‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 73 sur 214 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

anglaise, après avoir été écrasée d'impôts pour la délivrance du roi , elle le fut pour celle des otages que Richard avait laissés en Allemagne, et pour les frais de la guerre qu'il fallut soutenir alors contre le roi de France*.

Ce n'était pas seulement en Normandie que Philippe menaçait d'anéantir la puissance de son rival, il s'était ligué encore une fois avec les barons du nord de l'Aquitaine ; il leur avait promis secours et maintien, et eux, encouragés plutôt par ses promesses que par son assistance effective, avaient de nouveau tenté d'établir leur indépendance contre le pouvoir anglo-normande C'était la passion de la nationalité et le désir de n'être sujets d'aucun des rois voisins, d'aucun homme qui ne fût pas de leur race et de leur langue, qui leur avait fait conclure cette alliance avec le roi Philippe ; mais lui, s'inquiétant peu de leurs sentiments patriotiques , avait sur eux des vues toutes différentes. Il aspirait à étendre son autorité sur les provinces gauloises du Midi, de façon à devenir roi de toute la Gaule, au lieu d'être simplement roi de France. Suivant l'exemple de la chancellerie germanique, qui attribuait à chaque empereur vivant la possession réelle de tous les territoires que ses prédécesseurs avaient régis et perdus ensuite, le roi de France et son conseil reculaient en idée les bornes de leur domination légitime jusqu'aux

1. Pro liberandis obsidibus... sive etiam in siimptu belli.(Guilielm. Neubrig. de Beb. anglic, p. 494, éd. Hearne.)

2. Per lo manteneraen qu'el ms de Fransa lor avia fait e fazîa. (Raynouavd, Choix des poésies des troubadours, t. V, p. 96,)

1194 Pyrénées, où l'on croyait que Charlemagne avait i»95 élevé une croix pour servir de limite perpétuelle entre la France et l'Espagne*. « C'est jusque-là, di- « sait un poëte du temps qui voulait flatter le roi Phi- « lippe, c'est jusque-là que tu dois dresser tes tentes « et agrandir tes États, afin de posséder sans réserve « les domaines de tes aïeux '^, afin que l'étranger n'occ( cupe plus rien au dedans de nos frontières, et que « le dragon blanc avec sa race venimeuse soit extirpé « de nos jardins, comme le prophète breton te l'a c( promis ^ »

Ainsi les prédictions patriotiques faites par les vieux bardes cambrions, pour relever le courage de leur nation envahie par les Anglo-Saxons, passaient, après plus de cinq cents ans, pour des prophéties en faveur des Français contre *les Normands ^ Voilà sans doute un trait assez frappant des bizarreries humaines; mais un autre qui ne l'est pas moins, c'est que les mêmes provinces que le roi de France

1. .... Cura, juris apostata nostri, Succurabet victus tibi cum Xantone Niortus... In Pyrenœo figes tentoria monte.

(Guilielm, Britonis Philippid., apud Script, rergallic. et francic, t. XVII, p. 285.)

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