‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 72 sur 214 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

d'une profession infamante. Dès lors l'état de bandit i^po dans les forêts de l'Angleterre , sans être moins pé- 1200 rilleux, sans exiger moins de courage et d'adresse individuelle, ne produisit plus de héros. Il resta seulement dans l'opinion des classes inférieures une grande complaisance pour les infractions aux lois contre la chasse, et une sympathie marquée pour ceux qui, soit par besoin, soit par fierté, bravaient ces lois de la conquête. La vie du braconnier aventureux, et en général le séjour des forêts, sont celébrés avec amour dans une foule de chansons et de poésies assez récentes ; toutes vantent l'indépendance dont on jouit sous le bois verdoyant *, où l'on n'a d'ennemis que Vhiver, et l'orage , où l'on est gai tant que le jour dure, et léger d'humeur comme la feuille sur l'arbre *.

Le roi Richard, de retour à Londres, se vit cou- >'9*

ronner pour la seconde fois, avec des cérémonies '^^^ que nous avons vues exactement reproduites de nos jours*. Après les fêtes de ce second couronnement, il annula d'un seul coup toutes les ventes de domaines qu'il avait librement faites avant de partir pour la croisade, prétendant que c'étaient de simples prêts qu'on était tenu de lui restituer *. Les acqué-

1. Under the grenewood... in the good grenewood... (Pièces of ancient popular poetry, passim.)

2. Mery and free... as liappy as the day is long, as leaf on lynde, {Ancient popular songs, passim.)

3. Roger, de Hoved, innai., pars posterior^ apud Rer. anglic. Script., p. 73», éd. Savile.

4. Sub nomine repetiit commodati. (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p. 493; éd. Hearne.)

1194 reurs de bonne foi eurent beau présenter leurs actes >"^^ scellés du grand sceau de la couronne, tout fut inutile. Le roi, donnant des formes douces à cette expropriation forcée, leur disait * : « Quel prétexte c( avez-vous de retenir en vos mains ce qui est à nous? « Ne vous êtes-vous pas remboursés complètement « de vos avances par le revenu de nos domaines 2? (( S'il en a été ainsi , vous savez que c'est péché « d'exercer l'usure envers le roi, et que nous avons « une bulle du pape qui vous défend cela sous peine « d'excommunication ^ Que si, après Iç compte de « ce que vous avez payé et de ce que vous avez reçu, «il vous revient justement quelque chose, nous y « suppléerons de notre trésor pour vous ôter tout « sujet de plainte \ »

Personne n'eut le courage de présenter un compte, et tout fut rendu au roi sans dédommagement ^ Il rentra ainsi en possession des châteaux, bourgs, gouvernements et domaines qu'il avait aliénés; et tel fut le premier bienfait que la race normande d'Angleterre éprouva du retour de son chef, sans lequel les courtisans assuraient qu'elle ne pouvait plus vivre, non plus que le corps sans tête. Quant à la race

1. Astu tamen mollius loqiie"batur. (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p. 493, éd. Hearne.)

2. Si ergo sortem vestram de fructibus rerum nostrarum jain percepistis ea contenti esse debetis. (Ibid.)

3. Rescriptum sedis apostolicse, quo probibeamini régi proprio... fœnerari. (Ibid.)

4. Supplebo de proprio, omnem amputans occasionemretentionis... (Ibid.)

'5. Illi regiœ imminentise metii attoniti... universa resignariint. (Ibid., p. 493 et 494.)

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