Quidam liber homo bonde. {Domesday-book, passim
1265 Vers l'an 1381, tous les hommes qu'on appelait 1381 bondes en Angleterre, c'est-à-dire tous les cultivateurs, étaient serfs de corps et de biens, obligés de payer de grosses aides pour la petite portion de terre qui nourrissait leur famille, et ne pouvant abandonner cette portion de terre sans l'aveu des seigneurs, dont ils étaient obligés de faire gratuitement le labourage, le jardinage et les charrois de toute espèce. Le seigneur pouvait les vendre avec leur maison , leurs bœufs et leurs outils de labour, leurs enfants et leur postérité ; ce que les actes d'Angleterre exprimaient de la manière suivante : « Sachez que j'ai vendu un tel, mon naïf, et toute « sa suite, née ou à naître ^.. » Le ressentiment du mal causé par l'oppression des familles nobles, joint à un oubli presque total des événements d'où provenait l'élévation de ces familles, dont les membres ne se qualifiaient plus de Normands, mais de gentilshommes, avait conduit les paysans d'Angleterre à ridée de l'injustice de la servitude âû elle-même et indépendamment de son origine historique.
Dans les provinces du sud, où la population était plus nombreuse, et surtout dans celle de Kent, dont les habitants avaient conservé la tradition vague d'un traité conclu entre eux et Guillaume le Conquérant pour le maintien de leurs anciennes franchises, de
1. Xativum meam cum tota sequela sua procreata et procreanda, (Madox, Formulare anglican., passim.) — Manumishnus prœfatum Johannem Simondsum et totam sequelam suam. [De manumissione nativorum. Rymer, Fœdera, conventiones, etc., t. II, pars IV^ p. 20.) — Les actes rédigés eu laugue française portaient le mot naïf, qui est resté dans l'anglais moderne pour dire un paysan,
grands symptômes d'agitations populaires parurent i2fi5 au commencement du règne de Richard II. C'était issi un temps de dépense excessive pour la cour et pour tous les gentilshommes, à cause des guerres de France, où chacun se rendait à Ses frais, et cherchait à briller par la magnificence de son train et de ses armes. Les propriétaires de seigneuries et de manoirs accablaient de tailles et d'exactions leurs fermiers et leurs serfs, prétextant, à chaque nouvelle demande, la nécessité où ils étaient d'aller combattre les Français chez eux, pour les empêcher de descendre en Angleterre. Mais les paysans disaient : « On nous (( taille, nous autres, pour aider les chevaliers et les « écuyers du pays à défendre leurs héritages ; nous « sommes leurs valets et les bêtes dont ils tondent la « laine ; et, à tout considérer, si l'Angleterre se per- « dait, nous perdrions bien moins qu'eux K »
A ces propos tenus au retour des champs, lorsque les serfs du même domaine ou de domaines voisins l'un de l'autre se rencontraient et cheminaient ensemble, succédèrent des discours plus graves pro nonces dans des espèces de clubs où Ton se réunissait le soir après l'heure du travail^. Quelques-uns des orateurs de ces réunions étaient prêtres, et ils tiraient de la Bible et des Ecritures leurs arguments contre l'ordre social de l'époque. « Bonnes « gens, disaient-ils, les choses ne peuvent aller en « Angleterre, et n'iront pas jusqu'à ce qu'il n'y ait