OPÉRATIOKS DU GÉNÉRAL BUGEAUD EN
ET im
Les premières opérations du général Bngeand, en 1841, furent des ravitaillements; c'était une des nécessités de la guerre. Il fallait sans cesse, on Ta déjà vu, porter des munitions et des vivres aux points fortifiés de la province de Titery et de celle d'Oran, occupés par des garnisons au milieu d'une campagne peuplée de tribus ennemies. Il fallait intimider celles-ci, rassurer le petit nombre de tribus qui nous étaient favorables, en leur montrant notre puissance et en battant devant elles les tribus à Taide desquelles Abd-el- Kader ralliait par la terreur à son drapeau les populations disposées à préférer la paix à la guerre; enfin il fallait détruire les postes fortifiés occupés d'une manière permanente par rémir. De là vient que la province d'Oran fut le théâtre le plus habituel et le foyer le plus incandescent de cette lutte acharnée. Là étaient les principaux établissements d*Abd-el-Kader ; là résidait la puissante et belliqueuse tribu des
09ÉSLknojxs m gérb^al bugeaui) en 1841-18421» 187
Hachem \ qui, profondémeat dévouée à sa cause, était, on peut le dire, le lien qui nouait le faisceau des tribus soumises à sa domination ^. Il fallait briser ce lien pour détruire Tunité arabe qu'Abd-el-Kader avait créée. Le caractère de cette guerre difficile était donc celui-ci: nous, avions à défendre contre les tribus d'Abd-el- Kader les tribus qui avaient accepté notre domination, et qui étaient le point de mire des attaques et des razzias des tribus indépendantes; car, mal affermies dans leur obéissance, elles y renonçaient facilement dès qu'elles ne trouvaient pas dans nos armes la protection dont elles avaient besoin; nous avions à réduire les tribus indépendantes, à les détacher. d'Âbd-el-Kader par les défaites successives que nous lui infligerions ; enân il fallait atteindre et abattre ce drapeau vivant de Tindépendance arabe.
La première phase de cette lutte remplit les années 1841, 1842 et 1843. Le maréchal Bugeaud, c'est dans cette dernière année qu'il obtint le titre de maréchal, déploie une activité prodigieuse et une intelligence militaire remarquable. Il est dignement secondé par les généraux Ghangarnier, Lamoricière, Bedeau, qui
* Le général Lamoricière évaloait à 10,000 hommes les forces des Hachem. (Annales algéritnnes , tome UI, page 10.)
' Détails communiqués par M. le marquis de la Guiche, ancien aide de camp da général Lamoricière.
Oigitized
188 G.UER&£ GOI!«XR£ ÂBD-£L-lkAD£R.
conquièrent leurs grades dans cette période
laborieuse et deviennent des hommes de premier plan. On retrouve à chaque instant leurs noms dans les bulletins de cette époque *•
Après avoir opéré les ravitaillements nécessaires, le ^^ouverneur génural (juin 184^i) alla détruire Takdemt, très-probablement le Oadumcastra des Romains, dont Témir avait commencé, dès 18â6) à relever les ruines pour en faire le centre de sa domination. Le général Lamoricière, qui avait mis deux mois à préparer cette campagne, commandait une division; le duc de Nemours commandait Tautre. L'armée expéditionnaire atteignit son but sans pouvoir
* < An débouché des montagnes, écrit le goQTerneiir général» dans le lapport do 3 avril 1841 , en rendant compte du raTÎtaillement de Hé» déah » Varriére-garde a été brusquement attaquée par le batuillon de Barkam, ex>bey de Hédéah. Surprise dans le fourré» elle a perdu quelques hommes; mais le colonel Bedeau» qui »*j trouvait» lui ayant fait reprendre roffensive, a refoulé vivement Tennemi qui» à son tour» a éprouvé des pertes considérables. »
Le lendemain» A avril 1841» le général Cbangarnîer qui» depuis la reprise des hostilités» avait été chargé de la partie la plus active delà guerre» comme le disent les Annale» algériennes, est nommé k son tour. « An moment o& |e coutoî déchargé montait au col, dit le gouverneur général, l'arriére-garde» commandée par M. le général Cbangamier» a été vivement attaquée an bois des Oliviers» en queue par la cavalerie, à gauche par les bataillons réguliers d'Abd-el-Kader, Cette arriére-garde a vaillamment soutenu le combat» qui a failli nous coftter cher; car le général Cbangamier a reçu dans l'épaule une blessure qu'on a crue d'abord mortelle ; mais» la balle ayant été extraite» le général s^i^t bientôt remis à la téle de sa troupe» qu'il n'a pas voulu quitter depuis. »
OPtiBàTIONS m 6ÉRÉEAL BU6BAUD BN 1841-1842. 189
amener Âbd-el-Kader à accepter un engagement
décisif *.
