GOUVERNEMENT DE ALGÉRIE DE 1881 A
du travail à Paris et dans presque toute la
France, les misères du présent et les craintes de Tavenir, préoccupèrent vivement la société tout entière. Sons le résine précédent, Tarmée avait trouvé la gloire sur la côte septentrionale de l'Afrique ; on espéra, sous la République, que la société française y trouverait son salut. La constituante vota une somme de cinquante millions pour coloniser TAlgérie, et les clubs et les ateliers parisiens en chômage fournirent la plus grande partie des colons.
Cet essai tourna mal. Des hommes qui eussent été très-propres à renverser une société ancienne, si on leur avait lâché la bride, étaient essentiellement impropres à créer une société nouvelle. Les colons parisiens, transplantés en Algérie, y portèrent les goûts que la llévolution de février avait développés en eux, le goût des cafés, des théâtres, des clubs, des débats passionnés. Les travailleurs discoururent à perte de vue sur la république démocratique et sociale, et ne travaillèrent pas. La saison des cultures sollicita en vain leurs bras paresseux,ils avaient bien autre chose à Taire que de s'occuper de leurs champs ! Ne fallait-il pas lire les journaux démocratiques, pérorer dans les clubs, danser dans les succursales africaines de la Chaumière de Paris, qu'on avait fondées de tout côté au
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milieu des nouvelles colonies agricoles, boire surtout au succès de la colonisation dont on ne s'occupait i)as ? 11 est juste de dire que presque aucun des ouvriers qui s'était enrôlé pour coloniser TAlgérie, n'appartenait aux classes agricoles. Us changeaient donc à la fois de climat et de genre d'occupation, condition fâcheuse pour mener à bien une entreprise de ce genre. Quand ils eurent fait Lellement quellement la moisson que, d'après les ordres de l'autorité militaire, les Arabes avaient gardée pour eux, ils n'en pouvaient plus. Presque tous avaient la fièvre. Un grand nombre demandaient, dès Tannée suivante, à rentrer en France, en laissant derrière eux les belles espérances quUls avaient apportées.
A la fin de Tannée 1849, une commission,
nommée par l'assemblée législative pour aller examiner la question sur les lieux, choisit pour rapporteur un économiste distingué, M. Louis Reybaud; Celui-ci déclarait, dans son rapport, que la commission avait reconnu que le plus grand obstacle éprouvé par l'administration dans la fondation des colonies agricoles, provenait du choix défectueux des colons, recrutés presque en totalité dans les ateliers de Paris, ot tout à fait impropres au travail des champs. 11 signalait aussi parmi les empêchements la pré-
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scnce des hommes qui , animés de passions politiques, propageaient Tagitation autour d'eux. Dès lors, Tadministration militaire avertie par une courte mais décisive expérience, cherchait à rapatrier, dès qu'elle le pouvait, les ouvriers parisiens dégoûtés de ragricuiture et de TAlgérie, et à les remplacer, soit par d'anciens militaires, soit par des ouvriers depuis longtemps acclimatés dans le pays*
Il est luciie d'expliquer cet empressement. La commission nouvelle, chargée d'examiner le rapport de M. L. Reybaud, choisit M. Lestiboudois pour rapporteur. Celui-ci constata que reffectif des calons do 1848, hommes, femmes et eniants, au moment du départ, s'était élevé à 12,666; que jusqu'au 31 décembre 1850, il s'était accru de 7,836 : total, iû,502; que les départs jusqu'à cette époque avaient été de 7,038, et les décès de 3,339. C'était une mortalité de 1 sur 6, et il avait fallu installer deux populations pour une.
