‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 6 sur 58 · KOTRE POSITION EU ALGÉRIE APRÈS · texte numérisé non relu

KOTRE POSITION EU ALGÉRIE APRÈS

baresques à la France, dans le cas où les Turcs

viendraient à être chassés de TEurope par im effort commun. La conquête d* Alger n*était pas, on le voit, dans le mouvement naturel de la politique du nouveau gouvernement, à cause du

système de ses alliances; ce n'était pas une affaire de choix, c'était une fatalité logique de situation.

On avait donc, au début, moins de forces disponibles pour FAlgérie; moins de liberté de mouvement dans cette sphère particulière à cause de la crise générale de TEurope et de nos agitations intérieures; de la part de Topinion dominante, et par conséquent des Chambres où elle se reflétait, moins de faveur pour ce que Ton tenterait de ce côté; euân, des alliances moins sympathiques au développement de notre domination en Afrique. Ce n'était pas une œuvre personnelle, conçue et commencée par lui, que le gouvernement nouveau continuait, c'était une œuvre conçue et tentée par un autre gouvernement, une pensée écrite au testament de la Restauration récemment tombée.

Puis, et c'était là le principal obstacle, tout le monde en France était dans une ignorance profonde sur l'Algérie. On savait seulement qu'il y avait à Alger des Turcs dominateurs et pirates, et des Arabes et des Maures gouvernés. Hors de-*

OimCULTÉS INHÉBSNTBS AU HOUVBAU POUTOIE. 47

là, on ne sayait rien. Quelle, était la situation

intérieure du pa3^s? Quels étaient les procédés du gouvernement des Turcs, les mœurs, la constitution sociale, le caractère des populations gouvernées, les éléments dont elles se composaient ? Par quel gouvernement remplacerait-on le gouvernement renversé? Quelles relations pouvait-on lier avec les diverses provinces dont se composait la Régence? Quel système d'administration devait-on adopter ? Quels étaient les influences, les intérêts, les idées du pays? Tout cela constituait un immense inconnu.

Le gouvernement nouveau se trouvait donc en présence de TÂlgérie avec ces dernières et graves difficultés qu'eût rencontrées le gouvernement antérieur, mais en y ajoutant des obstacles d^une nature différente, nés de la situation nouvelle de. I Kurope, de la situation nouvelle de la France, de Tétat des idées et des intérêts, et de sa propre posilion.

Ce surcroît de difficultés donne un nouveau lustre à la gloire des hommes qui, après des tâtonnements inévitables, apportèrent, à des degrés divers, lo concours de leurs efforts à rœuvre commune, et qui, soldats, administrateurs, prêtres ou colons, eurent Thonneur de réaliser en Algérie cette chose rare dans les annales humaines, nne conquête faite au profit

48 KOTRB POSITION Blf AL6ÉBIB MUB 1830.

du pays conquis auquel elle donne une administration protectrice et probe, au lieu d'être oppressive et pillarde; une justice équitable et morale, au lieu d'être vénale et corrompue; un gouvernement humain et civilisateur, au lieu d*ètre cpuel et barbare. Tel est le point d'arrivée à la fin de 1847'- et, rapproché du point de départ, il devient plus brillant encore. Il y a sur le chemin, comme dans toutes les œuvres humaines, des fautes commises, les excès de plusieurs hommes, des torts et des abus qui sont Texception à la règle de désintéressement et de haute probité suivie par notre armée, les maux de la guerre, conséquences inévitables de la conquête; mais l'éternel honneur de notre armée sera d'avoir, dans ses types les plus glorieux, joint aux qualités spécialement militaires ces grandes qualités morales qui asseoient sur de solides fondements les conquêtes échafaudées par les armes, et qui seules pouvaient faire réussir la France dans la mission qu^elle avait à remplir en Ali iiiue.

Pour arriver à remplir cette mission, il y avait un problème préalable à résoudre, les premiers éléments de la solution, nous Tavons dit, manquaient alors à tout le monde et ne devaient être que lentement et laborieusement recueillis. Qu'était-ce que l'Algérie? Qu'y avait-il à y faire?

