IV NOTICE
France une nouvelle coalition des membres de la Sainte-Alliance. Ce fut dans ces critiques conjonctures que Saint-Simon et Aug. Thierry flrent paraître leur second ouvrage, intitulé : Les moyens à employer pour résister à la nouvelle coalition, par MM. Saint-Simon et A. Thierry (mai 1815).
En l'année 4816, Saint-Simon essaya de fonder une revue pour répandre et vulgariser ses idées. Elle portait pour titre général V Industrie : Aug. Thierry fut chargé d'y rédiger la partie politique. C'est dans cette feuille qu'en janvier 1817 il donna son troisième ouvrage : Des nations et de leurs rapports mutuels; cette fois l'opuscule était signé de son nom seul.
Cependant de graves dissidences n'avaient pas tardé à éclater au sein de l'association entre le maître et le disciple. Tournant peu à peu vers un mysticisme étrange, de philosophe qu'il avait été jusqu'alors, Saint-Simon commençait à se poser prophète. Il exigeait une obéissance absolue à ses théories et à ses doctrines ; Aug. Thierry de son côté repoussait avec opiniâtrelé des systèmes dont sa raison lui démontrait l'absurdité. Une scission était inévitable : elle fut douloureuse, mais elle eut lieu (1817).
MM. Comte et Dunoyer venaient de fonder le Censeur Européen, «la u plus élevée mais aussi la plus aventureuse des publications libérales de « l'époque. » Augustin Thierry entra dans ce journal en qualité de rédacteur politique. Comme coup d'essai il y fit paraître ses Principes à suivre pour les élections de 1817, œuvre de polémique pleine de singulières audaces. Bientôt cependant des études plus conformes à son esprit et à son talent l'attirèrent dans des voies complètement différentes.
Dans le grand mouvement de réaction que, de 1815 à 1820, les chefs de l'école antilibérale essayèrent d'imprimer à l'esprit humain, l'histoire avait été mise en jeu. Tandis que formulées par les de Maistre, les Bonald, les Lamennais, politique, philosophie et théologie semblaient s"unir pour étouffer dans le cœur de l'homme tout germe de liberté, et représenter la Révolution comme une révolte contre l'ordre éternel — sous la plume de M.deMontlosier l'histoire avait concouru au même objet. A la grande joie de toute l'émigration, l'auteur de la Monarchie était venu soutenir que dans l'ancienne France la différence des Ordres n'était pas due à l'injustice du hasard, mais à la force même et à la déduction logique d'un premier principe : la Conquête. Des Francs conquérants découlait la noblesse , des Gaulois conquis la bourgeoisie. La conséquence de tout ce système, c'était que les catastrophes de 181-4 et de 1815 n'avaient été qu'une revanche des anciens