‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 34 sur 58 · ABD-SL-KADBR DANS LE MAROC. — GUERRB AVEC LE MAROC. — MO^ADOR , I8LY · texte numérisé non relu

ABD-SL-KADBR DANS LE MAROC. — GUERRB AVEC LE MAROC. — MO^ADOR , I8LY

Au commencement de Tannée 1844 , TAlgérie

semblait jouir d'une paix profonde. La voix de la poudre, comme parlent les Arabes, avait cessé de s'y faire entendre. Seulement il y avait sur

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la frontière du Maroc un petit nuage noir, d'où la guerre devait sortir. Abd-el-Kader, qui joignait à de grands talents militaires Tesprit politique, avait fait, en entrant sur la terre du Maroc, un coup de partie ; il avait attaqué des tribus en état de révolté contre . le souverain de cette contrée, et lui avait envoyé ses prisonniers et une partie dé son butin« Il semblait donc être venu pour rendre un service et non pour en demander un, et s'était.posé devant le^ populations comme l'allié de l'empereur Abd - cr - Rahman. Nous étions jrestés avec le Maroc dans de bons rapr ports officiels, dus à Tesprit à la fois conciliant et ferme* du général Bedeau. L'empereur craignait la guerre; il connaiss&it la puissance de la France , et la chute récente du dey d'Alger était pour lui une leçon. En outre, s'il révérait Abd-el-Kader comme un ^aint de rislamisme, presque comme un prophète, il le craignait comme un compétiteur, car il connaissait son influence sur les tribus marocaines et il ne doutait pas de son ambition. De ces sentiments contradictoires résultait une politique équivoque. Il ne voulait pas s'engager avec Âbd-el- Kader contre nous, et il ne voulait point agir en notre faveur contre Abd-el-Kader, qu'il regardait comme le champion sacré de Tislamisme,

* Anmki oiginiMM, tome HI, ptge tiî.

ABD-^BIrXADSE BAHS |Jt MABOC^ . 303.

et qui en outre avait dans son empire une force d'opinion qu'il eût été imprudent de heurter. C'était à peu près la situation de Bocclius vis-àvis de Jugurtha ^

Abd-el-Kader comprit que la guerre sortirait de cette situation s'il parvenait, à nous attirer sur le territoire marocain, et, afin d'oLtcnir ce résultat, il commença à faire des razzias contre les tribus soumises à notre domination, qui avoisinaient le Maroc. Le général Lamoricière occupa aussitôt les points extrêmes de notre territoire sur la frontière, Sebdou etLella-Magrinia, et y fit établir des camps retrancbés destinés à surveiller l'émir, dont on demandait Tinternement par les voies diplomatiques.

«Dans ces contrées barbares, la délimitation des frontières est toujours incertaine. Les Marocains prétendirent que le •territoire' de Lella- Magrinia , que nous occupions, faisait partie de leur empire. Les esprits, dégà animés par la présence de l'émir, s'exaltèrent : la guerre sainte fut proclamée par la multitude depuis la fron- • tière jusqu'à Mogador. Le gouvernement marocain, comme il arrive aux gouvernements faibles, se mit àla suite d'un mouvement qu'il regrettait,

* Affinitatm, M^ito (ionem, prœUrea fœdus intervenisse; ad hoc metuerû ne (luxà (ide usus popuîarium animos averkret quis cl Jugurtha caru» €i Rmani Uufiti eranê, (Salluste, de BeUo fuffurthino.J

GUfiRaS GOKTBfi ABD-£L-JLU>£a.

mais en dehors duquel il n'osait rester, dans la crainte d'être débordé et renversé par une révolution; il envoya des troupes sur ses extrêmes limites , en donnant des instructions pacifiques à son général. Dès lors la guerre devint inévitable. On était en présence.

A cette nouvelle , le maréchal Bugeaud qui ^ profitant du loisir que lui laissaient les Arabes, faisait une expédition dans les montagnes de Sébaou , afin d'y réduire les Kabyles de cette contrée, chez lesquels un des lieutenants de l'émir , Ben-Salem , trouvait asile , et de s'emparer de la petite ville de Dellys, reçut, sans beaucoup y compter, la soumission des Flissa, et accourut en toute hâte sur la frontière du Maroc. Un engagement avait déjà eu lieu; le général Lamoricière, attaqué à Timproviste par une partie de la cavalerie marocaine sortie de ce camp, où Ton ne savait ni commander ni obéir, avait taillé en pièces les assaillants. Malgré cet événement, le maréchal Bugeaud , comprenant que la France n'avait aucun intérêt à agrandir ses champs de bataille en Afrique, demanda au chef des forces marocaines, Ël-Guennaoui , une entrevue, afin de chercher à se mettre d*accorid.