TOPOfiBAPHIB MODBBSS. 49

Quelle était la nature des intérêts avec lesquels on aurait àr traiter, à compter ou à combattre? Pour que le lecteur voie dans Tiiistoire plus clair que les hommes de ces premières luttes ne pouvaient voir tout d'abord dans les faits, il importe de se servir des renseignements successivement réunis par eux, des lumières acquises ou plutôt conquises au prix de longs efforts, de pénibles labeurs, et payées de leurs sueurs et de leur sang.

DESCRIPTION TOPOORAPHIQUE.

Il est indispensable d*entrer dans quelques détails géographiques sommaires sur les divisions principales de l'Algérie telle qu'elle était sous la domination du dernier dey, afin de faire connattre le théâtre où la France allait agir.

La Régence se composait de quatre provinces, Alger, Titery, Oran, Constantine, formant, sur la côte se])tentiionale de l'Afrique, un territoire long de deux cent cinquante lieues , avec une profondeur variable, qui va de quatre-vingts à cent soixante lieues, entre les âÛ*" 4â' et les 37'' 7' de latitude nord , les 4<» 30* de longitude ouest, et 6*^ 30' de longitude est.

La province d'Alger s'étend de l'est à l'ouest ,

50 KOTBB POSITION £K ÂLGÉEU APRÈS 1830.

depuis le territoire des Kabyles indépendants jusqu'à la petite ville de Tenez ^ La ville d* Alger est située à peu près sur le point central du littoral de la province à laquelle elle donne son nom, et qui comptait cinq villes, Alger, Blidah, Coléah, Dellis et Cherchel^ et onze districts pu, outhans, ceux de Beni-Khelil, Beni-Mou^, Isser, Sebaou, Beni-Djaad, Beni-Khalifa, Hamza, El-Sebt, Arib, Beni-Menasser, El-Fhas ou banlieue d'Alger. Ce territoire , qui forme la portion centrale de la Régence , s'adosse au sud , à la province de Titery, et est borné à l'ouest par la province d'Oran^ à Test par celle de Gonstantine. On y comptait, en 1830, à peu près 250,000 habitants appartenant aux diverses races répandues dans le pays; mais il faut ajouter que les po- • pulations arabes de la province d'Alger avaient^ pour la plupart , des habitations fixes et faisaient peu usage de la tente. Comme dans la plus grande partie de la Régence, le terrain de cette province présentait deux variétés, le Sahel ou rivage, le Tell ou les plateaux, dominés euxmêmes par la chaîne du petit Atlas, au pied du versant septentrional de laquelle s'élève Blidah \ ^

* Nous empnmtons en grande partie ces détails aux Annales alffé* Tiennes de M. PcJissier.

2 C'esl à Blidah que les anciens avaient placé le jardin des He^iipridiîs avec ses pommes d'or. La ville romaine Bida-Colonia . consirnilo én cet endroit» fut érigée en siège épis^opai vers les premiers temps de

TaPOeiAPlUB ]fO]»BRKE« 5t

C'est dans la province d'Alger qu'est située la belle et fertile plaine de la Mitidja. Parmi les tribus qui peuplent cette portion de la Régence^ la plus belliqueuse était celle des Hadjoutes, habitants de la plaine de Touthan d'El-Sebt. Elle est arrosée par plusieurs cours d^eau^ dont les plus importants sont TOued-el-Harrach * qui, descendu des montagnes de la province de Titery par une coupure pratiquée entre deux rochers perpendiculaires, sur Tun desquels est placé lé village de Mellouan , coule au nord et se jette, tout près d'Alger et sur sa droite, dans la Méditerranée, après un cours d^environ douze lieues ; le Mazafran qui , formé par la réunion de trois rivières, la Chiffa, le Bou-Roumi et TOued- Bjer, se jette également dans la Méditerranée, à environ sept lieues et à la gauche d'Alger ; enfin Tisser, qui descend du plateau de Hamza, et se jette dans la Méditerranée près du cfip Tédélès.

La province de Titery est située entre les pro* vinces de Constantine et d'Oran; elle est prise,

nntrodflctioii da chr48tiaQisme en Afriqne. Les voies romaiDes venaient se croiser dans oelle portion de la Nilidia, pour meltre en commamca* tion les capiules des Hauritanies , les nombreux ports de VEst et les villes de l*intérienr. Les Arabes en firent une ville de déliées : ils l'appelaient la Rose de la Mitidja» Milidja la voluptueuse, par contraste avec Galéah la sainte.

