‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 102 sur 155 · IA\Ï\E IX · texte numérisé non relu

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et en mauvais équipage au monastère de Saint-Bertin, dans la ville de Saint-Omer.

A la nouvelle de sa fuite, un 6dit roy.al fut publié dans toutes les provinces du roi d'Angleterre sur les deux rives de l'Océan. Aux termes de cet édit, tous les parents de Thomas Beket en ligne ascendante et descendante, jusqu'aux vieillards, aux femmes enceintes et aux enfants en lias-ûge, étaient condamnés au bannissement. Tous les biens de l'archevêque et de ses adhérents, ou prétendus tels, furent séquestrés entre les mains du roi, qui en fit des présents à ceux dont il avait éprouvé le zèle dans cette affaire. Jean, évèque de Poitiers, suspect d'amitié pour le prélat et de partialité pour sa cause, regut du poison d'mie main inconnue, et n'échappa à la mort que par hasard. Des lettres royales, où Henri II appelait Thomas son adversaire, et défendait de prêter aucun secours ni conseil à lui ou aux siens, furent envoyées dans tous les diocèses d'Angleterre. D'autres lettres, adressées au comte de Flandre et à tous les hauts barons de ce pays, les invitaient à se saisir de Thomns, ci-devant archevêque, traître au roi d'Angleterre, et fugitif à mauvai.^ dessein. Enfin l'évèque de Londres, Gilbert Foliot, et Guillaume, comte d'Arundel, se rendirent auprès du roi de France, Louis VII, à son palais de Compiègne, et lui remirent des dépêches scellées du grand sceau d'Angleterre et conçues dans les termes suivants :

« A son seigneur et ami Louis, roi des Français, Henri, roi d'Angle- « terre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine et comte d'Anjou.

« Sachez que Thomas, ci-devant archevêque de Canterbury, après « un jugement public, rendu en ma cour par l'assemblée plénière des (I barons de mon royaume, a été convaincu de fraude, de parjure et de (( trahison envers moi ; qu'ensuite il a fui de mon royaume comme un '( traître et à mauvaise intention. Je vous prie donc instamment de ne " point permettre que cet homme, chargé de crimes, ou qui que ce « soit de ses adhérents, séjourne sur vos terres, ni qu'aucun des vôtres <' prête à mon plus grand ennemi secours, appui ou conseil ; car je pro- <i leste que vos ennemis ou ceux de votre royaume n'en recevraient (i aucun de ma paît ni de celle de mes gens. J'attends de vous que vous (i m'assistiez dans la vengeance de mon honneur et dans la punition de (( mon ennemi, comme vous aimeriez que je fisse moi-même pour vous, <' s'il en était besoin. »

De son asile, à Saint-Berlin, Thomas attendit l'effet des lettres de Henri II au roi de France et au comte de Flandre, pour savoir de quel <ùté il pourrait se tourner sans péril. « Les dangers sont nombreux, le <( roi a les mains longues » (lui écrivait celui de ses amis qu'il avait chargé d'essayer le terrain auprès du roi Louis VII, et de la cour papale, alors établie fi Sens). « Je ne suis point encore descendu à l'Église u romaine, disait le même correspondant, ne voyant pas ce que je

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« pourrais oblenir; ils feront beaucoup contre vous et peu de chose « pour vous. Il leur viendra des hommes puissants, riches, semant à « pleines mains l'argent, dont Rome a toujours fait grand cas, et nous, « pauvres et sans appui, quel compte les Romains feront-ils de nous? « Vous me mandez de leur offrir deux cents marcs ; mais la partie ad- « verse leur en proposera quatre cents, et je réponds que, par amour « pour le roi et par respect pour ses ambassadeurs, ils aimeront mieux « prendre le plus qu'attendre le moins. » Le roi de France fit, dès le premier abord, un accueil favorable au messager de Thomas Beket, et, après avoir tenu conseil avec ses barons, il octroya à l'archevêque et à ses compagnons d'exil paix et sécurité dans son royaume, ajoutant gracieusement que c'était un des anciens fleurons de la couronne de France que la protection accordée aux exilés contre leurs persécuteurs.

Quant au pape, qui n'avait point alors d'intérêt à contrarier le roi d'Angleterre, il hésita deux jours entiers à recevoir ceux qui se rendirent à Sens de la part de l'archevêque; et quand ils lui demandèrent pour Thomas une lettre d'invitation à sa cour, il la refusa positivement. Mais, à l'aide du libre asile que lui accordait le roi de France, Beket vint à la cour papale sans être invité. Il fut reçu avec froideur par les cardinaux, dont la plupart alors le traitaient de brouillon, et disaient qu'il fallait réprimer son caractère entreprenant. Il exposa devant eux l'origine et toute l'histoire de son différend avec Henri II. « Je ne me pique « pas de grande sagesse, leur disait-il ; mais je ne serais pas si fou que « de tenir tête à un roi pour des riens. Car sachez que si j'eusse voulu « faire sa volonté en toutes choses, il n'y aurait pas maintenant dans (1 son royaume de pouvoir égal au mien. » Sans prendre dans la querelle aucun parti décidé, le pape donna au fugitif la permission de recevoir du roi de France des secours en argent et en vivres. Il lui permit en outre d'excommunier tous ceux qui avaient saisi et qui retenaient des biens de son église, à l'exception du roi qui leur en avait fait présent. Enfin, il lui demanda de réciter en détail les articles de Glarendon, que le pape Alexandre lui-même, à la sollicitation du roi Henri, avait approuvés, à ce qu'il parait, sans les bien connaître. Alexandre jugea cette fois les seize articles grandement contraires à l'honneur de Dieu et de la sainte Église. Il les traita d'usurpations tyranniques et reprocha durement à Beket l'adhésion passagère qu'il y avait autrefois donnée d'après l'injonction formelle d'un légat pontifical. Le pape n'excepta de cette réprobation que six articles, parmi lesquels se trouvait celui qui enlevait aux serfs le droit d'être aflVanchis en devenant prêtres, et il prononça solennellement anathème contre les partisans des dix autres.

L'archevêque disserta ensuite sur les antiques libertés de l'église de Canterbury, à la cause desquelles il assura qu'il voulait se dévouer ; et, s'accusant d'avoir été intrus dans son siège par la puissance royale, au

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