‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 54 sur 58 · SITUATION DE L' ALGÉRIE EN 1868 ET · texte numérisé non relu

SITUATION DE L' ALGÉRIE EN 1868 ET

sacrifices, de bienfaits et de concessions, quels fruits avons-nous obtenus ?

Le général Daumas s'est chargé de la réponse : «t Le peuple arabe, s'est-il écrié devant le sénat, se montrera-t-il reconnaissant de nos bienfaits? C'est une autre question. On était en droit de le penser. Tout le monde le croyait, lorsqu'une nouvelle insurrection est venue de la manière la pfds inopinée détruire toutes les illusions. Gomme toujours, on n'a pas manqué de faire remarquer que les scènes de violence avaient eu lieu loin de la zone de colonisation, mais c'est une erreur. Tout coup tenté contre la sécurité de TAlgérie est moralement près de la zone de colonisation, car il arrive jusqu'au littoral, jusqu'en France, où il porte une atteinte funeste à la confiance, sans laquelle il n'y a pas de colonisation possible. Gomment, Messieurs, ne seriez-vous pas frappés de ce qui se passe? Voilà un peuple plus que décimé par la faim, par la misère, par le choléra, qui perd 200,000 individus suivant les uns, 800,000 suivant les autres, que l'on croyait abattu pour longtemps, dans tous les cas reconnaissant des services que nous lui avons rendus, et qui, tout à coup, sans provocation aucune, se joint à une poignée de dissidents venus, comme des hirondelles, d'une oasis du Maroc, lui ouvre les portes d'une ville fortifiée, d'Aain-Mahdi, que

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rémir Abd-el-Kader lui-même a assiégée pendant neuf mois sans pouvoir la prendre, et vient offrir le combat à la garnison de Laghouat avec 3,000 cavaliers et 800 £antasains« Grâce à la vigueur de M. le colonel de Sonis, à la solidité de nos troupes et à la supériorité de notre armement, les révoltés ont été complètement battus, sévèrement punis, et ils n'ont pu poursuivre leur succès, le mot existe dans le Journal officieL C'est heureux^ un échec pouvait avoir moralement les plus fâcheuses conséquences, car nous étions très-inférieurs en nombre; mais ce qui n'a pas été malheureusement détruit, c'est la haine qu'on nom porte^ c'est le désir de recommence à la première occaMon favorable \ Il faut dire la vérité, il faut qu'elle soit connue. Partant de là, puisque, malgré notre patience, nos efforts et notre mansuétude," le peuple arabe n'a pas fait un pas dans la voie de la tolérance et de la civilisationj organisons avant tout, je le répète, avant tout, un bon et solide gouvernement des indigènes qui, s'appuyant sur la bienveillance, la justice et l'humanité, sache néanmoins paralyser leur mauvaise volonté à notre égard et les réduire à l'impuissance* Ce gouvernement existe déjà, c'est vrai, mais améliorons-

* Ici de nombreuses toîx se sonl élevées dans le Sénat el oot-répélé : « C*est vrai. >

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le encore et réprimons sévèrement toutes les tentatives de révolte. C'est là qu'est la garantie du succès, car sans une sécurité continue et complète, personne ne voudra jamais quitter ses foyers puur aller en Algérie. Le maréchal duc dlsly, cet illustre gouverneur général de l'Algérie, qui avait pris pour devise : Ense etaratroj et sous les ordres duquel j'ai eu l'honneur d'être lonirtemps directeur des affaires arabes, nous répétait souvent : — « N'oubliez pas, Messieurs, que pour bâtir une maison, défricher un champ, labourer, semer, récolter, dépiquer les grains, moudre ces mêmes grains, en faire du pain et le manger, la première de toutes les conditions c*est d'avoir la tête sur les épaules. »

A la lin de son discours, le général Daumas revient à sa conclusion habituelle : le maintien du gouvernement militaire, c'est l'idée de toute sa vie. Mais cependant, il en convient, ce gouvernement existe déjà. Il existe, vingt ans accomplis depuis la conquête de l'Algérie, et il n'a pas lait avancer la solution du problème. Toutes les fois qu'il y a eu des insurrections, la répression a été prompte, elle a été terrible, et néanmoins les insurrections ont toujours recommencé. Aujourd'hui encore, le général Daumas le déclare, avec l'autorité de son expérience : « La haine qu'on nous porte, le désir de recommencer

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à la première occasion favorable subsistent chez les Arabes. « Malgré retendue des bienfaits qu'on leur a prodigués, malgré la sévérité de la répression déployée contre eux quand ils ont pris les armes, « ils n'ont pas fait un pas, » le général Daumas le déclare, « dans la voie de la tolérance et de la civilisation. «

Que fera donc le gouvernement?

C'est avec regret que je le constate, il l'ignore, il rignore si bien que le â juin 1869, sur la proposition du maréchal Niel, l'empereur a nommé une commission « chargée » d'examiner toutes les questions fondamentales touchant à la constitution de l'Algérie et dont le travail sera sou* mis au Sénat, au début de la session *.

On étudie les questions fondamentales, )siinsi elles ne sont pas résolues. On cherche, donc on n'a pas trouvé.

En attendant qu'on trouve, proclamons qu'il est du moins hors de doute qu'on s'est engagé dans une mauvaise voie en voulant faire de TAlgérie un « empire arabe. » Il est évident qu'un empire arabe travaillera toujours à nous rejeter de son sein comme un élément étranger et odieux.

* Voir le rapport à TEmpereur dans le Journal officiel du ^ jnm Les membres de celte commission sont : MM. Ferdinand Barroi, IKhic» Aîlard, Chamblain, Gaslamhule, Paulin Talabot, le général De.svaii\\ 1>; colonel d c'tat-major Greslcy, el Tassiu, directeur du service do l'Algérie au minislcre de la guerre.

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Tout ce qui tend donc à créer cet empire, c'està-dire à fortement constituer la nationalité arabe en dehors de nous, à en grouper ensemble les éléments, à raviver le fanatisme musulman, qui surexcite contre les vainqueurs les populations, tout cela est fait contre nous. Tout ce qui rappi oclic les Arabes de rislam les éloigne de la France, Puisque la main pleine de bienfaits n'y a rien pu; puisque la main armée du glaive n'a pas réussi à trancher le nœud gordien que la main purificatrice et généreuse n'avait pu délier, que reste-t-il donc à faire?

Le général Daumas l'a indiqué au commencement de son discours, quand il s'est écrié : a Si un gouvorncur civil devait nous apporter les moyéns infaillibles de placer au milieu des Arabes les cinq cent mille Européens qui sont indispensables à la solution de la question algérienne, je lui donnerais ma voix. » Là est la vraie solution de la question algérienne, parce qu'une colonisation, représentée par cinq cent mille Européens et qui s'élèvera bientôt à un million, ôtera aux Arabes l'espoir même de nous évincer d'Algérie, et leur donnera un tel sentiment de notre force et de leur impuissance quUls se résigneront à la fatalité de notre clumination et consentiront alors à profiter de ses bienfaits. La véritable formule est donc celle-ci, et le jour où

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elle sera appliquée, T oeuvre commencée par la Restauration, continuée par le gouvernement de

Louis-Philippe, sera consommée : « L'Algérie est une province française, défendue par une armée brave et dévouée, et appuyée sur une colonisation européenne nombreuse, compacte, et assez prépondérante et assez inébranlable pour décourager les attaques, comme assez prospère pour attirer, par Tinfluence du bien-être et l'exemple de tous les progrès, la population arabe et la population kabyle dans le maintien de la civilisation de l'Occident. ^>

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