‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 25 sur 155 · LIVRE PREMIi:n · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIi:n

chercher une consolation suprême ou se fortifier par l'espérance d'un secours ohtenu d'en haut. La dernière nuit qu'il devait passer chez les Saxons, il fit dresser son lit dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul bâtie à Canterbury par l'ancien roi. Il y pria longtemps avec larmes, avant de se coucher et de s'endormir, et ici le narrateur ecclésiastique place des faits qui appartiennent à la légende, non à l'histoire. Ce qui toutefois semble constant, c'est qu'au matin, lorsque l'archevêque se présenta devant le roi Edbald pour prendre congé de lui, un grand et heureux changement parut dans les dispositions du roi. Par une soudaine émotion ou par un sentiment plus réfléchi, il eut regret de laisser partir cet homme qu'il avait vu si grand auprès de son père, et que luimême, en xlépit de son paganisme, vénérait profondément. Il invita Laurentius à demeurer, rappela Justus et Mellitus, et demandant à recevoir le baptême, il prohiba toutes les pratiques d'idolâtrie que sa connivence avait fait renaître. La foi se ranima pour ne plus s'éteindre sur la rive gauche de la Tamise; mais sur l'autre rive, dans le royaume des Saxons orientaux, le paganisme restauré persista, et les gens de Londres refusèrent d'accueillir de nouveau Mellitus, leur premier évêque. Celui-ci resta dans le pays de Kent, auprès de Laurentius, dont plus tard il fut le successeur dans le siège archiépiscopal.

Peu d'années après ces événements, une sœur du roi Edbald, nommée Ethelbcrghe, fut mariée au roi païen de Northumberland, Edwin, successeur d'Ethelfrith. La nouvelle épouse partit du pays de Kent accompagnée d'un membre de la mission romaine, appelé Paulin, qui fut d'avance ordonné archevêque d'York, selon le plan du pape Grégoire ot dans celte espérance que la femme serait l'instrument de la conversion du mari. Le roi Edwin laissa son épouse professer la religion chrétienne, sous la direction de l'homme qu'elle avait amené, et dont les cheveux noirs et le visage brun et maigre étaient un objet de surprise pour la race à chevelure blonde des habitants du pays. Lorsque la reine Ethelbcrghe devint mère pour la première fois, et que le roi Edwin en remercia ses dieux en présence de Paulin, celui-ci se mit à rendre grâce au Christ souverain seigneur et assura le roi que c'était lui-même (jui, par ses prières, avait obtenu que la reine accouchât sans accident et sans de grandes douleurs. Dans ce moment de foi paternelle et de tendresse conjugale, Edwin sollicité par sa femme permit que l'enfant qui venait de naître fût baptisé au nom du Christ, et promit de se faire chrétien s'il revenait vainqueur d'une guerre où il se trouvait engagé. Il eut la victoire, mais à son retour, sans retirer sa promesse, il ne voulut écouter aucune proposition de baptême; seulement, à demi détaché de sareligion, il aimait rcnlrelicn de ceux qui désiraient le convertir, discutait avec eux et avec les grands de sa cour le mérite des deux cultes et souvent réfléchissait eu lui-même sur le parti (]u il aurait à prendre.

3i CONQLÊTE DE LANGLETERUE.

Afin d'agir sur son esprit indécis par des invitations faites de plus haut, et afin de Taltirer vers les choses célestes par l'appât des biens de la terre, il vint de Rome une lettre du pape Boniface, adressée au glorieux Edwin, pleine d'exhortations pressantes et terminée par ces mots :-« Outre cela, je vous transmets la bénédiction de votre protec- « teur, le bienheureux Pierre, prince des apôtres, c'est-à-dire une tu- « nique ornée de bordures en or et un manteau de laine fine d'An- (( cône. » Ethelberghe reçut de môme, pour gage de la bénédiction de Tapôtre Pierre, un peigne d'ivoire doré et un miroir d'argent. Ces dons furent agréés; mais ils ne décidèrent point le roi Edwin, dont l'esprit incertain, mais fier, et toujours armé de raisonnement, ne pouvait être vaincu que par une forte impression morale.

Il y avait dans la vie du mari d'Ethelberghe une aventure extraordinaire, dont le secret longtemps gardé pour lui seul lui était, selon toute apparence, échappé une fois parmi les confidences du lit nuptial. Fils d"un roi de la province de Deïre, envahie à main armée par Ethelfrith, il avait passé les premières années de sa jeunesse à errer de contrée en contrée, poursuivi parla haine, les intrigues et la puissance du conquérant. Pendant qu'il était l'hôte du roi des Angles orientaux, nommé Redwald, et qu'après tant de traverses il se croyait enfin en sûreté, il apprit que ce roi, gagné par des offres d'argent, venait de promettre de le livrer vif ou mort à son persécuteur. A cette terrible nouvelle, qu'il reçut un soir au moment de se mettre au lit, le jeune exilé sortit du palais de Redwald ; mais ne sachant plus où trouver un refuge et succombant sous le poids de sa mauvaise destinée, il n'eut pas môme la vol v)nté de fuir et s'assit machinalement sur une pierre du chemin.

Au milieu du silence de la nuit, oppressé qu'il était par des tourments d'esprit sans issue, soit qu'un sommeil d'accablement lui fùl venu peu à peu, soit que son imagination échauffée par le désespoir l'eût jeté dans une sorte d'extase, il vit ou crut voir un homme inconnu de visage et d'aspect s'approcher de lui et l'aborder en disant : « Je (( sais qui tu es, pourquoi tu es triste et quels malheurs prochains tu « redoutes. Dis-moi quelle récompense tu voudrais donner à celui qui (( te délivrerait de cette affliction. — Tout ce qui sera jamais en mon a pouvoir, » répondit le jeune prince. L'inconnu reprit : « Et si quel- (( qu'un te promettait en vérité que tu seras roi à la mort de tes enne- (( mis, et roi supérieur en puissance à tous tes ancêtres, que lui donne- « rais-tu ? » Edwin répondit : « J'aurais pour lui une reconnaissance (1 digne d'un tel bienfait. » L'inconnu répliqua : a Si celui qui peut te « prédire sûrement tout ce bonheur pouvait aussi te montrer la meil- « leure voie pour ta vie et te donner de meilleurs conseils que n'en ont (i jamais reçu tes pères ni tes parents, l'écouterais-tu et voudrais-tu obéir « à ses commandements ? i) Edwin le promit, et l'apparition, étendant

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