SITUATION DB L*AL6ÉEIE BR 1868 ET
colteS) sans.argent, dans riuipossibilité souvent de faire la moindre avance à leurs métayers, ils cessent de cultiver et renvoient, comme cette année, des familles de cultivateurs en proportion
immense.
tt La chambre consultative ne peut considérer sans une pitié profonde le sort de ces malheureux. Ëlle exprime la conviction réfléchie que le salut du peuple arabe iie se trouve que dans une organisation nouvelle, dans la constitution et la division de la propriété entre chaque famille, même des plus pauvres.
« La transformation des fellahs en une classe de petits propriétaires apprenant, à travailler sur leur propre champ, et Textension, irrésistible d'ailleurs, mais hautement avouée, de la colonisation européenne, qui doit — elle a assez l'ait ses preuves — initier les indigènes à nos méthodes agricoles, leur apporter le capital qui leur manque, leur apprendre à honorer le travail et leur en fournir, sont les deux ancres de salut, les bases inébranlables de la nouvelle société que la France a pour mission de fonder
« L'exemple de la Kabylie et des territoires
civils est là, irréfutable : tandis que les Arabes du territoire militaire meurent par milliers, le nombre des autres indigènes au^j^mente. 11 faut
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translbnuer les Araljcs du Tell en Kabyles, sous peine de les voir disparaître. Tous les autres remèdes, les secours, ne sont que dUnsuiiisauts palliatifs. L'heure est venue de se mettve réso<> lùment à Tœuvre.
« L'Algérie tout entière, sauf quelques chefs et quelques Arabes de grande famille, intéressés au maintien du régime féodal et de l'indivision, soupire après Tapplication de la troisième dis* position du sénatus-consulte, si formellement promise et qui devait être appliquée dans le plus bref délai possible, c'est-à-dire après l'attribution de la propriété individuelle avec titre régulier et liberté de transaction; mais rien n'a encore été fait à cet égard. )>
Il est iuipossible d'ébriuiler l'autorité de ce témoignage qui conclut, comme ^tout ce qui précède, d'abord à l'extension de la colonisation européenne destinée à devenir pour les indigènes le type du progrès intellectuel et agricole, l'exemple vivant des avantages du travail, une école pratique et un aimant puissant de civilisation; ensuite à la transformation de la propriété arabe partout où elle est possible.
Que cette transformation ne soit pas possible partout, c'est ce que le maréchal Niel a affirmé, et c'est ce que n'avait pas nié M. Léopold le Hon. Il est d'avance convenu que Ton ne demande
SITUÂÎIOK DE L'ALGÉRIE EN 1868 BT 1869. 3S1
que ce qui est possible, cela tombe sous le sens;
mais entre ce qui est possible et ce qu'on a réalisé jusqu^ici, la marge est grande. Alléguer ce qu'on n'a pas pu faire, ce n'est pas se justifier de ne pas avoir fait tout ce qu'on aurait pu faire. Il y a beaucoup de terres où la création de la propriété individuelle est immédiatement réalisable; c'est par là qu'il aurait fallu commencer. Ou aurait, en même temps, travaillé à augmen* ter la proportion des terres arables, et, comme le reconnaît M. Frémy dans son rapport à la société algérienne % ce résultat pourrait être
* > Parmi les qucsUons sur lesquelles la sociétô algérieone a porté son attenlion dés qa*elle a été coDstitaée, dit M. Frémy, celle des barrages est à la fois une des plus importantes et des plus difficiles. La création des barrages est en Algérie une ceuvre d^utilité publique. Eux seuls peuvent niiliser d'immenses espaces que le manque d'eau rend aujourd'hui presque improductifs. Mais la constmctton et rexploilation ' de ces immenses retenues sont partout, on Algérie plus que partent ailleurs, sujettes à des risques... Une telle industrie est de celles qui ne peuvent naître san.s le concours de l'Etat. Le frouveriM'meiit est d'ailliMirs le premier à le reconnaître, ci il parait disposé à parliciper dans udc notable proporlioii à la dépense de rélaldisbt.'iiR'nl des barraues. Mais pour que rindusU ie privée puisse se charger sans imjinideiice de l'opération, il ne suflit pas que l'Etat (liiiniiuo par ses subveriiions riruportance du capital engagé, il Taut encore, ou que les risques de l'exploitation boient atténues an uniyen d'^ngagonionls cntitiaclés d'avance par les propriétaires intéressés, on que ces riM| nrs Miu nl compensés par l'attribution an prolil des concessionnaires d'une pai lie des terres dont les barrages doivent angmenter la valeur. Nous avons tout lieu d'espérer que nos négociations ne tarderont pas a alioutir, et que la société . puni ra se mcllre piutli iiiH aient à l'œuvre. Les études de nos ingénieurs sont Ci>iii| l(>!i'meni (enninées pour huit barrages-réservoirs pouvant coulenir cii;»euibic 140 milUous de mètres cube^ d'eau, et féconder
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35S SITUATION DB X^ALOIÎBIB SN i868 ET 1863.
atteint au moyen de barrages des rivières qui auraient facilité les irrigations. Malheureusement les barrages, comme à peu près tout le reste en Algérie, sont encore en projet.