' Malte-Bran rappelle rHaralcbe, d^anlres géographes le nomment l*Aralcb.

52 NOTRB POSinON £H ALGÉRIB APBÈS 1830.

pour ainsi dire, sur la profondeur de celle d'Alger, qui forme sa frontière au nord, et elle s'étend au midi jusqu'au Sahara. Sa partie septentrionale, qui est très-montagneuse, n*a rien qui rappelle l'Afrique; peiiclaiit l'hiver, le froid est aussi vif que dans le midi de la France. L'été, son aspect rappelle celui de la Bourgogne et de la Franche-Comté, avec leurs vignes, leurs luzernes et leurs chemins bordés d'ormeaux et d'aubépine. La province de Titery se composait de vingt et un districts ou outhans. Médéah, sa capitale, située dans la partie septentrionale,, était entourée de sept de ces outhans déployés en éventail du centre à la circonférence. Ce sont, en commençant par le sud et en suivant la circonférence par l'est], Beni-llassaii , Hassan-ben- Ali , Beni-bou-Yakoub, Ouzra, Ouamri , Righa et Haoura *. Au sud-est de ces tribus, et sur un territoire à peu près de même nature, sont les

* Il y a quelques dénomioations avec lesquelles il faut se familiariser pour oe pas être arrêté à chaque pas dans le récit des faits. On appelle le centre des popuiatians des fermes des hamidu, les vOlages de .la, plaine des djematt ceux de la montagne deekera, La montagne djM, le rocher ktf, la rivière oued, le gué mokla, le* défilé tenUtt, la source ûln, la réunion des tentes douar. Les mots béni et oukd, qui entrent dans la composition du nom de presque toutes les tribus, «igniflent le premier fiU, le second enfani, (Annolet udgérUiutÊS, 1. 1"» p. 90.)

Nous ajouterons que» tandis que le mot de beM entraîne ridée de la communauté d*origine par la filiation, le mot à*oukd indique plutôt la cohabitation dans la même localité, comme on dit en Bretagne les gas d'Anrs»y, etc.

TÛPÛG&APUi£ MOD£Eîi£. 53

Rebûïa, les Oulad-Elàn, les Adaùra, les Ouladsi-Ahmed-beu-Youssef, et enâa routhan du Djebel-Dira, limitrophe à la province de Cons* tantine.

Les Turcs y avaient établi une garnison dans

un fort bâti sur les ruines de Tantique cité d'Âuzia, près de laquelle périt Tacfarinas, vaincu Tan 17 de notre ère, par Dolabella. Le Dira, pays élevé, fertile et froid en hiver, est le district le plus considérable de la province de Titery. Au sud des outhans qui entourent Médéah, et à une journée de cette ville, ctaicut placées les colonies militaires du bey de Titery, les Maghzen , qui présentaient une force de 1,200 cavaliers; plus au sud encore, plusieurs tribus, entre autres les Titery, petite tribu , probablement puissante jadis, puisqu'elle a donné son nom au pays, et la plus grande tribu de cette contrée, les Oulad- Moktar, dont le chef était, après le bey, le personnage le plus important de la province.

En s'enfonçant toujours dans le sud, on découvre le grand plateau de Zarès ou du Sersou , site parcouru par les tribus nomades des Oulad- Chaïb et des Bou-Aïch , qui s'y rencontrent souvent avec les Oulad-Moktar. La partie la plus méridionale de ce plateau est occupée par deux de ces vastes amas d^eau salée , formés par les torrents qui n'ont pu trouver d'issue parmi les

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54 NOTBE POSITION BN ALGÉRIE APRÈS 1830.

chaînes, et connus dans le pays sous le nom de Sebkahs : ce sont des lacs dans la saison des pluies ; aux autres époques de Tannée , Teau , en s'évaporant, ne laisse sur le sol qu'une nappe de sel cristallisé. Derrière, à Textréme sud, s'étend le Sahara, avec ses sables entrecoupés d'oasis.