Tandis que le gouverneur général renversait Takdemt) dans la province d*Oran, le général Baraguay-d'Hilliers, son lieutenant à Alger, opérant à la tète d'une colonne de 9^000 hommes dans la province de Titery, allait détruire dans la vallée du Ghélif Boghar et Ksar-el-Boukhari où l'émir faisait confectiuiiiier des habillements pour ses troupes, depuis que nous nous étions emparés de Médéah. Le général Baraguay-d'Hilliers, qui pendant toute cette période fit activement la guerre, se porta ensuite sur Thaza, située plus àTouest, et où Témir avait un fort assez bien construit, des moulins, des manutentions et des magasins. Les Arabes, désespérant de pouvoir défendre ces points, les avaient évacués. On envoya à Paris une plaque de marbre,
^ Le gooYeineor géDéral disait dans son rapport : t Monseigneur le due de Nemours a été, comme dans la division d'Alger, ce qu'on prince de sa race doit èlre à l'armée : un exemple et un slimnlant pour tons* H. le général Lamoricière m'avait rendu les plus grands services dans les préparatifs de la guerre. Il a prouvé que le soin si important des détails d'organisation et d'administration pouvait s'allier avec l'ardeur et le courage qu'il montre en tonte occasion. •
Parmi les noms cités dans ce rapport, on remarquait encore ceaz da lieotenant^cotonel des zouaves, Cavaignac. du chef de bataillon Walsin- Esterbazy, du lieutenant d'état-major de la Guiclie, et enfin celui de M. de GorceUes, membre de la Chambre des députés, qui avait accompagné la colonne expéditionnaire, < en assistant, disait le rapport, à tons ses engagements. •
190 6UBBBB COUTEB abd-bl-kader.
placée au-dessus de la porte du fort et portant
une inscription ainsi conçue : « Cette ville de Thaza a été construite et peuplée par le prince des Croyants, le seigneur El-Hadj-Abd-el-Kader (que Dieu le rende victorieux!) Lors de son entrée il a rendu témoignage à Dieu de ses œuvres et de ses pensées, et a dit : « Dieu m'est témoin » que cette œuvre m'appartient et que la posté- » rité en conservera le souvenir. Tous ceux qui I» se rapprocheront de moi et viendront sur nos » terres heureuses, recherchant avec empressea ment la paix et la tranquillité, trouveront » après moi et jusqu^à Tétemité l'exemple de » mes bonnes œuvres et de mes bienfaits. »
L'annaliste de TAlgérie, après avoir cité les termes de cette suscription, ajoute avec un grand sens : « Le plus grand mal que nous ait fait Abdol-Kadcr a été de nous mettre dans la nécessité de ne représenter un moment qu'une idée brutale, une idée de destruction, tandis qu'il représentait une idée morale, une idée d'organisation *. » C'était là le tort du traité de la Tafha, dans lequel le général Bugeaud avait consenti à laisser un autre bâtir sur la table rase où nous voulions construire nous-mêmes. Il fallut détruire son édifice avant d'élever le nôtre.
C'est pendant la campagne de 1842 et dans
^ M. E. Pélîssivr de Rendad (Âmiaki algéticiMet^ tome II» |Mge 46^.