11 importe de marcher rapidement pour regagner le temps perdu en tâtonnements, en hésitations, en marches et en contre-marches. « L'Algérie, comme l'a dit M. le Hon, n'a eu que trop à souffrir de continuels et permanents changements de systèmes. On a pu compter jusqu'à quinze ou vingt modes de gouvornement, jusqu'à quinze ou vingt systèmes d'administration ditférents qui ont pesé sur ce malheureux pays. »
Le moment est venu de sortir de cette indécision.
Puisqu on est d'accord sur la nécessité de hâter la colonisation et d'élargir sa base, il faut donner satisfaction à l'élément civil, en agrandissant. le territoire qui lui est assigné, et en diminuant, partout où cela est possible, le territoire militaire, parce que l'enchevêtrement de ces deux territoires régis par des autorités et des lois différentes est une des grandes difficultés de la
73 mille hectares. Cinq de ces ouvrages en projet seraicnl silués dans la vallëc du ChélilT, à laquelle il ne manque que de l'eau pour devenir la partie de l'Algérie la plus recherchée pîir les Européens. I.cs trois * autres barrages scraionl construits dans la plaine de la Métidja et dans la vallée du Saf-Saf» où la colonisation a déjà pris un certain dévelop* pement. »
Voir le rapport dans le JourwU officiel du iS avril 1869.
SnUATION DE L'ALGÉRIE EiS 1868 LX 1860. 3j3
colonisation. Il faut donner satisfaction aux colons qui demandent à jouir en Algérie des droits dont ils jouissaient dans la mère patrie % et ne
pas oublier la plainte de ce magistrat, président d'un tribunal en Algérie, que M. Jules Favre reproduisait dans la séance du 24 mars 1868, en demandant que l'Algérie fût représentée au Corps législatif : « Je me résume en deux mots : en dépit de la force invincible des principes, des légitimes exigences de Tesprit, du sens le plus manifeste des textes de notre droit public, en dépit des inspirations les plus puissantes do la politique, de la raison et de la justice, un décret impérial peut-il, contrairement à plusieurs lois et à deux . constitutions , priver les Français d'Algérie d'un droit non moins sacré et non moins inviolable pour eux que pour les Français de France, et abaisser ainsi le premier et le plus courageux des Français d'Aller, eùt-il arboré Tétendard glorieux de la France sur le sommet humilié do la Casbah, au-dessous du dernier et du plus timide des Français annexés d'Annecy ou de Roquebrune? »
Puisqu'on est d'accord sur la nécessité de mo^ difier partout où cela est possible le système de Torganisation vicieuse de la propriété arabe, et l'opinion d'un chei' de bureau arabe citée par
* Une lot sar rélecLioa dus conseils généraux olgéncjtts fi&i au cooseil ALGERIE. 20*
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M. Léopold le Hon * vient appuyer celle de tous les colons et celle de la chambre consultative d'agriculture que nous avons ^reproduite plus haut, et il faut, sans hésiter, marcher d'un pas ferme et rapide dans cette voie.
Là est la grandeur et peut-être le salut de notre colonie. N'oublions pas, afin de profiter du présent, que l'avenir n'appartient qu'à Dieu. La Restauration a conquis Alger en 20 jours; le 14 juin 1830, en effet, notre armée débarquait sur le sol d'Afrique, et le 5 juillet de la même année, elle plantai t son glorieux étendard sur le faite de la Casbah. Le gouvernement de juillet a mis dix-huit ans à conquérir l'Algérie. Vingt ans se sont écoulés depuis cette époque, et, sans vou* loir dire que ces vingt années aient été perdues',
* Vuici l'opinion Je ce tlicf d'un Imreau araliu que M. le IIoîi coll* biilére comme un Iioinmr irès-disliiigué : « La conslilotiou palriartale (le la laiiiille de rislamiMiic est essealielleiiicut opposée à loul progrès nfîHcolc. C'est la famille des peuples pasteurs, ce nVsl pas celle des |it'tijiles agriculteurs cnnsliliiéc par le christianisme. Pour que l'indif^cne dcNÏcnnc sérieuscmeiU agrirullcnr, il faut do[ic (\uc son élat social inodilie, il faut que Vindividiialité se constitue. Le senlimenl de riiilérêt prive fera naître alois le goût du travail. Le morcellement <lii personnel de la teille muUiplicra la main-d'œuvre; rinslniclio» privée se développera à la suite de rémancipalion de riiomuic, nints tant que loul re-^ tera dans la tente, dans Tindivision cl dans «ne promi.-euité eominune, ne fondons pas df fri andes espérances sur le progrès agricole. » (Journal officiel 15 avril 180*».)
