Ibid
1192 de se rallumer en Europe contre les sectateurs de Mahomet, de nouveaux pèlerins partaient chaque jour pour la Terre-Sainte. La destitution du chancelier, et l'occupation des forteresses par le comte Jean , avaient beaucoup troublé le roi d'Angleterre, et il prévoyait que tôt ou tard son frère, suivant l'exemple que lui-même lui avait donné , unirait ses projets d'ambition aux projets d'hostilité du roi de France'. Ces craintes l'agitèrent bientôt au point que , malgré le serment qu'il avait fait de ne pas quitter la Terre-Sainte tant qu'il lui resterait un roussin à manger S il conclut une trêve de trois ans trois mois et trois jours avec les Sarrasins, et se mit en route vers l'Occident.
Parvenu en mer à la hauteur de la Sicile, il songea qu'il y aurait du danger pour lui à débarquer dans un des ports de la Gaule méridionale, parce que la plupart des seigneurs de Provence étaient parents du marquis de Montferrat et parce que le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, suzerain des pays maritimes situés à l'ouest du Rhône, était son ennemi personnel ^ Craignant de leur part quelques embûches, au lieu de traverser la Méditerranée, il entra dans le golfe Adriatique , après avoir congédié la plus grande partie de sa suite, afin de n'être point reconnu'*. Son vaisseau fut attaqué par des pirates,
1. Propter sinistros rumores quos audierat. (Roger, de Hoved. Annal., pars posterior, apud Rer. anglic. Script., p. 717, ed, Savile.)
2. Quamdiu haberet unum runcinum ad manducanduni. (Ibld., p. 716.)