Dans la province de Titery, le Tell est arrosé par le Chélif qui , prenant sa source au sud du mont Ouenseris pour aller se jeter, à Touest de Tenez, dans la Méditerranée, après un cours tortueux d'environ cent quinze lieues, sépare, sur plusieurs points, la province de Titery de celle d'Oran. Il est arrosé en outre par plusieurs affluents du Chélif, par rOued-Djennan qui se perd dans la sebkah de Msilah, par divers affluents de Tisser, et enfin par THarrach et la Chiffa , dont la source est située dans cette partie de la Régence.

La province d'Oran avait une portion de son

* On appelle le lieu où le Chélif prend sa source Sbaîn-Aioun, à cause des soixanlc-dix fonlaiues qui y versent leurs eaux. Le Chélif n'est eu ligne droite, à vol d'oiseau , (ju'à 140 kilomètres de son embouchure, mais il Tail de grands détours. Il court d'abord vers l'est l'espace d'une centaine de kilomètres, puis se dirige vers le nord jusqu'à la hauteur de Médûah, qu'il laisse à sa droite ; de lii il court à l'ouest jusqu'à son embouchure, en suivant une lii^ue parallèle au lilloral, dont il n'est jaiuais plus éloigné que de 40 kilomètres. Dans celle dernière partie de son cours, Tespèce de pres(iu'ile qu'il forme ainsi avec la mer est montagneuse et d'un accès diflicile, mais du reste trés-ferlile. C'est là qu'on trouve la pelile ville de Tenez. (Annales algérienim, U I", p. 214.)

TOPOGRAPflU MODERNE. 55

territoire sur la droite du Chélif. La presqu'île que forme celui-ci entre son embouchure et Tenez, constituait un petit royaume indépendant habité presque exclusivement par des tribus de race kabyle. On rappelait le Dara ou le Uagnuah ; la population s'élève à ^5,000 habitants* Sur le versant sud des montagnes du Dara est la petite ville de Mazouna, à une dizaine de kilomètres de Tembouchure du Chélif. Â Test de Tenez, on trouve diverses tribus, entre autres celle des Zatima, formant une population de plus de 30,000 âmes. En descendant le Chélif, de sa source jusqu'au coude qu'il fait avant de se diriger vers rOccident, on rencontre plusieurs tribus; la dernière est celle des Hachem du Chélif, 'au nord de laquelle est située la ville de Milianah, Tancienne Malliana des Romains, sur le versant méridional du Djebel-Zaccar.

Non loin de cette ville et sur le territoire de» Hachem, on traverse le Chélif sur un beau pont . en pierre, construit en 1816 avec le reste d'un ancien pont romain. Au-dessous de ce pont, on rencontre plusieurs tribus, dont les dernières sont les Sbiah, connus par leur esprit remuant, et les Oulad-Sidi-Âribi , réunion de petites tribus soumises héréditairement à la grande et noble famille El*-Aribi. Viennent ensuite les Hachem- Daro , auprès desquels est située la ville de Mos-

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86 NOTAS POSITION £K AI.6ÉB1K APBÈS 1830.

tagaiiem, bâtie à 12 kilomètres de l'embouchure du Chélif , à kilomètres de la mer, à 80 kilo* mètres d'Alger. La petite ville de Mazagran iVest située qu'à 4 kilomètres de Mostaganem.

La vallée du Chélif, dont la population est au moins de 80,000 âmes, est une des régions les plus fertiles de FAIgérie. Elle est traversée par de nombreux affluents de ce fleuve; les principaux sont la Mina, l'Oued-Djédiouia, TOued- Riou, rOued-Fodda , rOued-Rouina et l'Oued- Derder, qui tous se jettent dans le Chélif par la . gauche.

Oran, la capitale de la province, est bâtie à 28 kilomètres de Mostaganem, à 260 kilomètres ouest-si\d -ouest d'Alger, au bord de la mer, sur deux collines séparées par un ravin dans lequel coule un ruisseau qui arrose de beaux jardins. Les redoutables fortifications de cette ville ont été construites, on l'a dit, par les Espagnols. C'est à G kilomètres nord-ouest d'Oran que l'on trouve son véritable port, le port de Mers-el-Kébir, avec le fort qui le domine.