El-Gueauaoui , qui avait pour instructions d'éviter la guerre , accepta volontiers cette proposition. Le général Bedeau, chargé de repré-

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senter la France dans cette conférence (IG juin 1844), marcha au-devant du général marocain avec une escorte de quatre bataillons et toute la cavalerie commandée par le général Lamo-; ricière. Avec des barbares, étrangers à toute notion du droit des gens, on ne pouvait se commettre sur la seule foi du drapeau parlementaire. L'événement le prouva, car à peine le général Bedeau et le chef marocain, laissant leur escorte en arrière et s'avançant l'un vers rautre avec les interprètes , avaient-ils ouvert la conférence , que les cavaliers irréguliers des Marocains s'approchèrent des parlementaires et commencèrent le feu , malgré les efforts d'El- Guennaoui. La conférence se troi^a naturellement rompue. Nos troupes rétrogradèrent vers le camp, suivies par les Marocains, qui tiraillaient avec notre arrière-garde. Le maréchal Bugeaud , averti de ce mouvement , se porta à la rencontre des nôtres avec quatre bataillons, leur fit prendre l'offensive, fit attaquer Tenncmi sur la droite par notre infanterie disposée en échelons, tandis que le général Lamoricière les chargeait par la gauche avec sa cavalerie. Les Marocains,mis en déroute., s'enfuirent en laissant trois cents des leurs sur le champ de bataille. Nos pertes furent légères , mais nous eûmes à regretter deux officiers de mérite et d'avenir ,

ALGÉRIB. it

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les capitaines de spahis, Savary de Rovigo et de la Chèvre.

Cette double leçon ne suffit pas. En vain le

^aréchal Bugeaud engagea-t-il une correspondance avec le chef marocain, afin d'obtenir la satisfaction à laquelle la France avait droit. Celui-ci, ne pouvant pas faire la paix et ne vou«

lant pas faire la guerre, rentra dans rintérieiir du pays. Le maréchal Bugeaud, décidé à ne pas prendre sur lui la responsabilité d'une déclaration de guerre, ne s'aventura pas à le suivre, et, après avoir assuré l'approvisionnement de son armée par le port de Djama-Ghazouat, il attendit que le gouvernement français eût pris une résolution. Cgfte résolution était subordonnée à Tultimatum que M. le prince de Joinville, commandant de l'escadre française, avait fait signifier à l'empereur Mouley-Abd-er-Rahman. Cet ultimatum n'avait rien d'inacceptable ; c'était le même que le maréchal Bugeaud avait formulé dans la lettre suivante, adressée à El-Ouennaoui : « Nous voulons conserver la limite de la frontière qu'avaient les Turcs et Abd-el-Kader après eux; nous ne voulons rien de ce qui est à vous; mais nous voulons que vous ne receviez plus Abd-el-Kader pour lui donner du secours, le raviver quand il est presque mort, et le lancer de nouveau sur nous; cela n'est pas de la bonne

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amitié, c'est de la guerre, et vous nous la faites

ainsi depuis deux ans. Nous voulons que vous fassiez interner dans Touest de Tempire la deira, les chefs qui ont suivi Abd-el-Kader; que vous fassiez disperser ses troupes régulières, goum et asker, que vous ne receviez plus les tribus qui émigrent de notre territoire, et que vous renvoyiez immédiatement chez elles celles qui se sont réfugiées chez vous. Isous nous obligeons au même procédé à votre égard si Toccasion se présente. »

L'Angleterre avait à peu près pris, auprès du Maroc, le même rôle qu'elle jouait quinze ans auparavant auprès d'Alger ; elle avait encouragé son mauvais vouloir et sa résistance. En outre, il était difficile à Mouley-Abd-er-Rahman de braver le mécontentement des populations de son empire, favorables à Abd-el-Kader. Notre ultimatum ne fut pas accepté. Le prince de Joinville, qui venait prendre sa part du péril et de la gloire dans les guerres d'Afrique, bombarda le 6 août 1844 Tanger, dont il réduisit bientôt les batteries au silence. Le jeune amiral fit aussitôt voile pour Mogador, et arriva le 11 août devant cette place avec trois vaisseaux, une frégate, trois bricks et cinq vapeurs.

