‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 44 sur 58 · IRSUBRECTION DES OASIS DU SAHARA · texte numérisé non relu

IRSUBRECTION DES OASIS DU SAHARA

zouaves. Notre victoire fut déslionorée par les excès et les crimes dont les murailles fumantes de Saragosse avaient été témoins. Rien ne fut sacrée ni le sexe ni Tàge. Le sang, la poudre, la fureur du combat avaient produit cette terrible et homicide ivresse devant laquelle les droits sacrés de Tliumanité, la sainte pitié et les notions de la morale n^existent plus. Il y eut des enfants dont la tète fut broyée contre la muraille devant leurs mères ; des femmes qui subirent tous les outrages avant d'obtenir la mort qu'elles demandaient à grands cris comme une grâce.

Les bulletins militaires insistèrent sur Teffet que produisit, dans toutes les oasis du désert, la nouvelle de la destruction de Zaatcha, bientôt répandue de proche ^en proche avec toute l'horreur de ces détails. Il est possible, en effet, qu'on ait encore augmenté la terreur qu'inspirait les armes de la France* Mais je répéterai ici ce que j'ai dit pour la Kabylie : Celle terreur l'ut mêlée de haine. Au lieu de gouverner les oasis par l'influence d'une institution supérieure et par Tascendant de nos bienfaits, nous fumes réduits au triste ressort du gouvernement de la force. Nous courbions les populations au lieu de nous les attacher. Nos sévices nous obligeaient désormais à sévir, et nous devions nous attendre que si une occasion de nous nuire se présentait, elle

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serait saisie, et que si les circonstances européennes nous obligeaient à diminuer nos moyensde répression en Algérie, notre domination sur ces parties éloignées de notre empire africain, pourrait être compromise.

Il ne faudrait pas trop se fier au proverbe arabe qui dit que le Sahara est lié au Tell par le ventre^ ce qui signifie que le maître du Tell peut affamer à son gré les Sahariens. Cela est vrai sans doute, mais, comme le fait observer Tabbé Berbrugger, seulement pour celui qui posséderait le Tell tout entier. Mais il y a un Tell marocain et un Tell tunisien, et tant que la France ne sera pas maîtresse de Maroc et de . Tunis, les Sahariens pourront se procurer par ces deux points tout ce qui leur est nécessaire. Si Ton avait eu cette vérité présente à Tesprit, on aurait compris que c'était par les influences de la civilisation, par celles des services rendus quMl fallait chercher à ramener à nous les - oasis du Sahara,*au lieu d'entreprendre de les réduire par la terreur. Si nous ne leur sommes pas nécessaires, nous pourrons leur être utiles. Mais la violence dont nous avons usé envers celles qui étaient les plus rapprochées de nous, a engagé celles qui nous échappent par leur ùloignoment à tourner d'un autre côté leurs aspirations et leurs espérances. A cette époque,

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nous fermions les portes de TÂlgérie au commerce étranger, pour favoriser nos colons, et nous interdisions la vente de la poudre et des armes aux Sahariens. « A quoi bon fermer une porte, c'est Tabbé Berbrugger qui Ta dit, quand il y a deux autres portes qui restent ouvertes ? » Ces deux portes ouvertes sont le territoire marocain et le territoire tunisien. Par là la poudre, les armes arrivent aux Sahariens, elles arrivent d'Angleterre et de Belgique; les vivres, du Tell de Tunis et du Tell de Maroc. Les Sahariens ont donc la possibilité de rester indépendants (le nous; nous leur avons donné le goût de cette indépendance par nos procédés de gouvernement et d*administration.Cen*est qu'en reprenant notre mission civilisatrice, en pro- * tégeant le commerce, en lui ouvrant une voie sûre à travers le désert, eu donnant aux Sahariens des débouchés pour leurs marchandises, et en leur apportant les nôtres, en établissant une suite de forts échelonnés le long de cette voie, qui mènerait au Soudan, des torts qui ne menaceraient pas le bien-être, la sécurité des populations, mais qui les garantiraient; ce n'est qu'en prenant ce rôle de civilisateur que nous réparerons les fautes commises, et que nous préparerons à noU e colonie un bel avenir. Je n*en dirai pas plus long sur ce sujet. Ce

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n'est pas rhistoire de T Algérie que j'ai entrepris d'écrire, c'est Phistoire de la conquête de» TAlgérie. A proprement parier, la conquête de TAlgérie est terminée à la fin de 1847, au moment où rémir Abd-el-Kader se rend sous la tente du général Lamoricière, puis âous celle du duc d'Aumale, comme la conquête d'Alger est commencée quand le dey, vaincu, fait traiter de la capitulation de sa ville, et so rend auprès du maréchal de Bourmont. J'ai voulu seulement indiquer les causes qui contribuèrent à provoquer les insurrections qui ont été une des difficultés du gouvernement de P Algérie; la plus grave a été celle de 1864 qui a eu un caractère presque général. Je ne dis pas que les fautes commises ont causé, mais seulement qu'elles ont contribué à provoquer les insurrections, l)arce qu'il faut laiie la part de l'esprit turbulent d'un grand nombre de tribus arabes, de leur opposition naturelle au gouvernement d'une puissance chrétienne, et de leur facilité à se laisser entraîner par ces sheriflfe , qui se lèvent tout à coup pour prèclier la guerre sainte. Le personnage de Bou-Baghla est un type qui se retrouve à chaque page de l'histoire des tribus. Déjà si souvent trompés, les Arabes le seront longtemps encore, parce que les prédications de ce genre flattent leur orgueil, leur antipathie

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contre les chrétiens , leur goût pour les aventures de la guerre et le pillage. Après le récit de la longue lutte soutenue contre nous par Abdel-Kader, le récit de ces soulèvements et des moyens que nous avons employés pour les repousser aurait un médiocre intérêt. Ce ne seraient que les épreuves après la lettre d'une belle gravuic. Les incidents seuls changent, le fond reste le même*

L'histoire complète du gouvernement de l'Algérie, c'est-à-dire des efiforts qui ont été faits pour organiser notre domination en Afrique, demanderait son volume à part; je ne l'écrirai pas. Cependant, sans entrer dans le détail de cette grave question, je craindrais de laisser ce livre incomplet, si je n'essayais pas d'indiquer, au moins en traits généraux , la situation de la domination française en Afrique, trente-neuf ans après la prise d'Alger, vingt-deux ans après la reddition d'Abd-el-Kader. J'apprécierai ainsi l'action qu'a exercée le gouvernement actuel en Afrique. La Restauration a pris Alger ; le gouvernement de Louis-Philippe a conquis l'Algérie, quels sont les progrès accomplis depuis vingt ans? Tout s'est-il borné à la répression des insurrections, ou bien, a-t-on fait quelque chose au delà?

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