‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 193 sur 214 · Froissart^ liv. II, ch. olxxxviii · texte numérisé non relu

Froissart^ liv. II, ch. olxxxviii

3. Rnstici quidem fuistis et estis, in bondagio permatiebitis. (Thoir. Walsingham, Hist. anglic, apud Camden, Anglica, Hibernica, etc. p. 258.

1381 chissements individuels, qui avaient commencé bien 1*50 avant cette époque, devinrent dès lors plus fréquents. L'idée de l'injustice de la servitude en ellemême, et quelle que fût son origine , soit ancienne, soit récente, cette grande idée, qui avait été le lien de la conspiration de 1381, et à laquelle l'instinct de la liberté avait élevé les paysans avant les gentilshommes, gagna jusqu'à ces derniers.

Dans les moments de la vie où la réflexion devient plus calme et plus profonde, où l'intérêt et l'avarice parlent moins haut que la raison , dans les instants de chagrin domestique, de maladie et de péril de mort, les nobles se repentirent de posséder des serfs, comme d'une chose peu agréable à Dieu, qui avait créé tous les hommes à son image. Un grand nombre d'actes d'affranchissement, rédigés au quatorzième et au- quinzième siècle , portent le préambule suivant : « Comme ainsi soit, que Dieu, dès le commen- « cément, a fait tous les hommes libres par nature, « et qu'ensuite le droit des gens a constitué certains « d'entre eux sous le joug de servitude, nous croyons « que ce serait chose pieuse et méritoire auprès de « Dieu, que de délivrer telles personnes à nous suce jettes en villenage, et de les affranchir entièrement « de pareils services. Sachez donc que nous avons « affranchi et délivré de tout joug de servitude tels « et tels, nos natifs de tel manoir, eux et leurs ence fants nés et à naître ' . »

1. Cum ab initio omnes hornines natura liberaverit Deus et postea jusgentium quosdam sub jugo servitutis constituit, nos^ etc. (Rymer, Fadera, conventiones, Utterac, passim.) — Sciatis igitur nos maumnisisse... nativos nostros. (Ibid.)

Ces sortes d'actes, qui furent très-fréquents du- ^ssi rant le quinzième siècle, et dont on ne trouve aucun **'^" exemple dans les temps antérieurs, indiquent la naissance d'un nouvel esprit public, contraire aux résultats violents de la conquête, et qui paraît s'être développé à la fois chez les fils des Normands et chez ceux des Anglais, à l'époque où fut effacée, dans l'esprit des uns et des autres , toute tradition claire de l'origine historique de leur situation respective. Ainsi la grande insurrection des vilains, en 1381, semble être le dernier terme de la série des révoltes saxonnes, et le premier d'un tout autre ordre de mouvements politiques. Les rébellions de paysans qu'on vit éclater par la suite n'eurent plus le même caractère de simplicité dans leurs motifs, et de précision dans leur objet. La conviction de l'injustice absolue de la servitude et de l'illégitimité du pouvoir seigneurial ne fut point leur unique mobile; mais des intérêts ou des opinions du moment y eurent une part plus ou moins forte. Jack Cade, qui joua en 1448 le même rôle que Wat-Tyler en 1381, ne se fît pas, comme ce dernier, le représentant des droits du commun peuple contre les gentilshommes, mais, rattachant, sa cause et la cause populaire aux factions aristocratiques qui divisaient alors l'Angleterre, il alla jusqu'à se donner pour un membre de la famille royale injustement exclu de la succession au trône. L'influence qu'eut cette imposture sur l'esprit du peuple, dans les provinces du nord et dans cette même province de Kent qui, soixante -dix ans auparavant, avait pris pour capitaines des couvreurs en tuiles, des boulangers et des charretiers, prouve

»38i qu'une fusion rapide s'opérait entre les intérêts

^^'"'^ politiques des différentes classes de la nation, et

que tel ordre d'idées et de sympathies n'était plus

attaché d'une manière fixe à telle condition so-

. ciale.