L'accès de Mogador, bâti à peu de distance d'une petite lie située au sud-ouest, sur une

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pointe sablonneuse terminée par des récifs, est difficile; ses défenses sont formidables. Une batterie de quarante canons couvrait la partie de la ville qui fait face à la haute mer; la partie de la ville qui a vue sur Tîle était défendue par une batterie de seize canons, établie sur le continent, par une autre batterie de vin^i^t-quatre canons et par une grosse tour construite sur les récifs. Uile en outre était occupée et fortifiée. he prince de Joinville prit son poste de combat dans Tendroit le plus dangereux, dans lapasse qui sépare File du continent. Malgré la défende énergique des Marocains, qui se battirent avec courage, Tîle fut enlevée; ceux qui Toccupaient furent tués ou pris, et le prince de Joinville, qui avait fait dans cette journée son devoir de chef et de soldat, y descendit de sa personne et y mit garnison. A cinq heures du soir le feu de la place était éteint.

Pendant que la marine française donnait cette leçon aux Marocains, le maréchal Bugeaud, averti par le prince de Joinville que les hostilités étaient commencées, gagnait la bataille deTIsly, le 14 juillet 1844. Ce fut une journée plus brillante que meurtrière. Sidi-Mohammed, fils de rempereur, commandait le camp marocain, au-* quel il avait amené de nombreux renforts. Le maréchal Bugeaud, dès qu'il eut regu la nou-

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velle de la rupture officielle, marcha droit au camp ennemi, établi sur les hauteurs de Djarfel-Akhdar, à peu de distance d'Ûudjeda, sur la droite de TOued-Isly, petit affluent de la Moulouia. Uarmée française comptait en tout 11,000 hommes; Tarmée marocaine, entre âO,000 et 25,000 ciievaux, avec quelque infanterie.

Toute la cavalerie qui composait les camps marocains, établis sur les collines de la rive droite, s'était portée en avant pour nous attaquer au second passage de la invicrc. Au milieu d'une masse de cavalerie, qui se trouvait sur la partie la plus élevée, on distinguait parfaitement le groupe du fils de l'empereur, ses drapeaux et son parasol, signe de commandement. Dès que l'armée française, après avoir repoussé les nombreux cavaliers qui s'opposaient à son passage, eut traversé la. rivière à gué, le maréchal Bugeaud s'empara du plateau inférieur à la butte la plus élevée oii se trouvait le fils de l'empereur. Il dirigea sur ce point le feu de quatre pièces de campagne, et un grand trouble s'y manifesta. En ce moment, des masses énormes de cavalerie sortirent des deux côtés de derrière les collines et assaillirent à la fois nos deux flancs et notre queue. L'infanterie française, formant un grand losange, composé lui-môme, sur les faces, de petits canùs, niar-

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chant par un de ses angles armé d'artillerie, et renfermant dans son sein la cavalerie, forte seulement de 19 escadrons, partagea bientôt en deux, comme un coin, cette masse d^hommes à cheval, qui ne réussit point à 1 entamer. Alors le losange s^ouvrit, et notre cavalerie, formée par échelons, fut lancée par le martchal sur le tronçon de droite de Tarmée marocaine. Ces bandes de cavaliers, chargées avec vigueur, ne soutinrent pas le choc, et s'enfuirent en laissant plusieurs centaines des leurs sur le sol. L'attaque sur nos Ûancs ayant échoué, la butte lut enlevée. Alors, d'après les ordres du maréchal, le colonel Yousouf , qui commandait le premier échelon, composé de six escadrons de spahis, soutenus par trois escadrons de chasseurs et par le goum des Douairs et des Zmélas, le lança sur le camp marocain, couvert par onze pièces de canon, qui ne tirèrent qu'une seule fois et furent enlevées. Uinfaiiterie, d'ailleurs peu nombreuse, ne put tenir contre cette attaque impétueuse^ Sur sa gauche, l'ennemi fit une vigoureuse résistance. Le colonel Morris, qui commandait les deuxième et troisième échelons, voyant une grosse masse de cavalerie se précipiter sur notre côté droit, passa l'Isly, pour attaquer l'ennemi par Sun flanc droit. « L'attaque contre notre infanterie échoua, dit le maréchal Bugeaud; mais

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