LIVRE XI
prétendait lui appartenir comme héritage de Char- im lemagne, l'Empereur les revendiquait aussi en vertu 1195 des droits du même prince, qui jouissait du singulier privilège d'être regardé à la foi comme Français et comme Allemand. La cession de terres récemment faite par le César d'Allemagne au roi Richard était fondée sur cette prétention. Outre la Provence tout entière et une partie de la Bourgogne, la libéralité impériale , au dire des anciens historiens, lui avait encore octroyé sur le comté de Toulouse un droit de suzeraineté perpétuelle, que le roi de France s'attribuait en même temps. Mais, en réalité, les comtes de Toulouse jouissaient de l'indépendance politique et, suivant les formules du siècle , étaient libres de leur hommage*.
Au moment d'entrer en campagne contre le roi de ng, France, Richard crut nécessaire d'agir sur l'opinion publique en se disculpant d'une manière éclatante du reproche de meurtre sur le marquis de Montferrat. Il produisit une prétendue lettre autographe du Vieux de la Montagne, écrite en caractères hébraïques, grecs et latins, et contenant les passages suivants ^ :
« A Léopold, duc d'Autriche, et à tous les princes « et peuples de la" foi chrétienne, salut. Attendu que « plusieurs rois, dans les pays d'outre-mer, imputent « à Richard , roi et seigneur d'Angleterre , la mort
1. Pr^terea... imperator dédit régi Anglise et charta sua confirmavit... homagium comitis de Sancto ^Egidio. (Roger, de Hoved. j4nna?., pars posterior, apud fier, anglic Script., p. 732, éd. Savile.)
2, Scriptai litteris hebraicis, grascis et latinis, (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic.^ p. 548, éd. Hearne.)
JI95 « du marquis, je jure, parle Dieu qui règne éter- « nellement et la loi que nous observons , que le roi « Richard n'a eu aucune participation à ce meur- « tre ^.. Sachez que nous avons fait les présentes en « notre maison et château de Messiac , à la mi-sep- «tembre, et les avons scellées de notre sceau, l'an « 150o depuis Alexandre ^. »
Cette bizarre dépêche fut publiée officiellement par Guillaume deLongchamp, redevenu chancelier d'Angleterre, et envoyée aux princes étrangers et aux moines qui étaient connus pour s'occuper de rédiger la chronique du temps "^ Sa fausseté manifeste ne fut point remarquée dans un siècle où la critique historique et la connaissance des mœurs orientales étaient peu répandues en Europe. Elle affaiblit même, à ce qu'il semble, l'effet moral des imputations du roi de France parmi ses propres vassaux, et encouragea ceux du roi d'Angleterre à mieux combattre pour une cause qu'ils croyaient être la boime ; car il y avait alors beaucoup de superstitions sur ce point. Dès que les deux rois se trouvèrent en présence en Normandie, l'armée de France, qui jusqu'alors avait 1195 toujours marché en avant, commença à faire re- U96 traite*. Le comte Jean perdit tout courage aussitôt
1. Jiiro per Deum qui in seternum régnât, et pcr^legem quam tenemus. (Radulf. de Diceto Imag. histor^ apud Hist. anglic. Script,, t. I, col. 68C, ed Selden.)
2. Et sciatis quod litteras istas fecimns in domo nostva ad castellum nostrum Messiac, in dimidio septembris... et sigillo nostro eus sigillavimus, anno ab Alexandre M. et D. et V. (Ibid., col. 681.)