Vers la même époque, et sous l'empire des mêmes circonstances , le parlement d'Angleterre prit la forme sous laquelle il est devenu célèbre dans nos temps modernes, et se divisa d'une manière permanente en deux assemblées, l'une composée du haut clergé , des comtes et des barons convoqués par lettres spéciales du roi; l'autre, des petits feudataires ou chevaliers des comtés, réunis à des bourgeois des villes, élus par leurs pairs, ou convoqués arbitrairement par les sheriffs. Cette nouvelle combinaison, qui rapprochait les commerçants, presque tous d'origine anglaise, des tenanciers féodaux, Normands de naissance, ou présumés tels par la possession de leurs fiefs et par leurs titres militaires, était un grand pas vers la destruction de l'ancienne distinction par races et l'établissement d'un ordre de choses où toutes les familles seraient classées uniquement d'après leur importance politique et leur richesse territoriale. Toutefois, malgré l'espèce d'égalité que la réunion des bourgeois et dos chevaliers dans une assemblée particulière semblait établir' entre ces deux classes d'hommes, celle qui était anciennement inférieure garda quelque temps encore le signe de son infériorité. Elle assistait aux délibérations sur les matières politiques, sur la paix et la guerre, sans y prendre aucune part, ou bien elle se retirait durant ces discussions, et n'intervenait que

CONCLUSION 3li

pour le vote des taillages et des subsides exigés par i38t le roi sur la propriété mobilière. <''5o

L'assise de ces sortes d'impôts avait été, dans les temps antérieurs, l'unique motif de la convocation des bourgeois de race anglaise auprès des rois anglonormands ; ceux qu'on savait être riches parmi eux, comme parmi les juifs, étaient plutôt sommés qu'invités à comparaître devant leur seigneur. Ils recevaient l'ordre de se rendre auprès du roi à Londres, et le rencontraient où ils pouvaient, dans son hôtel, en pleine rue, ou hors de la ville, au milieu d'une partie de chasse. Mais les barons et les chevaliers que le roi assemblait pour le conseiller et pour traiter, conjointement avec lui, des affaires qui regardaient la communauté, ou, comme on disait, la cominalité du royaume, étaient accueillis d'une tout autre manière, et avec un cérémonial aussi différent que rétait le motif de leur convocation. Ils trouvaient à la cour tout préparé pour les recevoir : de la courtoisie, des fêtes, l'appareil chevaleresque et les pompes de la royauté. Après les fêtes, ils avaient avec le roi, selon l'expression des anciens auteurs, de graves entretiens sur l'état du pays * ; tandis que le rôle des envoyés de la bourgeoisie se bornait à donner l'adhésion la plus brève possible aux cahiers d'imposition que leur présentait un des barons de l'Échiquier.

L'habitude que prirent peu à peu les rois de convoquer les vilains de leurs cités et de leurs bourgs,

1. Graves sennones habuerunt de hae terra. (Chron. saxon., éd. Gibson, passim.)

I38J non plus d'une manière irrégulière, selon le besoin 1*50 du moment, mais à des époques fixes et périodiques, lorsqu'ils tenaient leur cour trois fois l'année, ne changea que faiblement cette ancienne pratique, dont le lecteur a vu plus haut, à l'époque de Henri II, un exemple assez remarquable. Les formes employées à l'égard des bourgeois devinrent, il est vrai, moins acerbes, lorsqu'ils ne furent plus convoqués auprès du roi seul, mais en plein parlement, au milieu des prélats, des barons et des chevaliers. Cependant l'objet de leur admission dans cette assemblée, dont ils occupaient les derniers rangs, était toujours un simple votç d'argent; et toujours les impôts qu'on exigeait d'eux surpassaient, même lorsqu'il s'agissait d'une contribution générale , ceux du clergé et des feudataires. Par exemple, lorsque les chevaliers octroyaient un vingtième ou un quinzième de leurs biens meubles, l'octroi des bourgeois était d'un dixième ou d'un septième. Cette différence s'observait, soit que les députés des bourgs fussent assemblés à part, dans la ville où se tenait le parlement, soit qu'on les eût convoqués dans une autre ville, soit enfin que, selon l'usage qui prévalut, on les eût réunis aux chevaliers des comtés, élus comme eux collectivement, tandis que les hauts barons recevaient personnellement du roi leurs lettres de convocation ^ Aussi les membres de la bourgeoisie, au quinzième siècle, étaient-ils peu jaloux de venir au parlement ; les villes elles-mêmes, loin de regarder comme un droit précieux leur faculté électorale,

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