‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 9 sur 58 · RACES ET TRIBUS · texte numérisé non relu

RACES ET TRIBUS

turque venait prêter main-forte. Le dey et les beys prenaient souvent aussi à leur solde quelques troupes auxiliaires â*infaiiterie, recrutées parmi les Kabyles, particulièrement dans la tribu des Zouwawa, entre Delys et Bougie. C'est l'origine du nom de Zouaves. Dans le cas de guerre, toutes les tribus devaient leur contingent d'hommes à cheval.

Hors du centre de leur domination, les Turcs n'intervenaient pas dans la justice. La loi, c'était le Coran; le juge, c'était le prêtre, le cadL Quand uii homme avait commis un crime et refusait de paraître devant le cadi, on disait qu'il tombait sous la juridiction du magbzen.Cela voulait dire qu'il était Ixors la loi, et c'est la signification du mot Kharji qu*on lui appliquait, et qui éveille la même idée que celui d'Out-law et celui de hors la loi. Il avait abdiqué son droit à la justice; en récusant la juridiction du cadi, il tombait sous la juridiction de la force. Le maghzen le traitait à merci.

Ce gouvernement singulier avait été soutenu

pendant plusieurs siècles, malgré le petit nombre des dominateurs, par trois causes très-distinctes. La première , c'était la terreur : les Turcs • excellaient à employer ce ressort. Quand les populations s'agitaient, ils appesantissaient le joug, et la vengeance inexorable qu'ils tiraient

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des révoltés, venant s^ajouter au souvenir dë

celle qu'ils avaient exercée dans le passé, entourait leur puissance d^une auréole sanglante gui intimidait les plus hardis. A la terreur venait s'ajouter le respect* Les Turcs se posaient comme les protecteurs des populations musulmanes contre les chrétiens, comme les libérateurs du sol que les Espagnols avaient longtemps occupé, comme les champions de la guerre sainte qu'ils ne cessaient de faire contre les infidèles sur la Méditerranée ; de là le nom ûo porte de la guerre sœréei donné à rentrée de plusieurs ports de l'Afrique. Enfin, quoique leur gouvernement fût à la fois concussionnaire et exactionnaire, il avait aux yeux des populations un mérite, c'était de ne pas chercher à intervenir, l'impôt une fois acquitté, dans les affaires intérieures des tribus, de ks laisser s'administrer, et vivre selon leur génie, leurs usages, et à leur guise.

La chute du gouvernement turc à Alger, par suite de notre conquête , n'entraînait pas nécessairement l'abolition de la puissance turque dans les trois beyliks. Les beys restèrent debout à Titery et à Constantine, parce que les éléments de l'organisation sur laquelle ils s'appuyaient, les maghzen et les Koulouglis, avaient un intérêt de salut comme de puissance à ne pas se dissoudre, exposés qu'ils étaient, oppresseurs de la

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veille, à la réaction des opprimés qui devait naître dès le lendemain. Le bey d'Oran était dans de moins bonnes conditions. Le siège de sa domination^ placé sur la côte, était accessible et

vulnérable; nous pouvions ratteindre par la nier. Quoique seul d'entre les beys il ne fût pas venu de sa personne au secours du dey, il devait tomber comme lui, en raison de cette première cause, à laquelle venait s^ajouter une seconde cause de faiblesse : la révolte récente du marabout Ben-Gheriff avait profondément ébranlé la domination turque à Oran.Le bey ne tenta aucune résistance et, dès que nous voulûmes prendre sa place, il nous l'abandonna.

Nous nous trouvâmes donc, le lendemain de la conquête, en face de deux beyliks turcs demeurés debout, Constantine et Titery, et d'un beylik renversé dans la province d*Oran* Il en résulta que le pouvoir ancien , tombant dans cette province, sans être remplacé par le nôtre comme à Alger, ne laissa pour héritier que l'anarchie. Il y avait biea là le chef des maghzen du beylik, Mustapha, homme de courage et de conseil, qui fut plus tard général de brigade au service de la Fraiicc; mais les maghzen, habitués à la domination turque, ne croyaient pas pouvoir revendiquer pour eux la puissance; ils se contentaient d'en être les auxiliaires et les instruments. Bans

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