OPÉRATIONS BU O^fTÉRAf. BUGBIUD BU 1841-1843. 191
celle de 1843 que les grands coups furent portés
à Abd-el-Kader, dans les provinces d'Alger et de Titery, et dans celle d'Oran, où était le cœur de sa puissance. Dès le commencement de cette . année, le gouverneur général, y défaisant, les armes à la main, ce qu'il avait fait par le traité de laTafna, avait encore enlevé Tiemseu à l'émir et y avait placé le général Bedeau. Sur un autre point de la province, le général Lamoricière, établi à Mascara, avait réussi, par les prodigieuses ressources de son imagination, à y nourrir une division de 6,000 hommes. C'est alors qu'il appliqua ce hardi système de guerre dont il a été parlé, et qu'il tint la campagne, vingt-deux jours de suite, avec une troupe qui n'avait emporté que quatre jours de vivres. Sa présence sur ce îpoint et ses excursions continuelles, ses com^ bats heureux, eurent pour résultat de séparer Abd-el-Kader des tribus situées entre Oran, Mascara et Mostaganem, et de rendre possible leur soumission.
Le général Bedeau , avec la division de Tlemsen , opérait contre Témir lui-même : celui-ci ^ ne pouvant se résigner à s'éloigner d'une contrée voisine du Maroc, qui lui fournissait un appui moral , souvent même des secours matériels, s'était réfugié dans les montagnes des Trara. Dans les mois de mars et d'avril 1842, le
192i GUERRE GOKTRE ABD-EL-&ADER.
chef de la division de Tlemseii fit éprouver à rémir trois échecs successifs*. Le dernier (29 avril 1842) obligea Abd-el-Kader à quitter le pays et à se rabattre sur Mascara, où le général Lamoricière était sur le point de réduire les Hachem. Le général Bedeau, selon les paroles de Tannaliste de TAlgérie , avait à la fois vaincu l'émir par les armes et par sa politique. Dès le début de la campagne, il avait réussi à inspirer assez de coniiauce aux habitants de Nedroma, ville kabyle de près de cinq mille âmes , située sur le versant septentrional des montagnes, et qui domine le pays des Souhalia , pour les décider à l'attendre dans leurs murs au lieu de les quitter. Il reçut leur soumission, leurs otages, et tint scrupuleusement les promesses qu'il leur avait faites. Cet esprit conciliant et plein d'équité , joint à un talent
* Il Tatlcignit la première fois le 21 mais lH-i"2, sur la Siknk, cl !« ^ mit en déroule. Le général Bugeaud écrivait à la dale du 27 mars 1842 {Moniteur d'avril 1842) : « Le combat de la Safsaf-o!-Sikak fait beaucoup d'honneur au général Hedeau. C'est avec trois bataillons qu'il a ballu 1(! gros rasscniblenieoL conduit par Abd-el-Kader. • L^émir avait présente dans celle alïairc 1,500 cavaliers et plus de 3,000 fantassins. Le 11 avril de la même année, le général Bedeau étant de nouveau sorti de Tlemsen et ayant réussi à attirer l'émir sur la rive gaucbe de la Tafna.le mit en }ilcine déroute et le poursuivit jusque dans la rivière; cnliu, le 129 avril 1842, il atteignit et battit une],lroisième fois l'erair qui, ayant réussi à réunir quelques milliers de Kabyles du pays des Msirda. Souhalia et Trara, était yghu bloquer I^edroma» restée Mêle à noire parti.
