‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 26 sur 155 · I.IVHK PRl'MIKH. 3o · texte numérisé non relu

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la ruain droite et la lui posant sur la lûtc, lui dit : « (Juand un pareil « signe se représentera à toi, rappelle-toi ce moment et ces discours. » Au matin, un des amis du jeune prince, qui le cherchait et qui venait du palais, lui apprit (pie sa vie était sauve, que la reine, épouse de Redwald, avait par ses prières détourné son mari de la pensée de violer envers un proscrit les droits de l'hospitalité. C'était l'accomplissement de la première parole, et dans sa joie Edwin en fut profondément frappé. 11 vit s'accomplir la seconde lorsqu'à la mort d'Elhclfrilh il devint roi, non pas seulement de ses États paternels, mais de tout le pays situé entre le Forth et l'Ilumber. Restait la troisième parole, qui, plus que jamais, lui revint à la pensée dans ses perplexités sur le choix à faire entre deux religions.

Un jour qu'il était seul dans son appartement, la porte s'ouvrit tout à coup, et il vit venir à lui un personnage marchant gravement comme celui du songe, qui s'approcha, et lui posa la main sur la tète en disant : «Reconnais-tu ce signe?)) C'était Paulin, à qui une révélation intérieure, selon l'historien ecclésiastique, et plus vraisemblablement les conversations de la reine Ethelherghe, avait appris la mystérieuse aventure d'où sortaitle moyen infaillible de vaincre l'irrésolution du roi. La vi'loirc fut complète; le Saxon, frappé de stupeur, voulut se prosterner devant le Romain devenu son maître, et celui-ci le releva, ne prenant avec lui d'autre avantage qu'un Ion de familiarité. « Sou^iens-toi, lui ditil, de ta troisième promesse, et ne diffère plus de la remplir. » Edwin répondit qu'il était prêt i\ recevoir la foi chrétienne, m.iis, encore fidèle à ses habitudes de prudence et de précaution, il ajouta qu'il avait à conférer là-dessus avec ses amis et ses conseillers. Paulin ne fit aucune objection, et alors fut convoqué, au nom du roi Edwin, le grand conseil national qu'on appelait en langue saxonne Wittena-Ghemote, l'assemblée des sages, qui se réunissait dans toutes les occasions importantes, et auquel assistaient les magistrats, les riches possesseurs de terres, les guerriers de haut grade et les prôtres des dieux. Le roi exposa devant cette assemblée les motils de son changement de croyance, et s'adressant à chacun des assistants, l'un après l'autre, il demanda ce qu'il leur semblait de cette doctrine nouvelle pour eux.

Le chef des prêtres parla le premier : a Mon avis, dit -il, est quL" nos « dieux sont sans pouvoir ; et voici sur quoi je me fonde : pas un homme, ((dans tout le peuple, ne les a servis avec plus de zèle que moi; et « pourtant je suis loin d'ètr^' le plus riche et le plus honoré parmi le «peuple; mon avis est donc que nos dieux sont sans pouvoir. » Un chef des guerriers se leva ensuite et parla en ces termes :

« Tu to souviens peut-être, ô roi, d'une chose qui arrive parfois dans « les jours d'hiver, lorsque lu es assis ù table avec les capitaines et tes {( hommes d'armes, (pi'un bon fou est allinui'', (|ue la salle est bien

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«chaude, mais qu'il pleut, neige et vente au dehors. Vient un prtit oi- « seau qui traverse la salle à tirc-d'aile, entrant par une porte, sortant (I par l'autre : l'instant de ce trajet est pour lui plein de douceur, il ne (( sent plus ni la pluie ni l'orage; mais cet instant est rapide; l'oiseau «a fui en un clin d'œil, et de l'hiver il repasse dans l'hiver. Telle me (( semble la vie des hommes sur cette terre, et son cours d'un moment, « comparé à la longueur du temps qui la précède et qui la suit. Ce ce temps est ténébreux et incommode pour nous ; il nous tourmente par (( rimpossibilité de le coimaître ; si donc la nouvelle doctrine peut nous (! en apprendre quelque chose de plus certain, elle mérite que nous '( la suivions. »

Après que les autres chefs eurent parlé, et que l'évêque Paulin eut exposé les dogmes de la foi chrétienne, l'assemblée, votant comme pour la sanction des lois nationales, renonça solennellement au culte des anciens dieux. Mais quand le roi Edwin proposa de renverser les temples et les images de ces dieux, nul, parmi les assistants, ne se sentit assez ferme pour braver les dangers d'une telle profanation ; nul, excepté le grand prêtre lui-même. Il demanda au roi des armes et un cheval étalon pour violer la loi de son ordre, qui interdisait aux prêtres l'habit de guerre et toute autre monture qu'une jument. Ceint d'une épée et brandissant une pique, il galopa vers le temple, et à la vue de tout le peuple, qui le croyait hors de sens, il frappa de sa lance les murs et les images. On bâtit à la hâte une église de bois où le roi Edwin et un grand nombre d'hommes de toute condition reçurent le baptême. Paulin ayant ainsi conquis en réalité l'épiscopat dont il portait le titre, parcourut les deux provinces du Xorthumberland, les contrées de Bernicie et de Deïre, et baptisa dans les eaux de la Glen et de la Swale ceux qui s'empressaient d'obéir au décret de l'assemblée des sages.

L'influence politique du grand royaume de Northumbrie entraîna vers le christianisme la population des Angles orientaux qui habitaient au midi de l'Humber et au nord des Saxons de l'est. Déjà un roi de ce peuple était devenu chrétien, ayant reçu l'instruction religieuse dans un voyage au pays de Kent ; mais ce roi, à son retour, ébranlé par les remontrances de son épouse et de ses principaux amis, avait dressé deux autels dans le même temple, l'un pour le Christ et l'autre pour les dieux des Teutons, qu'il priait alternativement. Trente ans après la conversion des habitants de la rive septentrionale de l'Humber, une femme de ce pays, mariée au chef du royaume de Mercie, qui s'étendait alors de l'Humber à la Tamise, le convertit en l'épousant. Vers la même époque, les Saxons de l'ouest devinrent chrétiens par la prédication d'un évêque envoyé de Rome, et quelques années plus tard les Saxons orientaux, qui avaient chassé leur premier évêque Mellitus, retournèrent au christianisme. Ce fut chez les Saxons méridionaux, habitants de la côte du

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