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sud, que l'ancien culte se conserva le plus longtemps; ils n'y renoncèrent qu'à la (in du vii'^ siècle.
Le siège archiépiscopal de Canlerbury, auquel sa primauté d'institution devait donner une grande importance dans l'histoire ecclésiastique et même dans l'histoire civile de l'Angleterre, fut occupé successivement par cinq moines romains, puis par un Anglo-Savon, puis encore, et pour la dernière fois, par un envoyé de Rome, Théodore de Tarse, Grec d'origine. Cet homme d'un grand savoir et d'une haute intelligence fit de sa \ille métropolitaine une école, non-seulement de loi et de discipline religieuse, mais encore de littérature et de science humaine. Il joignit à l'enseignement des Écritures et de la doctrine des Pères de TÉglise celui de la poésie latine et grecque, des mathématiques et de l'astronomie. Sous son pontificat, de nombreux disciples, venus de tous les royaumes anglo-saxons, affluèrent dans la capitale du pays de Kent, et c'est de là qu'un cojïimencement de civilisation, le goût de la science et de tous les arts se répandirent parmi les tribus guerrières et à demi sauvages des conquérants de la Bretagne. On voit en moins d'un siècle ce progrès se manifester parla construction d'églises et la formation de bibliothèques, par l'apparition d'une suite d'hommes savants et lettrés, dont run(Bède), comme historien, est resté célèbre, par un premier essai de rédaction des lois nationales et une première culture de l'idiome anglo-saxon, qui devança de loin celle des autres langues tcutoniqucs.
Quant aux hommes de race bretonne, héritiers en partie d'un reste de civilisation romaine, en partie des traditions d'une ancienne culture indigène, ils n'avaient pas le mcme besoin que les Saxons d'enseignements de ce genre, et ce n'était guère qu'en religion que des changements considérables eussent pu résulter pour eux d'un rapprochement avec les successeurs romains de l'archevêque Augustin. Ceux-ci, du reste, ne furent nullement découragés parle mauvais succès d'une première tentative. Continuant de se regarder comme primats de toute la Bretagne, ils renouvelèrent à ce titre aux évoques de la Cambrie les invitations et les sommations déjà faites. Laurentius, dès son avènement, leur adressa, pour les faire revenir de leurs résolutions d'indépendance, une lettre dont le texte est perdu et qui resta sans réponse ou fut suivie d'un nouveau refus d'obéir. Les indigènes*de la Bretagne persévérèrent dans la séparation religieuse qui poiu* eux n'était qu'une face de la séparation politique. Outre un attachement d'instinct aux vieux usages nationaux, leur schisme contenait deux choses, la haine contre les Saxons e( la défiance envers ceux qui venaient de couper une des racines de celte haine en leur donnant les Saxons pour frères en christianisme. 11 y avait en eux, selon le témoignage du principal historien de cette époque, une double aversion contre laquelle ni exhortations, ni menaces ne purent prévaloir.
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Renonçant à rien gagner sur eux, mais ne renonçant pas aux pouvoirs (lu vicariat apostolique et les étendant même hors de la Bretagne, Laurcntius se tourna vers la grande île voisine, dont le peuple, anciennement converti par les Bretons, participait à leur dissidence religieuse, mais n'avait rien des passions politiques et des ombrages nés de la conquête anglo-saxonne. Sur ce nouveau terrain, le représentant de l'Église romaine se trouva en présence d'une opposition née du seul fond des traditions nationales et de l'originalité de mœui's et de caractère propre aux races celtiques. L'île d'Erin, ou la Scolie, aujourd'hui l'Irlande, était alors si zélée pour la foi chrétienne qu'on la surnommait l'île des Saints, et son Église, liée à l'Église bretonne par les mêmes doctrines et les mêmes usages, se croyait en possession des véritables règles de la discipline apostolique et ne voulait se conformer à l'exemple ni aux prescriptions d'aucune autre. Contre l'orgueil de la suprématie romaine, les évêques, les prêtres et les moines d'Irlande s'armaient d'un autre orgueil, celui de leur foi nationale et de l'indépendance des Églises particulières que plus d'un concile général avait sanctionnée. Pressés en même temps que les Bretons de se rallier à l'unité catholique, et faisant cause commune avec eux, ils donnèrent à leur résistance le caractère acerbe d'une sorte d'excommunication prononcée par l'Église celtique contre ses puissants adversaires. C'est à ce propos que Laurentius, en son nom et au nom de ses deux coévêques, Mellitus de Londres et Justus de Rochester, leur adressa une lettre dont voici le commencement :
