NOTRE POSITION BN ALGÉRIE APRÈS
de la vie nomade; le Kabyle aime par-dessus
tout le foyer domestique , sa maison , son village. »
En Kabylie, les pauvres sont l'objet de la préoccupation la plus touchante de leur djemma; ils sont nourris à frais communs. Chez les Kabyles du Sahara, à la saison des dattes, chaque famille est tenue de désigner un palmier de son jardin^ dont les fruits, remis à la mosquée, sont distribués aux indigents. Ces palmiers, je crois l'avoir dit, ont un beau nom : un les appelle les palmiers de l'amour de Dieu.
Il est vraisemblable qu'à l'époque de la conquête les populations anciennes^ ne trouvant pas toutes un asile sur les montagnes, refluèrent jusque dans le Sahara, dont elles peuplèrent les oasis : c'est la seule manière d'expliquer les res« semblances de physionomie, de couleur, d'usages, d'institutions, d'idiomes, qui existent entre les Kabyles des montagnes et les tribus sahariennes, leur ayèrsion commune pour les Arabes. On est fondé même à croire, d après les plus récents voyages en Afrique, qu'une fraction de la race des Berbères dépassa le Sahara, et arriva jusqu'au pays du Soudan, et que les Fellata ou Foulah de la Nigritie sont d'origine berbère *.
* Les vuwigt's lie MM. lUcliardsoii , liarlh, Ovcnrcg cl Vogel dans rAfriquc centrale, de raimce 1850 à l'aunce 18D5, douucnt une haule
UACËS ET TRIBUS. 7S
Il lie faut pas que le nom de tribu, que nous appliquons également à la première unité sociale placée, chez les Kabyles et chez les Arabes, entre la famille et l'État, fasse croire à leur identité. La tribu arabe et la tribu kabyle diffèrent autant entre elles que la commune gallo-romaine et la commune slave , et, dans la langue arabe, elles sont désignées par deux mots différents : la tribu arabe par le mot Aeneidjàj la tribu kabyle par le mot de kebyla, La tribu arabe représente ridée de la famille étendue, sous Tautorité d'un chef qui a quelque chose d'un père. C'est une organisation analogue à celle du clan écossais ; Pautorité vient d'en haut« Les membres de la tribu arabe s'appellent ordinairement les enfants d^un tel, et se donnent entre eux le nom de flls^ d'oncles 4 ou de cousins* La tribu liabyle tire quelquefois son nom d'un homme, plus souvent d uii lieu. Ce nom est fréquemment précédé du mot qu'on pourrait traduire par c< les enfants, » mais sans que ce mol implique l'idée de tiliation et de parenté^ remplacée par celle de cohabitation dans la même localité, ou de telle ou telle qualité. Us ne s'appellent pas entre eux
prubabililé à celle conjecture, conamt' rétablisseol les docamcnls déjà publiés à Londres et à Berlin dans les journaux scieniifiqnes anglais et allemands. On pent encore oonsullcr, h en sujet, le Safwra et k Soit^ dan, documents recueillis par Cid-el-Uadj-Abd'-el-kadert etc. Tra-* doits de l'Arabe par Tabbé Barges.
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cousins ou fils de mon oncle. C'est une agrégation plutôt qu'une famille; disons le mot, c'est une république. Ces peuplades, d'un esprit fler et indépendant, d'un cœur intrépide, de mœurs simples, mais d'un caractère défiant et farouche vis-à-vis des étrangers, hospitaliers et charitables quand il s'agit des leurs ou quand ils oiiL couvert le vova^'eur d'un de ces saufs-conduits qu'ils appellent leur anaya, et que jamais un Kabyle ne laisse impunément violer, sont capables de fournir une robuste et solide infanterie. Elles n'avaient jamais complètement, accepté la domination turque.
Les différences de caractère, de mœurs, d'origine, se réfléchissaient dans les diiférences des langues. La plaine, séjour des tribus venues de l'Arabie, parlait l'arabe, qui était en même temps la langue religieuse; la montagne parlait le kabyle, dont l'origine est l'objet de discussions parmi les philologues, mais qui diifère complètement de la langue arabe , quoique quelquesuns lui donnent une origine sémitique *, et qui n'a aucune espèce d'analogie avec la langue
* M. PcTissier incline ù penser ijiie le kabyle est l'ai)ri<'n idiome punique, que l'on parlait encore dans les campagne» du temps de saint Augustin. M. Louis de Handnniir croit au contraire, avec raison, ce nous semble, que la langue kabyle a une origine libyque ou chamélique. Il fait observer, à l'appui de celle opinion, que les Kabyles De parlent point l'arabe, tandis que les Juirs le poiicnl facilement.
BACES ET TRIBUS. 77
turque. Le turc et quelques idiumes métis servaient aux communications dans les villes immédiatement placées sous la domination de la race conquérante; mais tout ce qui était arabe ou kabyle ne savait pas un mot de turc. Cette langue leur était antipathique, comme l'indique une anecdote significative.
Bien peu de jours seulement après la conquête d'Alger par les Français, un Kabyle — c'est ce peuple qui fait le commerce de charbon, — criait dans le marché de Bone : « Charbone, char- Lone î » Un Turc, furieux, sortit de sa maison le bâton à la main, et commença à le frapper en disant : « Ah! malheureux! en trois cents ans tu n'as pu apprendre le turc, et voilà que, quinze jours après Tarrivée des Français, tu parles déjà leur langue! »
On évalue en Algérie le nombre de Kabyles à 1,000,000.
Telles étaient, dans les quatre provinces de
TAlgérie, les principales populations au moment de la chute de la domination du dey et de la conquête française.
La force dont disposait dans chacune de ces provinces le bey, représentant du gouvernement central, se composait de plusieurs éléments. Il avait auprès de lui une petite garde turque. En outre, dans chacune des trois villes où résidaient
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les beys, comme dans la plupart des autres, les Ivoulougiis, hommes de main et de résolution, formaient une milice belliqueuse qu'on réunissait au besoin. Enfin il y avait, parmi les. tribus arabes de la plaine, cette force associée au gouver* nement turc qu'on appelait le maghzen.
Nous avons dit ^ comment les tribus maghzen })ayaient en sorvice militaire leur redevance au peuple dominateur, levaient pour lui Timpôt, et en gardaient leur part. Il y a un mot caractéristique qui établit la différence entre les maghzen et les tribus contribuables : « L'Ârabe, disait un des membres d'une tribu maghzen, est la vache, le maghzen est le berger; la vache fait le lait, le berger le boit. » Les maghzen fournissaient aux beys une 'cavalerie auxiliaire. C'était la gen* darmerie indigène de la domination turque, redoutée comme elle pendant son existence, odieuse après sa chute.
La seule fonction gouvernementale des Turcs était la levée de Timpôt. Hors de là , ils ne faisaient rien dans le pays, rien pour le pays. La levée de Timpôt était confiée au bey. Il avait pour auxiliaire dans cette opération sa petite garde turque, le maghzen, cavalerie arabe delà plaine, les Koulouglis, milice des villes, et, quand les obstacles étaient trop grands, la milice
* Voir la Conquête d'Àhjer.