« L'inaptitude de la majorité des colons pour les travaux agricoles, continuait M. Lestiboudois dans son rapport, la difficulté des défrichements,
les cnscmensements inhérents à raihuinistratiou militaire, les maladies, Tinsufiisance des instruments et surtout des bestiaux, le travail en commun rendu souvent nécessaire par l'état des
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établissements nouveaux, le déuùment d'une
population qui n'avait pas de ressources et à laquelle TÉtat donnait difficilement tout ce qui est nécessaire à la vie civilisée, entin tous les maux qui résultent d'entreprises trop hâtées par des circonstances impérieuses, paralysèrent, jusqu'à un certain point, les efforts du gouvernement, et vinrent montrer tous les obstacles que rencontre une colonisation faite aux frais de rÉtat. Une telle entreprise n'est sérieuse qu'autant qu'elle est tentée par des hommes qui savent et qui veulent travailler, qui poursuivent la création d'un établissement à leurs risques et périls
« Il n'y a de succès que par les efforts de la liberté et de l'intérêt individuel. Vous pouvez compter sur lui, si vous favorisez ses intelligentes combinaisonsL L'État a d'autres devoirs à remplir, et a pour mission d'assurer les indispensables conditions de la prospérité coloniale. Ce sont: 1^ la sécurité; i Tétendue des terres; â<> un régime libre, c'est-à-dire la libre action des personnes, la libre disposition des biens 4*» les voies de communication ; 3» marché où les colons puissent placer, d'une manière assurée, leurs produits. La France a donné aux colons la sécurité par ses armes; elle leur a donné le marché par ses lois douanières; elle
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tead tous les jours, par les institutions qu'elle fonde, à leur donner la liberté des biens et des personnes. Deux des cinq nécessités primordiales doivent attirer l'attention d'une manière plus spéciale. Si on veut que la cuiouisatiun prenne son essor, il faut bien lui donner des terres et des routes. » ' *
On revenait ainsi aux sages idées de M. de Tocqucville, et le gouvernement y revenait comme rassemblée. Il abandonnait le système établi par la loi du 19 septembre 1848, et se déclarait résolu à peupler les douze villages construits en 1849 par des cultivateurs de France et d'Algérie, pouvant justilier des ressources suffisantes pour pourvoir à leur installation.
Le rapport de M. Lestiboudois constate que l'Algérie commençait à obtenir ce dont toute colonie a besoin pour prospérer, un marché. Au mois de janvier 1851, en effet, le ministre de la guerre, frappé des graves inconvénients qui établissaient une ligne de douane entre notre colonie africaine et sa métropole, présenta à l'assemblée législative une loi destinée à faire cesser un état de choses vraiment ruineux pour l'Algérie. Avant cette loi, tous les produits français entraient en franchise sur le marché d'Alger, et tous les produits algériens étaient taxés à leur entrée en France. Le résultat de ce
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système était représenté au commencement de 1850 par les chiffres suivants ; depuis 1830, l'Algérie avait reçu 1,070 millions de marchandises, dont 535 millions de marchandises françaises, et elle n'avait exporté de ses produits indigènes que pour une valeur de 115 millions, dont 57 millions seulement en France. La balance, on le voit, était écrasante pour TAlgérie. Si le projet de 1851, défendu par le général Daumaïs, directeur des affaires de l'Algérie, ne détruisit pas complètement cette injustice douanière, il la inodilia seiisiblcuicnt. La loi du 11 janvier 1851 abaissa les barrières de la France devant les produits naturels de TAl^iérie et quelques-uns de ses produits industriels spéci- • fiés dans les tableaux annexés à la loi. C*est de cette époque que date la grande impulsion donnée à la culture algérienne. Les établissements agricoles sortirent du marasme où ils étaient plongés. On vit se créer de nouveaux villages et de nouvelles fermes, et le retour aux véritables principes de la colonisation coïncidant avec ces issues ouj^^ertes aux produits agricoles, on put enfin prévoir que les perspectives d'un bel avenir se dérouleraient devant notre colonie.
Parmi les causes qui contribuèrent à accélérer les progrès en Algérie, il faut placer au premier
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rang riuâuence de la religion catholique. Sans doute, la part qu'on lui a faite a été trop petite, couxme nous Tavons déjà dit^ et elle continua à l'être sous l'empire comme sous le gouvernement précédent. On Ta entourée de précautions jalouses, de restrictions soupçonneuses, et il semblait que le clergé dut tout compromettre par un zèle intempestif. Ce n'était pas là l'avis des chefs les pluis intelligents, parmi lesquels nous nommerons le maréchal Bugeaud et le générai Bedeau. Nous avons entendu raconter par ce dernier que, lorsque la première église catholique s'ouvrit à Alger, les Arabes, loin de s'en formaliser, dirent: «Voilà qui est bien, enfin vous allez prier Dieu. » Us ne nous demandaient pas d'être de leur religion, ils nous demandaient d'en avoir une. Au commencement de la paix de la Tafna, Abd-el-Kader avait présenté les observations l(\s plus vives et les plus pressantes à ce sujet. Il ne nous cachait pas combien l'absence de tonte pratique religieuse nous déconsidérait aux yeux des Arabes et à ses propres yeux. Lorsqu'en 1841, M. de Corcelles,. membre des assemblées du gouvernement de juillet, vint visiter l'Algérie, il insista vivement dans ce sens auprès de M. Bugeaud, gouverneur général, et ce ftit lui qui lui suggéra l'heureuse idée d'appeler les trappistes à Staouéli: « Une société