« A nos très chers frères, les seigneurs évêques et abbés de toute la '( Scotie, Laurentius, Mellitus et Justus, évêques, serviteurs des servi- « teurs de Dieu. Lorsque le siège apostolique, selon qu'il a coutume de '( le faire pour tout l'univers, nous envoya dans les contrées occidenta- « les afin de prêcher la foi aux nations pa'iennes, et que nous arrivâmes ;( dans cette île nommée la Bretagne, nous avions en grande estime et î( en vénération de sainteté tant les Bretons que les Scots, avant de les <( connaître et dans la croyance qu'ils se comportaient suivant l'usage « de l'Église universelle. Mais connaissant les Bretons, nous avons « pensé que les Scots étaient meilleurs qu'eux, et plus tard nous avons <■■■ su que les Scots dans leur conduite ne différaient en rien des Bre- « tons ; nous l'avons appris, à la venue dans cette île nommée plus « haut, de l'évoque Dagan et à celle de Columban, abbé d'un monas- (( tère en Gaule : car l'évêque Dagan, se trouvant près de nous, a refusé a non-seulement de manger à notre table, mais encore de prendre son '! repas dans la même maison que nous n
Columban, ou plus exactement Colum, fondatein- de deux abbayes célèbres et mis au nombre des saints, peut être considéré comme le type du sentiment et du zèle chrétien dans les races purement celti-
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(jucs, et sa vie ollVe des circonstances qui méritent dètre mentionnées ici. Tourmente du désir d'aller chercher pour la foi des aventures et des périls, il avait quitté l'irlamlc et, sans mission d'aucun pouvoir ecclésiastique, il s'était mis en mer avec douze compagnons de son choix. Il passa en Bretagne, et de h\ en Gaule ; puis gagnant la frontière orientale de ce pays par laquelle débordait ou menaçait de déborder alors le paganisme germanique, il résolut d'y établir un lieu de prières et de prédication. Après avoir parcouru les vastes forêts des Vosges, il choisit pour résidence les ruines d'une forteresse romaine dont le nom était Luxovium, aujourd'hui I.uxcuil, et au milieu de laquelle se trouvaient une soiu'ce d'eaux thermales et des bains magnifiquement ornés de bassins de marbie et de statues. Ces débris servirent à Columban et à ses compagnons de matériaux pour bâtir une maison et un oratoire, et le monastère fondé par eux s'établit sous la règle extrêmement austère des couvents d'Irlande. La réputation de sainteté des cénobites d'outre- mer leur attira bientôt de nombreux disciples et la visite de personnages puissants. Theoderik, celui des rois franks sur les terres duquel ils habitaient, vint se recommander à leurs prières.
Columban, avec une liberté qu'aucun membre du clergé gallo-frank n'avait osé se permettre, fit au visiteur des remontrances sévères sur !a mauvaise vie qu'il menait sans épouse légitime, avec des concubines et des maîtresses. Ces reproches déplurent moins au roi qu'à l'aïeule du l'oi, i\ cette même Brunehildc dont le pape Grégoire avait loué trop complaisamment la piété, et qui, pour gouverner plus absolument son petit-fils, l'éloignait et le dégoûtait du mariage. A l'instigation de celte femme aussi adroite qu'ambitieuse, les seigneurs franks et les évê({ues eux-mêmes travaillèrent, par des propos malveillants, à indisposer Theoderik contre le chef des moines étrangers. On l'accusait de n'avoir i[u'une orthodoxie douteuse, de faire schisme dans l'Eglise des Gaules, d'observer une règle insolite suivant laquelle nul visiteur la'ique n'était admis dans l'intérieur du monastère. Après une scène violente où le roi, venu à Luxeuil, pénétra jusque dans le réfectoire des moines, et où Columban maintint sa règle avec un courage inébranlable, il fut ordonné à l'Irlandais de reprendre le chemin par où il était venu. Une escorte de soUlats le conduisit à Besançon, de Besançon à Autuu, d'Autun à Nevers, et de U\ sur la Loire jusqu'à Nantes, où il fut enibar(iué pour l'Irlande. Mais sa destinée aventureuse et son zèle ardent le ramenèrent en Gaule, d'où il passa dans les Alpes helvétiques, puis en Italie, où il mourut.