OPÉBATIQIIS BU G^RAL BU6EAUD BN 1841-1843. 193
remarquable d'organisation , fut une des forces du général Bedeau dans cette guerre. Il consolidait par la confiance et Testime qu'inspirait sa parole, qui valait un traité, les succès obtenus par sa glorieuse épée. « Débarrassé de Pémir, dit Tannaliste de TAlgérie, le général Bedeau s'occupa aussitôt à consolider par la paix ce qu'il avait obtenu par la guerre. La ville de Tlemsen sortit de ses ruines et se repeupla; de bonnes relations s'établirent entre les Français et les indigènes. Instruit de tout, mais assez sage pour discerner ce qu'il devait affecter ne pas voir, il ne tint jamais gralid compte ni des exigences toujours exorbitantes des vainqueurs , ni de la mauvaise humeur quelquefois irritante des vaincus. Par cette conduite supérieure aux petites passions, il parvint en peu de mois à faire du pays le plus récemment conquis une des contrées les plus soumises de l'Algérie*. »
Le générai Bedeau eut ensuite avec le kaïd marocain d*Oucheda une entrevue dont Tobjet était de régler les diûèrends qui commençaient à s'élever entre nous et le Maroc. Comme notre intérêt n'était pas d'amener une rupture ouverte avec cet empire, il accepta le désaveu et les excuses du kaïd, qui protesta que son gou-
* AnnaUt algérmnct, tome III, pige 17. ^
194 6UBRRB GOIITRB ABD-BL-KADBB.
vernement avait ignoré les secours accordés à Abd-el-Kader par les tribus marocaines, et qu'il avait pris les mesures nécessaires pour empêcher, à Tavenir, cette violation de la neutralité.
Âu moment oii la guerre s^apaisait dans la
division de Tlemsen, elle se réveillait aux environs de Mascara /où la présence de Témir suffisait pour détacher de nous les Hachem à moitié soumis. Le général d'Arbouville y commandait en l'absence du général Lamoricière, qui était allé refaire à Oran sa colonne fatiguée par cinq mois de la campagne la plus active. Mais, à la nouvelle deTarrivée d'Abd-el-Kader, Lamoricière précipita son retour et, le â juin 1842, il rentrait à Oran. Alors commença une nouvelle poursuite des tribus qui nous avaient abandonnés pour se rallier à Abd-el-Kadcr. Le général Lamoricière, toujours infatigable, et le général d'Arbouville donnèrent la chasse à ce dernier ^ qui se dérobait et cherchait à surprendre nos colonnes dans des passages dif^ ticiles, tiraillait avec notre arrière-garde, et le plus souvent exécutait des razzias contre les tri*» bus soumises à la France. C'était une étrange guerre, dans laquelle Témir était presque tou-^ jours où nous n'étions pas, se glissant sur nos flancs pour nous inquiéter , derrière nous pour
OPlSmATIOlffS BU G^BAL BU6EAUD EN 1841-1843. 19S
soulever les tribus ou pour les punir ; quelquefois suivi de près, au moment d'être pris; toujours vaiucu, jamais découragé; disparaissant pour reparaître , comme ces animaux de proie qui, découcertant par un crochet la meute lâchée sur leurs traces, semblent quelquefois poursuivre le chasseur* Cette course dura jusqu'au mois de septembre 1843.
Le gouverneur général déployait, de son côté, une activité infatigable. Il était parti le 14 mai 184i de Mostaganem pour établir des communications par terre entre les troupes de la province d'Alger et colles do la province d'Oran, en suivant la vallée du Chélif, et le gé« néral Changarnier, sorti par ses ordres d* Alger avec sa division, marcha à sa rencontre et opéra sa jonction avec lui sur rOued-Rouina. Après cette jonction, le gouverneur ironéral, voulant faire sillonner à nos troupes le plus de terrain possible, ahn de montrer partout les armées françaises , prescrivit au général Chan-^ garnier de se rendre sur la Ciuiia par le pays des Béni^Menacer , tandis qu^il se rendrait lui-même sur le môme point par la route la plus directe^ Ce fut comme une battue prolongée sur ied montagnes de Soumata; elle amena la soumission de plusieurs tribus, entre autres les MouzaYah, les Bou-Halouan, les Béni-Ménad, les Béni-Salah et les Hadjoutes.