2 Nous donnons à la lin du volume, comme pièce justificative, tout le chapilre consacre à VMgf^rie dans l'Exposé officiel de la situation de l'Empire, communiqué aux Chambres au commencement de 1869. Oq y trouvera le tableau complet des progrés réalisés cl des progrés en vou; de rcalisalion, trace par le gouvcrneroeot.
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SITUATION B£ l' ALGÉRIE EJi 1868 ET 1869.
on peut, on doit regretter qu'elles n'aient pas produit, pour rétablissement et la consolidation de noire domination, pour les progrès moraux et matériels de TÂlgérie^ tous les fruits qu'on était en droit d'attendre d'une si longue période de temps.
Trois paroles, trois aveux, trois cris d'effroi sortis, dans la séance du 15 avril 1869 au Corps législatif, (le la Ijoucho de INI. Léopold le Hon d'abord, puis de la bouche encore plus autorisée de M. le maréchal Niel, ministre de la guerre, puis dans la séance du SO avril, de la. bouche -du général Daumas, si longtemps directeur des affaires algériennes au ministère de la guerre, témoignent que le but que nous devons nous efforcer d'atteindre n'est pas atteint.
«r N'oublions pas, s'est écrié M. Léopold la Hun, que si une guerre maritime venait à couper nos communications avec T Algérie, nous pourrions avoir là, derrière nous, une race frémissante, se rappelant Tancien temps, prêtant Toreille aux prédications du fanatisme, et que cette population pourrait avoir des velléités qui semblent aujourd'hui complètement perdues. Pour conjurer ce danger de Tavenir, — Dieu nous garde que jamais il arrive! — c'est à nous d'accomplir cette grande tâche : l'avenir de cette race que nous n'avons voulu ni refouler dans le désert, ni comprimer. »
3S6 .SITUATION D£ l'aLOEKIÊ ËiN 18G8 £T 1869.
M. ?siel, ministre de la guerre, a tenu un langage à peu près analogue. Lui aussi pense que telle circonstance étant donnée, nous nous apercevrionSf ànotre dam, que 1 ère des insurrections arabes ,n*est pas finie.
Mais de ces trois témoignages, celui qui est de nature à produire la plus profonde impression, est certainement le témoignage du général Daumas. J'ai eu plus d'une fois roccasioa d'insister dans ce livre sur ses sympathies constantes pour les Arabes, sur ropinion qu'il a toujours professée qu'il i'ullait donner satisfaction à cet élément de la population algérienne. Il a été rinspirateur de la j>lupart des uiesures prises dans ce sens. Eh bien, cet homme qui a étudié de si près les atfaires algériennes, qui a vécu si longtemps au milieu des Arabes, qui a tant demandé pour eux et tant obtenu, est venu réclamer, après avoir récapitulé tout ce que la France avait fait pour les Arabes, le maintien du gouvernement militaire, attendu que si la conquête s'était faite par 1 (' pée, la colonisation ne i)ouvait s'établir que sous iu protection de Tépée; lui aussi est convenu que le nœud de la question algérienne est dans une forte et puissante colonisation; ses paroles doivent être citées :
« La pensée d'un gouverneur civil me souri-
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rait dès à présent — s'écriait-il — si, en don de
joyeux avènement, ce gouverneur civil devait nous apporter les moyens infaillibles de placer au milieu des Arabes les cinq cent mille Européens qui sont indispensables à la solution complète de la question algérienne. Je lui donnerais ma voix dans ce cas, sinon non« » Ët M. Ferdinand Barrot, interrompant Forateur, reprend aussitôt : « Ët moi je donnerais ma voix à un gouvernement militaire qui ferait la même chose. »
De Tavcu de toutes les opinions, la colonisation est donc la grande affaire. Pourquoi alors Ta-t-on traitée comme une atfaire de second plan? Le général Daumas a énuméré tout ce qu'on a fait pour les Arabes, et certes l'énumération est longue. Mais , quels résultats a-t-on obtenus par cette politique, je ne dirai pas seulement prodigue de bienfaits, mais prodigue de concessions? Si ces résultats ont été nuls, il est évident quon a fait une faute capitale en ne tournant pas son principal effort, sans d'ailleurs molester les Arabes, vers la colonisation de rAlgérie. Reproduisons d'abord les déclarations du général Daumas qui, sur plusieurs points, sont des aveux :
(( Jamais, sous les gouvernements musulmans qui nous ont précédés, a-t-il dit, on n'a montré