La parfaite orthodoxie des Anglo-Saxons et leur conformité de discipline religieuse avec l'Eglise romaine, «h'veloppèrent on eux un nouvel orgueil qui augmentait, (pioique en le modifiant, celui de la conquête et de la force. Ils se croyaient une race meilleure que les Bi-etons par
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l'esprit autant que par les armes ; ils s'attribuaient une mission d'en haut et se regardaient comme le peuple de Dieu, prédestine à régner sur la Bretagne pour y donner l'exemple de la véritable foi. Dans la guerre contre les vieux chrétiens du pays, leurs rois dressaient des croix pour étendards, et, dans leurs invasions sur le territoire de la Cambrie, ils massacraient les évêques et les prêtres, et donnaient à des clercs de leur race, seuls prêtres pour eux, les églises devenues désertes par la mort ou la fuite de leurs desservants. Les Bretons, de leur côté, comptant pour rien la religion des conquérants, n'avaient pas de communion avec eux plus qu'avec des païens ; ils ne se faisaient scrupule envers eux d'aucun genre de cruautés, et plus d'une fois, dans cette triste émulation de représailles, ils méritèrent le nom de barbares que leur donnaient les nouveaux lettrés de la nation anglo-saxonne.
Les traditions de TÉglise celtique n'étaient pas seulement communes aux Bretons de la Cambrie et aux habitants de l'Irlande, elles régnaient encore au nord de la Bretagne, chez les Pietés qui habitaient les plaines et les côtes de Test, et chez les Scots, population des montagnes et du grand archipel de l'ouest. Il y avait dans les îles Hébrides de nombreux monastères dont l'un, celui d'Hi ou d'Iona, était, comme le monastère de Bangor, une sorte de cité religieuse peuplée de plusieurs centaines d'hommes et d'où se répandaient de tous côtés des émigrations de missionnaires. A la différence des Cambriens, ces hommes, ainsi que leurs frères d'Irlande, avaient pour les Anglo-Saxons toute la sympathie chrétienne, et plusieurs d'entre eux, venus d'eux-mêmes ou appelés dans le Northumbcrland, y furent traités avec de grands égards par les rois et la population du pays. Quelques-uns devinrent évêques, et personne ne se trouvant là pour combattre d'une manière active leur discipline traditionnelle, ils rétablirent dans les églises ou les couvents qu'ils gouvernaient. Trente ans se passèrent, dui-ant lesquels les usages romains et les usages celtiques pour la pâque et pour la tonsure coexistèrent dans les provinces anglo-saxonnes situées au nord de l'Humber. Mais cette dissidence, qui amenait souvent deux fêtes de Pâques dans la même année, fut l'objet de disputes violentes où des docteurs, venus de la Bretagne méridionale ou du continent, opposaient l'exemple de l'Italie, de la Gaule, de l'Afrique, de l'Asie, de la Grèce, de tout l'Univers, aux coutumes d'un petit nombre d'hommes cantonnés dans deux îles de l'Océan. Disculées solennellement dans un concile où deux rois assistèrent, les coutumes celtiques furent condamnées, et le Northumbcrland qiù les abandonnait devint un foyer de réaction contre elles. Cette réaction, propagée par des missionnaires anglo-saxons ou par des Celtes ralliés à la discipline romaine, gagna d'abord l'Irlande, puis le royaume des Pietés, puis enfin le grand monastère diona qui était la tète d'une foule d'autres. L'île d'Erin et le nord de la Bretagne ayant ainsi abjuré
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leurs coutumes hérédilaircs, il ne resta plus dans le schisme que la province occidentale possédée par les Bretons libres.
Ceux-ci, n'étant plus soutenus extérieurement par une grande sym- |)athic, j)ar la conscience du monde celtique, perdirent quelque chose de la loi absolucqu'ilsavaientdans leurs traditions religieuses, désormais réduites à l'état d'opinion nationale. On vit d'abord s'en détacher les populations bretonnes englobées comme tributaires dans les royaumes anglo-saxons, cl que pressaient d'une paît l'active prédication des é'sé- (jues, de l'autre la toute-puissance des dominateurs étrangers. Plus tard. la dissidence religieuse éclata au sein du pays de Galles, favorisée qu'elle était par la division de ce pays en deux royaumes, celui du Nord et celui du Sud, division qui énervait l'autorité primaliale de l'évèché de (laerleon, transféré alors avec son titre à Menew, aujourd'hui Saint- David. L'archevêque du royaume du Nord s'affranchit de la juridiction de celui du royaume du Sud, étant à même de le supplanter comme archevêque universel de la Cambrie. Il chercha pour cette révolte un appui dans les sympathies catholiques en se ralliant à l'Église romaine et à l'Église anglo-saxonne dans la grande question de la fête de Pâques. 11 ouvrit ainsi une longue série de troubles intérieurs dans lesquels les Saxons intervinrent et dont le récit est empreint d'une couleur lugubre dans les vieilles annales du pays.