A 460 kilomètres ouest-sud-ouest d'Alger, à 102 kilomètres sud-ouest d'Oran et à 50 kilomètres est des frontières du Maroc, est la ville de Tlemcen. Entre cette ville et le Maroc habitent des tribus kabyles, entre autres les Trara et les Souahlia. Au nord de ces derniers, est la ville

TOFOGEAPHIË MODEKiSE. S7

de Nédrouma et, au sud « la position maritime de

Djemma-Ghazaouât.

Àu sud de la première chaîne atlantique, à peu près sous le méridien de Mostaganem, à 308 kilomètre ouest^sud-ouest d'Âlger, on rencontre Mascara, que la tradition locale place sur les ruines de Castra-Nova. Tant que les Espagnols furent maîtres d'Oran, Mascara fut le chef-lieu du beylik; c'était là que résidait le bey. Mascara est bâtie à Tentrée de la plaine d'Eghrès, qui fait partie du territoire des Hachem, appelés pour cela Hachem-Eghrès. Cette puissante tribu ne compte pas moins de 20,000 âmes; elle se subdivise en deux fractions^les Hachem-Garraba et les Hachem-Cheragâ,

Au sud des Hachem sont les Djafra et le pays de Yagoubia; à Touest des Djafra, les Beni-Amer et puis les Angad jusqu'au Maroc. Au sud de la Yagoubia, des Djafra et des Angad, s'étendent, de Test à Touest, deux longues Sebkabs; la première s'appelle Cliot-el-Cherguï, la seconde Chot-el-ûbarbi. Au sud de ces Chots errent les deux grandes tribus des Hamian et des Harar. Au sud de ces tribus, la chaîne atlantique méridionale, puis le Sahara.

On évaluait à 500,000 âmes la population de la province d'Oran.

Comme toute T Algérie, la province de Cens-

58 NoiaK posriioîs ejn algeuie apb^s 1830.

tantine se partage en trois zones, celle des montagnes du littoral, celle des plateaux et la zone saharienne. Elle est bornée au nord par la Méditerranée, à Test par la régence de lunis, au sud par le Sahara, à Touest par les provinces de Titery et d'Alger, Sa longueur est de 380 kilomètres et sa largeur de quarante.

La chaîne atlantique septentrionale présente, au nord et à peu de distance de Constantine, une sorte de nœud formé par le Djebel-el-Ouahch. Ce nœud pousse trois contre*forts principaux. Le premier court vers le nord perpendiculaire-^ ment à la mer et se termine au cap Boujarone; le second , qui se dirige vers Test, se bifurque sous le méridien du cap de Fer, de sorte qu'une de ses bifurcations se prolonge, en suivant le littoral, jusqu'à Bone, et que l'autre s'en éloigne, et se termine au lit de la Seybouse, à 40 kilo-* mètres de remboucliure de cette rivière. Le troisième contre-fort, plus étendu que les deux autres, enveloppe le second par le sud et, se prolongeant vers Test, va se rattacher aux montagnes du nord de la régence de Tunis. Ce massif est séparé de celui des montagnes de Djijelli et de Bougie par TOued-^el-Kebir (la grande rivière) qui se jette dans la mer à peu de distance, et à Test de la première de ces deux villes.

C'est, on s'en souvient, sur le littoral vers

T0P06BAPHIB MODBMTE. S9

lequel ces contre- forts descendent, que les an-

ciennes possessions françaises étaient situées du temps des deys. Notre droit exclusif de pèche s'cLcndait de Bougie à Boue, bâtie entre le cap Rose et le cap de Garde, et c'est à Test de Bone, entre cette ville et celle de Tabarka,que élevait jadis le bastion de France qui dominait le petit port de la Calle , centre du commerce français et du territoire sur lequel nous exercions un droit de souveraineté.

Dans cette région, entre le cap Boiijarone, qui se dresse à Test de Tembouchure de rOued-el-> Kebir et le cap de Fer, s'enfonce le golfe de Stora, Tancien simts Numidicus des Romains. Au delà du petit port de la Ci^le, commencent les frontières de la régence de Tunis.

La partie de la province de Constantine dont il vient d'être parlé est arrosée par plusieurs cours d'eau. Les principaux sont de Touest à l'est, rOued-el-Kebir, TOued-el-Guebli , TOued- Safsaf, rOued-6l-Kerka, la Seybouse et la Mafrag.

