaïah. Âbd-el-Kader, depuis six mois, avait fait exécuter de grands travaux pour le rendre inattaquable. Des redoutes reliées ensemble par des branches de retranchements couronnaient tous les saillants de la position, et, sur le point le plus élevé du piton, un réduit presque inaccessible avait été construit. Les crêtes environnantes avaient été également couvertes (le redoutes, et le col lui-même avait été armé de batteries. Ënfln l'émir avait réuni sur ce point toutes ses troupes régulières. Les bataillons d'infanterie de Médéah , Miliana , Mascara, Sébaou, avaient été appelés, et les Kabyles de toutes les tribus des provinces d'Alger et de

170 GDBBBB GOnTBB ABD-EL-KADBR.

ïitery avaient été convoqués pour défendre une position regardée comme la plus importante de

TAlgérie.

« M. le duc d'Orléans , dit le maréchal Valée -

dans son rapport officiel, fut chargé d'enlever la position avec sa division. Le mai 1840 , à .quatre heures du matin, il commença son mouvement. Â midi, il fit faire tète de colonne à gauche au général Duvivior. Les troupes s'élevèrent vers le piton par un terrain d'un accès extrêmement difficile et sur lequel elles ne pouvaient cheminer qu'en s'aidant avec leurs mains. Ce fut un solennel moment que celui où ces braves soldats, dont un si grand nombre ne devaient plus nous revoir, s'éloignèrent pour accomplir une des actions de guerre les plus brillantes de nos annales d'Afrique. Nous étions calmes cependant, car à leur tète marchaient le général Duvivier, le colonel Changarnier et tant d'officiers qui, quoique jeunes encore, ont déjà des noms connus dans Tarmée. »

Le général Duvivier, ayant sous lui les colonels Changarnier et Gentil, commandait la première colonne de la première division. Cette colonne était formée de deux bataillons du 2*^ léger, d'un bataillon du S4<» et d'un bataillon du 41' do ligne; elle était destinée à s'eiaparer du grand pic de Mouzaïab, appelé par les Arabes

EXPÉDITION DB WSdÉAH BT DE MILIAITA. 171

Djebel-Ënfous. Le colonel Lamoricière commaudaît la deuxième colonne * , composée de deux bataillons de zouaves, du bataillon des tirailleurs et d'un bataillon du 15* léger. Elle était destinée à se porter vers les crêtes, lorsque le mouver ment de la première serait dessiné, mais en prenant moins à gauche. Le général d'Houdetot commandait la troisième colonne , composée du , 23« de ligne et d'un bataillon du 48». Elle devait suivre la route tracée qui conduit directement au col. Le quartier générai était avec cette colonne. La deuxième division et le 17® léger, commandé par le colonel Bedeau, étaient chargés . de couvrir le mouvement de la première.

La première colonne passa entre le contrefort principal du grand piton de Mouzaïah , défendu par trois retranchements successifs , et le contre-fort d'uij pitoii plus petit, situé à Test du premier et armé d'une batterie , tourna les retrancliements en essuyant un feu meurtrier et , après avoir repris haleine à la faveur d'un nuage qui, traversant ces régions aériennes, la cacha un moment aux regards de l'ennemi , elle reprit sa marche ascensionnelle, et couronna les crêtes placées immédiatement au-dessous du piton. Assaillie à la baïonnette par une réserve

* On lit daos le rapport du maréchal Talée : « Le capîtaine de Créiij a continaellemeDt marché à la téte de la deuxième coloone* >

biyiiized

172 GVBRBB CONTEE ABD^EL-KADEE.

d'infanterie régulière, elle culbuta et détruisit presque entièrement cette troupe par son choc irrésistible. Restait le piton couvert par trois retranchements et couronné par une redoute. De toutes les positions, c'était la plus foi^midable. Deux bataillons de réguliers et des masses de Kabyles la défendaient. La charge battit sur toute la ligne. « Le électrisé par Texemple de ses officiers et entraîné par la vigueur du . colonel Changarnier, dit le maréchal Valée, se précipita sur les retranchements. Les redoutes furent enlevées. Les Arabes qui occupaient le pic voulurent essayer un retour offensif; mais , abordés eux-mêmes avec une vigueur peu coiamune, ils furent culbutés dans les ravins, et le drapeau du 2® léger, si connu en Afrique, flotta glorieusement sur le point le plus élevé de la chaîne de l'Atlas*. »

Pendant cette marche victorieuse de la première colonne, la seconde opérait son mouvement. « A trois heures, dit le maréchal Valée, nous arrivâmes à une arête boisée qui prenait naissance à droite du piton et par laquelle je prescrivis de faire gravir la deuxième colonne. Le colonel Lamoricière s'élança vigoureusement à la tète des zouaves, que toute la colonne suivit. Ces braves soldats montèrent péniblement

* BappoTt du marécli&l Valée, iÊoniitur,

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