‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 42 sur 58 · SOUMISSION DES ZOL'AOLAS · texte numérisé non relu

SOUMISSION DES ZOL'AOLAS

un petit pécule et revenir au pays pour s'y marier, noii-soulement chaque famille compte presque toujours un de ses fils en excursion prolongée do ce genre, mais encore beaucoup d'autres exercent, à proprement parler, le métier de colporteurs entre la montagne et la plaine. »

Ce que le général Daumas savait si bien dès 1847, d'autres pouvaient et devaient le savoir, ïls devaient en outre ne pas avoir oublié que ces tiers Zouaouas, avec lesquels il semble qu'il ait été impossible de traiter, avaient été les premiers à descendre de leur montagne, lors de la conquête d'Alger par le maréchal de Bourmont, pour lui otfrir leurs services, et qu'ils avaient formé les cadres du premier régiment des zouaves, auxquels ils ont laissé leur nom. J'insiste sur ce point, parce qu'une des grandes fautes commises pendant et après la conquête de l'Algérie, a été la conduite tenue envers les Kabyles, le mauvais choix des moyens qu'on a employés pour les amener à accepter notre domination, la* guerre à outrance et sans merci qu'on leur a faite, quand on pouvait les attirer par des bienfaits et les opposer avec avantage à l'élément arabe, beaucoup plus éloigné de nous que l'élément kabyle.

On a de la peine à s'expliquer la tendance à

^9^ LES HfSUBRBCTIONS.

donner partout Tascendant aux Arabes, quand on songe que la race kabyle ou Jiohcn Jtteint le chiiï're d'un million d'individus, et que les Arabes, qui en comptent treize cent mille, ne la surpassent que de trois cent mille *, en Algérie. L'étonnement augmente quand on voit les chefs iiiilitairos les plus haut placés, les plus compétents sur la question algérienne , les plus influents enfin, proclamer la différence qui existe entre les Kabyles et les Arabes, Tantagonisme qui règne entre les deux races, les services que peuvent nous rendre les premiers, auxiliaires bien plus utiles pour nous par leurs habitudes sédentaires, leurs aptitudes agricoles, leur goût du travail, leurs mœurs, que ne sauraient Tètre les tribus arabes habiluées à lu vie nomade'.

* Voir la Céographie générale de Dussienx, page 785.

* Voici li's paroles pro[ioiicées dans la séance du 14 avril 1809, par M. le maréchal Miel, miiiislre de la guerre :

« J'en viens mainlenanl i !n rnce kabyle. Celle-là, permettez-moi de TOUS dire que nous ne ravons pas chaogée. Nous ravoas trouvée ce qu'elle es! aujourd'hui.

• Le Kabyle ne ressemble pas du loot à l'Arabe.

< Il a une anli-e coostUaliou pbfûque, des mœurs et m langage complètement différents.

• Tandis que la Temme arabe est une femme à peu prés esclave, la feintnc kabyle preiiii une gi .tihio part dans les affaires du ménage el souvent elle en a la ilireetion. On a niènie supposé rjuc le< Kabyles étaient d'anciens cliréliens. Dans tous les cas ils n'ont jamais ressemblé aux Arabes, avec lesquels ils sont toujours restés dans un état d*an« tagooisme très-proDoocé.

BBRRIÈRB EXPÉDITION DE KABTLIE. ^93

La dernière expédition contre la grande Kabylie date de 1857. Le pays que nous désignons sous ce nom était encore insoumis à cette époque. Il est circonscrit dans le quadrilatère, dont les ports de Bougie et de Dellys sont les points principaux au Nord, et Aumale et Sétif au Sud. L'étendue de la contrée peut être évaluée à huit mille kilomètres carrés. Un. officier, qui faisait partie de cette expédition*, décrit ainsi rimpression que laissa Taspect du pays kabyle quand nos colonnes enlevèrent les cinq grands villages des Beni-Heoud, au mois de juin 1857: « Les villages kabyles, couverts en tuiles ou en chaume, dit-il, blanchis à la chaux, entourés de vignes, de jardins, perchés sur le sommet des montagnes ou accrochés à leurs flancs, ressemblent beaucoup à nos bourgs de France; ceux que nos colonnes enlevèrent au mois de juin étalent de véritables villes avec des bazars, des rues, des cafés.... Lorsque la colonne expéditionnaire descendait aux Beni-lUiten , c'était un coup d'œil pittoresque de voir les nombreux

t Les Kabyles soni des peuples agricnUears> laborieux. Ils ont uoe sorte d'industrie, ils vivent de leurs propres ressources, ils ont des jar-

dius L'i se rapprochent beaucoup plus do nos mœurs.

« AiisM loinions-nous de bien plus grandes e<{»érauces .sur celte race que sur Tautre, car elle nous csl déjà beaucoup plus utile. >

* Le baron Henri Ancapitaine. Voir sa broebare : Le et la sodété kabyle (Expédition de 1857).

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â;94 LES msuRRECTions*

villages élevés sur les contielorts qui bordent rOued-Djema. Au milieu des toitures d'un rouge sombre, se dressaient orgueilleusement les blancs minarets des mosquées. Nous savons cependant que les Kabyles sont de rudes musulmans: pour eux . Tislamisme est un fait accepté. Ceci me rappelle une circonstance qui ne doit pas être omise: c'est que dans quelques tribus les Kabyles portent tatouée aux tempes une croix grossière, symbole dégénéré dont ils n'ont conservé qu'un vague souvenir. Ce fait, remarqué , dès 1610 , par le chanoine espagnol Don Diego de H^do, se perpétue encore. »

Ainsi tous les témoignages concourent à établir qu'en s'y prenant plus habilement, on aurait pu éviter Teffusion du sang et se faire des Kabyles de précieux auxiliaires.

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