L'Oued-el-Kebir, formé par plusieurs affluents

dont un coule sous les murs de Constantine, où il porte le nom d'Oued-el-Rummel (rivière de sable), se jette dans la mer assez près du cap Bonjarone, dont il est séparé par Tembouchure

de la Zhoure, dont le cours est parallèle au bien.

<50 ^unit lusiïiois en ALGtaih ai'Kès 1830.

La Seybouse prend sa source à peu de distance

et sous la parallèle de Constantine , coule longtemps sous le nom d'Oued-Zenati , entre le deuxième et le troisième coutre-fort du Djebel-el- Ouahcb, se redresse vers le nord, sous le méridien de Bone, traverse la vaste et belle plaine qui est au sud de cette ville, et se jette dans la mer auprès de Bone.

Cette contrée est habitée par de nombreuses tribus. Celles de la plaine sont arabes, celles des montagnes sont généralement d'origine kabyle*

« Elle est limitée au sud par la zone des plateaux du centre de TÂlgérie* La partie de ces plateaux comprime dans la province de Constantine se divise naturellement en deux régions séparées, sous le méridien de Constantine, par un bourrelet montueux dont les points les plus saillants sont le NiflT-en-Nesser (bec de Taigle) et le Guérioun. Les plateaux situés à Touest de cè bourrelet sont séparés de la province de Titery par un chaînon transversal, qui joint le Djebel-Cjurjura, la plus élevée de toutes les montagnes de la chaiae atlantique algérienne, au Djebel-Ouennougah , situé plus au sud. C'est à travers ce chaînon qu'est le célèbre défilé des Biban (les portes de. fer), gorge étroite et profonde entre deux rochers, dont Faspect est en-

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TOPOGRAPHIE HODURRE. 61

core plus sauvage que celui de la gorge d'Ollioule dans le Var. Ces plateaux , si ce n^est aux approches des Biban, sont dénudés. Les pentes des montagnes qui les bordent au sud et au nord se prolongent considérablement en allant à la rencontre les uns des autres. La ligne d'intersection de leurs plans, qui forment la superficie des plateaux, est indiquée à Test par le lit de rOued-llummel qui, dans cette partie supérieure de son cours , change souvent de nom , et à Touest par le cours sinueux de rOued-Bousselam. Cette zone mitoyenne est d'une grande fertilité; mais les parties les plus rapprochées des montagnes sont assez généralement pierreuses et stériles*. »

C'est le groupe atlantique désigné sous le nom de monts du Djurjura que nous avons appelé la Grande-Kabylie. A l'ouest des Biban est la contrée de Medjanah, habitée par les Hacbems et quelques autres tribus. Le kaïd ou chef de la Mecitisti^dli était toujours choisi dans la noble famille des Oulad-Mokran. L'influence de cette famille s'étendait sur les tribus des montagnes d'Ouennougah. Au nord de la Medjanali est la petite ville de Zamora, à l'est l'outhan des Amer^ Oharaba, où se trouve, à 440 kilomètres d'Alger, Sétif , sur les ruines de l'ancienne Sitiâ romaine^

^ Ai^ncles algcriemut.

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6â NOTRS POSITION JÎN AtOJ&m APBÈS 1830.

détruite par les Vandales, et qui avait donné son nom à la Mauritanie sitiâenne. En tirant plus à Test encore , on trouve la petite ville de Milah, distante de 36 kilomètres de Constantine. Le territoire situé entre ces deux villes, et celui qui entoure Constantine, dans un rayon d'à peu près 36 kilomètres, sont habitées par de petites peuplades appelées jadis par le gouvernement turc pour cultiver les terres domaniales, nombreuses dans cette province.

Les plateaux à Test du Niff-en-Nesser sont moins élevés que ceux de Touest , et descendent en s'affaissant de plus en plus jusqu'aux frontières de Tuiiis. Deux tribus importantes, et dont les kaïds jouaient un grand rôle, les Harakta et lesHanencha, limitrophes de la régence de Tunis , tenaient la première place dans cette contrée. Toujours dans la direction des frontières de cette régence, mais plus au sud, est la ville de Tebassa, la Tevista des Romains.