196 GU£aRE COKTBE ABO-£L-&AI>Ba.
Le général Ghangarnier , demeuré boul , coutinua pendant le reste de Tannée ces courses militaires, soumettant les tribus sur son passage, recevant leurs promesses de fidélité, les organisant. Ce fut dans cette année qu'il fit une reconnaissance dans le Darba avec toute sa divi* sion et celle que le gouverneur général avait laissée sous son commandement. Cette reconnaissance Alt plus complète que le gouverneur général n'avait pu Tespérer. Le général Ghangarnier , pénétrant le premier dans cette chaîne d'âpres montagnes, peuplées de Kabyles, dont les énergiques habitants rendaient Taccès plus difficile, la parcourut tout entière, de Tembouchure de la Mina jusqu'à Cherchell, en passant par Ténez. Dans la province de Constantinc, toute la partie centrale était demeurée paisible; il n'y avait eu un peu d'agitation qu'aux extrémités.
SUCGKS DÉCISIF EN 1843. — TRISE DE LA SMALA. — DÉCLIN D'ABD-ËL-KADËR.
L'année 1848 fut décisive. En 1842, nous occupions, suivant le plan présenté en 1835 par le maréchal Clausel, toutes les places centrales du Tell , que le traité de la Tafna nous avait fait
DÉGLm D ABL-BL-KAHm. 197
abandonner, et toutes celles du littoral. Le maréchal Bugeaud fut conduit à penser qu'il était nécessaire d'établir sur les limites méridionales du Tell une seconde ligne de places , destinées à dominer les tribus extrêmes du Tell et à tenir en respect celles du Sahara , en leur ouvrant et en leur fermant à volonté la contrée d'où elles tirent le grain nécessaire à leur existence. Les Romains avaient suivi le même système , indiqué par la nature des choses , et « Abd-el-Kader, dont rintelligence devinait ce que la tradition nous apprend , avait eu la même pensée*. »
Le fait le plus brillant de la campagne de 1843 , pendant laquelle nos colonnes expéditionnaires ne cessèrent de sillonner, dans toutes les directions, les plaines habitées par les Arabos et les régions montagneuses occupées par les Kabyles , fut la prise de la Smala d'Âbdel-Kader par M. le duc d'Aumale. La Smala de ^Témir, composée de trois cents douars présentant une population de plus de 30,000 âmes, dont 5,000 guerriers, campait aux sources de Taguin* Le duc d'Aumale,qui avait reçu Tordre de chercher à la surprendre, en manœuvrant sur le haut Chélif de manière à s'appuyer sur Boghar, qu'il venait d'occuper comme base d'opération, battait la campagne avec la cavalerie
' Àimales algénciines.
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1 98 GU£B&£ GOriTRE ABD-BL-KADER.
de sa colonne , montant à 500 chevanx. Il eut
avis de la position de la Smala, cachée par un pli de terrain , lorsqu'il n'en était plus qu'à un quart de lieu^.^ Il fallait prendre rapidement une décision grave. Attaquer avec un. corps de 500 cavaliers un camp qui contenait 5,000 combattants, c'était sans doute un parti périlleux; mais il était *plns périlleux encore de laisser à rennemi le temps de se recoimaitre , car il conservait l'avantage du nombre, et on perdait celui de la surprise. Le duc d'Aumale adopta sans hésiter le parti le plus hardi, le plus noble et le plus sûr. Il lança sa cavalerie sur la Smala, et l'assaillit par trois côtés. à la fois, le colonel Morris par la gauche, Yousouf à droite, le prince au centre. Les Arabes ne purent se reconnaître ni se rallier et furent réduits à -se défendre individuellement. Notre cavalerie ^ trop peu nombreuse pour tout prendre , fit une coupure dans cette ville nomade et chassa devant elle tout un quartier de la Smala, en laissant fuir le reste. « Il y eut 300 guerriers arabes tués; â,000 prisonniers, hommes, femmes, enfants, quatre drapeaux, un canon et un immense butin, furent les trophées de la victoire » L'infanterie du duc d'Âumale arriva le même jour, à quatre heures; elle avait fait trente lieues en trente-six heures.*
*■ AnnaUs algirimnes, tome lU, page 7i. ' - ^ *
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DÀGim D'ÂfiD-£L-KADEB. 199
L*émir, après ce rude coup, reparut sur d'autres points; mais il trouva partout des colonnes prêtes à le poursuivre. Le général Lamoricière; le colonel Géry, homme de guerre intrépide, qui usa glorieusement les restes dë ses forces et de sa vie dans cette poursuite acharnée , et qui fut deux fois sur le point de mettre fin à la guerre en prenant l'émir; Tinfatigable colonel Morris % qui commandait la cavalerie du général Lamoriciôre, et le ctileiiel Tempoure eurent la part principale dans cette course militaire qui i9lt perdre à Têmir ses meilleurs soldats, ses plus habiles lieutenants, et ne lui laissa plus qu^un parti à prendre, celui de fcie retirer sur les terres du Maroc.
