‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 90 sur 214 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

efforts l'avaient rendu cher aux bourgeois de petite use et de médiocre fortune, qui lui donnaient le surnom de défenseur ou d'avocat des pauvres ^ ; quant aux Normands et à ceux de leur parti, ils le surnommaient ironiquement Vhomme à la barbe, et l'accusaiont de séduire la multitude en lui inspirant une envie désordonnée de liberté et de bonheur *.

Ce singulier personnage, dernier représentant de l'hostilité des deux races que la conquête avait réunies sur le même sol, parut au conseil municipal de 1196, tel qu'il s'était montré jusque-là. Suivant leur coutume, les chefs de la bourgeoisie de Londres opinèrent pour une distribution des charges communes, faite de telle manière que la plus petite partie seulement devait peser sur eux ; William à la longue barbe leur tint tête seul ou presque seuP; mais, la dispute s'échauffant, ils l'accablèrent d'injures et l'accusèrent de rébellion et de trahison envers le roi. G Les traîtres au roi, répliqua l'Anglais, sont ceux « qui fraudent son échiquier en s'exemptant de payer « ce qu'ils lui doivent, et moi-même je les lui dénon-

res... (Radulf. de Diceto Imag. histor., apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 691, éd. Selden.)

1. Plurimos... quasi pr^estigiis fascinatos... sibi devinxit. (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p. 561, éd. Hearne.) Ut eum... in omnibus haberent advocatum. (Chron. Gervas. Cantuar., apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 1591, éd. Selden.)

2. Guilihelmus... cognomento à la barbe. (Matth. Westmonast. Flor, histor., p. 260.) — Inopes et médiocres ad immoderatœ libertatis et felicitatis amorem inflammans. (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p. 560.)

3. Willelmo, cognomento cura barba... récalcitrante. (Matth. Paris, t. I, p. 181.)

1196 « cerai*. » En effet, il passa la mer, alla au camp du roi Richard, et, s'agenouillant devant lui et levant la main droite, il lui demanda paix et protection pour le pauvre peuple de Londres ^ Richard accueillit sa plainte, dit qu'il y serait fait droit, et quand le pétitionnaire fut parti il n'y songea plus, trop occupé de ses grandes affaires politiques pour descendre au détail d'une querelle entre de simples bourgeois'.

Mais les barons et les prélats normands qui occupaient les hauts emplois de la chancellerie et de réchiquier s'en mêlèrent, et, par instinct de nationalité et d'aristocratie, prirent vivement parti contre les pauvres et contre leur avocat. Hubert Gaultier, archevêque de Ganter bury et grand justicier d'Angleterre, irrité de ce qu'un Saxon eût osé se rendre auprès du roi pour lui porter une dénonciation contre des gens de race normande , et de crainte qu'un pareil scandale ne se renouvelât, défendit, par une ordonnance, à tout homme du peuple de Londres, de sortir de la ville sous peine d'être emprisonné comme traître au roi et au royaume \ Plusieurs marchands, qui, malgré les ordres du grand justicier, se rendirent à la foire de Stanford, furent arrêtés et traînés

1. Et majores civitatis... proditores domini régis vocitaute, (Matth. Paris, t. I, p. 181.) — Quod eorum fraude fisco plurimum deperiret. (Guilielra. Neubrig. de Reb. anglic, p. 561, éd. Hearne.)

2. Impetravit ab eo paceni sibi et populo, (Roger, de Hoved. Annal., pars posterior, apud lier, anglic. Script., p. 765, éd. Savile.)

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