VICISSITUDES BB LA COLONISATION
nouvelle, lui dit-il, exige une loi morale plus sévère, s*il est possible, que celle de la société ancienne qui a été son berceau, surtout si elle est en contact avec des peuplades inférieures. Si la société nouvelle est pire que la société ancienne, dont elle est la fille, les abus de la force vis-à-vis de la faiblesse, les tentations de la violence et de la cupidité y multiplient sans , cesse les désordres, et Témulation n'existe que pour le maL Ce résultat est surtout à craindre quand il s'agit d'une nation comme la nôtre, qui a un vif penchant à Timitation. Les conséquences funestes de ces relations redoutables avec les races déchues, ont frappé Tattentiou des plus anciens chroniqueurs. La foi des croisés eux-mêmes n'y a pas toujours résisté. Quelques-uns devenaient fatalistes avec les musulmans, a J'ai vu, raconte le sire de Joinville, aucuni^ des lo} aux chrétiens qui tenaient la loi des Bédouins et disaient que nul ne pouvait mourir qu'à son jour.^1 faut autant dire que Dieu n'a pas le pouvoir de nous aider. »
«r Au Canada, les colons qui s'éloignaient trop du centre de la population civilisée se dépravaient. Vous désirez que nous francisions les sauvages, écrivait à Versailles le gouverneur général, M. Dénouville,' malheureusement les Français qui les hantent deviennent Hurons. »
3^ GÛUVBftHEMESiT DE L'ALG^EiE SE 1851 ▲ 1859.
Ces observations de M. de Corcelles étaient pleines de justesse. Si Ton ne parvenait point à introduire en Algérie la religion, cet arôme qui conserve et parfume toutes choses, au lieu de civiliser les populations chez lesquullos nous étions venus planter le drapeau de la France, nous risquions (rètre corrompus par elles. Le maréchal Bugeaud, convaincu de Tinfluence salutaire qu'exercerait le christianisme, résolut, comme on Ta vu, d'appeler dans la colonie un de ces types de la perfection chrétienne, dont le rayonnement se tait sentir au loin par les exemples donnés et les services rendus. Il fit offrir aux Trappistes une concession de 1020 hectares de terres en Algérie. L^emplacement qui fut oti'ert à la colonie monastique était bien, choisi, quant aux souvenirs qu*il rappelait : c'était le champ de bataille de la première victoire remportée par le maréchal de Bourmont sur la terre d'Afrique : Staouéli. Malheureusement, le nombre de ceux qui ont compris la vérité que le maréchal lUigeaud, le général Bedeau, M. de Corcelles avaient hautement proclamée, a été petit. Il y a peu d'années, un mot fâcheux a été prononcé, et il est devenu le texte de commentaires plus fâcheux encore : « L'Algérie est un royaume arabe, une colonie européenne, un camp fran-