Tout semblait* indiquer que les avantages obtenus auraient cette fois des résultats décisifs. Le général Changarnier avait établi un camp • permanent à Téniel-el-Had , clef des vallées par lesquelles on peut déboucher de Touest sur le Ghélif, en suivant la corde du grand arc de cercle que décrit cette rivière au-dessus de Milianah. Il avait ensuite refoulé une graiide masse de Kabyles sur le grand pic de l'Ouenseris, où il les bloqua jusqu'à ce que la faim et la soif les obli-
* Ce fut dans un combat livré par le colonel Moms que le trompelle Escofiler mit pied à terre et douna soa cheval au capitaine de. Cottfi» en ri4»quant sa vie pour sauver celle de son chef.
MO GUBBBB GOIITIB ABO-BL-KIDBB.
geassent à se soumettre. Le général Bedeau^
après avoir opéré dans le pays des Djaffra, avait établi sur TOued-Mekerra un poste-magasin qui lui pérmettait de tenir plus longtemps la campagne. Le colonel Yousouf , envoyé dans le Sahara avec une colonne mobile, avait reçu la soumission d'un grand nombre de tribus. Enfin le gouverneur général s'était multiplié pendant cette campagne. Il avait opéré contre les Kabyles de la division de Cherchell et déterminé , avec le concours des généraux Changarnier , de Bar, et le colonel Saint-Ârnaud , la soumission des Béni-Menacer et des Béni-Menades ; puis il avait établi le camp permanent d'El-Asnam entre Milianah et Mostaganem , à quarante-cinq kilo* mètres de la mer, à la hauteur de Téncz^ un peu plus tard, il avait dompté, avec le général Lamoricière, les Béni-Ouragh et reçu leur soumission sur rOued-ïeiata ; puis , après avoir poursuivi un des lieutenants de Témir en avant de rOued-Ardjem, il s'était rendu à Tenez et s était embarqué pour Alger , où il trouva des lettres qui lui annonçaient qu'il était élevé à la dignité de maréchal de France.
On croyait, en Franco, TAlgurie pacifiée; le maréchal Bugeaud partageait cette opinion. Il disait en effet, dans un banquet public, à la fin du mois de novembre 1843 : « Après la cam-
DÉCLIN D'aBD-£L-KAD£R. SOt
pàgne du printemps, j'aurais pu proclamer que r Algérie était domptée et soumise ; j'ai préféré rester au-dessous de la vérité; mais aujourd'hui je vous dis hardiment que la guerre sérieuse est finie. Abd-el-Kader pourra bien, avec la poignée de cavaliers qui lui restent , exécuter quelques coups de main sur les Arabes soumis de la fron«tière; mais il ne peut rien tenter d'important. »
Toutes les vraisemblances autorisaient ces paroles, et le général Changarnier, qui avait eu quelques difficultés avec le gouverneur général, était reparti pour la France. Mais le maréchal Bugeaud avait compté sans le génie iécond en ressources et l'inébranlable constance d*Abd-el^ Kader, qui devait donner encore deux étapes à cette guerre dont on proclamait la fin : la rupture avec le Maroc et rinsurrection générale de 1845.