Ces plateaux sont bordés au sud par les moutagnes de Bellezma , qui appartiennent au même système que celles d'Oueniiuiigah, c'est-à-dire au chaînon transversal des Biban, chaînon qui, par rOuennougah et le Bellezma, se rattache à rAourez, massif montagneux, qui fait partie de la chaîne atlantique méridionale et se relie au Djebel-Sahari de la province de Titery par le

TÛP06RAPHi£ M&miSB. 63

Djebel-Meharka. Toutes ces localités montagneuses sont peuplées de nombreuses tribus. • Au sud de TAourez et du Djebel-Meharka, s'étend la partie du Sahara appelé le Zab, au pluriel les Ziban. La ville de Biskarà , à 340 ki-> lomètres sud-ouest de Constantine, est la plus importante de cette région , qu'on pourrait corn* parer à un archipel d'oasis où s'élèvent une quarantaine de petites villes ou villages. Entre ces oasis errent des tribus nomades , sauvages et guerrières.

On évaluait la population de la province de Constantine au moins à 1,500,000 âmes.

Ce rapide aperçu, emprunté presque tout entier au travail d'un homme qui a étudié la carte de TAIgérie sur les lieux % donne déjà une idée des difficultés qu'allait rencontrer la conquête française. Ces difficultés étaient de deux na**tures. Les unes tenaient aux lieux eux-mêmes. L'Algérie est, on Ta dit, un pays formé de trois espèces de terrains : la côte ou Sahel; le Tell ou les plateaux, qui n'occupent que le tiers du territoire et qui, du côté d'Oran, sont interrompus par des espaces incultes que nous avons appelés le petit désert; enfin le Sahara ou la plaine. Les chaînes 4le l'Atlas qui traversent le pays dans toute sa longueur, et qui sont entre-

*■ M. Péliftsier de Reynaud.

64 NOTRE PÛSITIOIY ALGÉRIE A^h^H 1830.

coupées de vallées et de ravins où descéndeiit

les sources et les rivières, présentent partout .des positions faciles à défendre, difficiles à attaque;*, des pentes escarpées, des pics élevés, des {[orges étroites et profondes, des cours d*eau torrentueux. La contrée saharienne offrait un autre obstacle dans sesplaines immenses, où de rapides cavaliers sont difficilement atteints. Nulle part de chemins frayés, partout la même nécessité de tout porter avec soi. Puis venaient les difficultés résultant de la nature des populations. Non-seulement on n^avait point affaire à une race homogène, mais les différentes races du pays étaient partagées en tribus indépendantes les unes des autres , de sorté qu'il fallait conquérir individuellement T Algérie, tribu à tribu. Il est nécessaire d'entrer ici dans quelques détails sur le caractère des différentes races*

RAGBS ET TRIBUS.

Au moment de la conquête , la population de r Algérie se divisait en catégories très-distinctes

d'origines, de mœurs, d'intérêts, de tendances. On y comptait les Turcs , race conquérante et

longtemps dominatrice, dont le gouvernement

EACBS £T TRIBUS. 65

venait d'être renversé à Alger; les Koulouglis, fils de Turcs et de femmes indigènes ^ race m6« lée, souvent suspecte aux dominateurs du pays, qui ne la laissaient pas arriver aux premiers emplois, mais dont elle était cependant l'auxiliaire; les HadarSt auxquels les Européens donnaient le nom générique de Maures : c'était cette population dans les veines de laquelle coulait plus d'un sang, et dont le nombre s'était grossi par le retour des populations musulmanes et citadines chassées de l'Espagne ; les Arabes, dont le séjour dans le pays remontait à Tère de la prédication armée du Coran; les Kabyles, une des races* autochthones du pays; et enfin, sur Tune des frontières, celle du Maroc, les Mograbins (que les Grecs et les Romains appelèrent les Maures), peuple également indigène et dont le pays, le Mograb^ signifie le couchant en arabe. Les Arabes donnaient le nom commun de Berbères à toutes les populations autochthones qui, en dehors de leurs propres tribus, habitaient avec elles sur le sol. Il y avait en outre un assez grand nombre de Juifs dans les villes, et un certain nombre de nègres répandus sur tous les points, mais surtout dans les contrées voisines du Sahara, à travers lequel ils viennent du Soudan.

Les Arabes n'ont point changé de physiono-

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