« L'an du Christ 768, dit un chroniqueur breton, le temps de la pâque « lut changé dans le Nord par le conseil d'Elbod, évêque de Bangor ; (( mais les autres évêques n'adhérèrent pas à ce changement, et, à cause f( de cela, les Saxons firent une irruption dansle Sud où eut lieu le com- (( bat du bois de Marchan, et où une victoire glorieuse fut remportée « parles Rymris. L'an du Christ 777, le temps de la pâque fut changé 0 dans le Sud, et ce changement fut la cause de la guerre qui commença (i entre les hommes du Sud et leur roi, et de la grande destruction que (I celui-ci en fit sans les vaincre, car le roi fut tué dans un combat au (' temps de l'été, et voilà pourquoi on nomme cet été l'été humide de « sang. Or, depuis cet événement, le roi des hommes du Sud n'a jamais « plus mis sa parole dans la parole du pays. L'an du Christ 80U, mourut (( Elbod, archevêque du Nord, et le soleil s'obscurcit, et il y eut de « grandes dissensions parmi les gens d'église à l'occasion de la pàque, « parce que les archevêques de Menew et de Landaf ne voulaient pas se « soumettre h l'archevêque du Nord, pays autrefois dépendant de leur « autorité spirituelle. »
C'est la dernière mention qui soit l'aile du schisme dans les chroniques bretonnes; il s'éteignit avant la seconde moitié du ix'" siècle, et avec lui cessa d'exister une des forces nationales des Carnbriens, la résistance religieuse. Le ressort de l'opposition i\ la puissance des Saxons, devenu purement laïque, passa des mains du clergé à celles d'une autre classe
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d'hommes plus ancienne que lui et en rivalité d'influence avec lui, la classe ou, pour mieux dire, la corporation des bardes, à la fois historiens, moralistes, savants et poètes. On sait quel rôle éminent les bardes avaient joué dans la race celtique païenne, sous l'autorité et la direction du sacerdoce des Druides ; chez les descendants chrétiens et non mélangés de cette race, il leur restait, à côté des enseignements du sacerdoce évangélique, le dépôt des traditions, des idées et des passions nationales. La chute de la dominalion romaine en Bretagne y réveilla le génie bardiquc; la lutte, sans cesse renouvelée, des Bretons contre les Saxons, accrut ce génie et l'inspira d'un sentiment patriotique, mêlé de douleur et d'espérance, à la fois tendre et violent. Au ix*" siècle, lorsque le clergé cambrien entra en communion avec l'Église anglo-saxonne sous la discipline catholique, les bardes, gardiens ombrageux de l'antipathie héréditaire, se séparèrent de lui et le poursuivirent de leurs accusations et de leur défiance. Des vers, interpolés depuis cette époque dans les chants des anciens poètes^ imputent les désastres nationaux au bon accord des moines et des clercs avec l'étranger. On trouve dans ces passages pseudonymes les noms d'excommuniés et de traîtres donnés aux religieux gallois, et des vœux pour que leur trahison soit punie comme elle le mérite, vœux capables malheureusement de soulever les passions populaires, et qui, plus d'une fois, s'accomplirent par la destruction de fond en comble d'abbayes cambriennes situées près de la frontière saxonne et peuplées en partie de moines saxors.
Le viii^ siècle nous montre la nation anglo-saxonne arrivée au plus haut développement de sa destinée comme peuple conquérant et comme peuple catholique. Dunepart, elle a établi contre les Bretons ses limites territoriales et gagné sur eux des positions extrêmes qu'elle ne perdra plus ; de l'autre, elle a dans le monde chrétien un lang élevé et un caractère qui lui est propre. Elle est la nation la plus intimement unie à l'Église romaine par les liens de la fdiation spirituelle, de la croyance et de l'enseignement. Ce que les missionnaires de Rome avaient fait autrefois pour elle se poursuit auprès des nations germaniques du continent par des missionnaires de son église, sous la direction de celle de Rome. Ses rois les plus actifs dans la guerre et le soin des intérêts mondains semblent avoir les yeux fixés sur Rome comme sur une seconde et meilleure patrie où ils désirent aller finir leur vie auprès du tombeau des apôtres, et, en effet, plusieurs d'entre eux abdiquèrent pour exécuter ce pèlerinage sans retour. Ils firent plus; ils constituèrent les royaumes qu'ils cessaient de gouverner débiteurs, envers l'Église romaine et l'apôtre saint Pierre, d'un tribut payé annuellement par chaque maison habitée, et que les actes réitérés de cette pieuse et dangereuse munificence étendirent à toute l'Angleterre, sous la forme d'une sujétion moins religieuse que politique.