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Les successeurs des anciens chefs d'avcntuiicrs Ilenghist, Hoisa, Kerdik et Ida, instruits par le clergé romain à revêtir les insi;jnes paciliques de la dignité royale et à porter, au lieu de la hache de leurs ancêtres, des sceptres à fleurons dorés, cessèrent de mettre au premier rang les exercices de la guerre. Leur ambition lut de voii' autour deux, non de grandes troupes de braves bien pourvus d'armes, mais de nombreux couvents institués pour la prière et pour l'étude. Souvent euxmêmes coupaient leur longue chevelure pour se vouer ;\ la réclusion, et, si le besoin d'une vie active les retenait au milieu des affaires, ils comptaient comme un des grands jours de leur règne la consécration d'un monastère. Cet événement était célébré avec tout l'appareil des solennités nationales; les cliefs, les évèques, les guerriers, les sages du peuple se rassemblaient, et le roi s'asseyait au milieu d'eux, entouré de sa famille. Quand les murs nouvellement bàlis avaient été aspergés d'eau bénite et consacrés sous les noms des deux patrons de la \ille de Rome, les apôtres saint Pierre et saint Paul, le roi saxon se levait et disait à haute voix :
<( GrAces soient rendues au Dieu très-liaut, de ce que j'ai pu faire K quelque chose en l'honneur du Christ et des saints apôtres. Tous « tant que vous êtes ici, soyez témoins et ga.^ants de la donation, faite « par moi aux moines de ce lieu, des terres, marais, étangs, cours d'eau «' ci-après désignés. Je veux qu'ils les tiennent et possèdent entièrement « et d'une manière royale : de sorte qu'aucun impôt n'y soit levé, et que « le monastère ne soit sujet d'aucune puissance sur terre, excepté le « saint siège de Itome ; car c'est là qu'iront chercher et visiter saint «Pierre ceux d'entre nous qui ne peuvent aller à Rome. Hue ceux qui « me succéderont, soit mon fils, soit mes frères, soit fout autre, main- '( tiennent cette donation inviolablement, en tant qu'ils veulent parti- K ciper à la vie éternelle, en tant qu'ils veulent être sauvés du feu élcr- « nel ; quiconque en retranchera quelque chose, que le portier du ciel « retranche de sa part dans le ciel ; quiconque y ajoutera quelque chose, « que le portier du ciel ajoute î\ sa part dans le ciel. » Le roi prenait ensuite la feuille de parchemin qui contenait l'acte de donation, et il y traçait une croix; après lui sa femme, ses (ils, ses frères, ses sœurs, les évêqucs, les officiers publics, et tous les personnages de haut rang, inscrivaient successivement le même signe en disant : «J'atteste et jeconflrme. » La solennité connnencée par cette grave cérémonie se terminait bruyamment par quelque chose de moins nouveau dans les mœurs des Anglo-Saxons, par un grand festin de trois jours et trois nuits, où le roi, les princes et les dignitaires de la cour leuaienl table ouverte.
Ce fut l'Église romaine, qui, vers la fin du vi*^ siècle, introduisit la nation con(iuérante de la iJretagne parmi les peup'es que le christianisme civilisait, et, après quatre siècles écoulés, cette même église tut
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une grande part dans la catastrophe qui précipita les Anglo-Saxons du rang qu'ils avaient en Europe comme nation libre et autonome. Sous la menace d'une invasion étrangère, dans une crise de leur existence nationale où rÉglise qu'ils nommaient leur mère pouvait beaucoup pour eux ou contre eux, ils la trouvèrent, non pas seulement indiilerente, mais hostile au plus haut degré. Elle n'était plus alors, comme autrefois, une puissance purement spirituelle; elle avait des intérêts politiques en même temps que des intérêts religieux, faisant des premiers un moyen de servir les seconds, ou mêlant les uns aux autres dans une étrange confusion. C'est ainsi que la papauté, au xi^ siècle, s'engagea dans une entreprise dont le but était l'asservissement d'un peuple chrétien et orthodoxe, et promit, au nom de saint Pierre, l'absolution de tout péché à qui marcherait en armes contre ceux qui l'aimaient le plus et qu'elle avait le plus aimés.
Le détail de ces événements et de leurs conséquences occupera la plus grande partie de cette histoire, consacrée, comme l'indique son titre, au récit de la ruine du peuple anglo-saxon. Mais il n'est pas temps d'y arriver; il faut que le regard du lecteur s'arrête encore sur la race germanique victorieuse et sur la race celtique vaincue ; qu'il voie l'étendard blanc des Saxons et des Angles repoussant de plus en plus vers l'ouest l'étendard rouge des Kymrys. Les frontières anglo-saxonnes, continuellement reculées à l'occident, après s'être étendues au nord jusqu'au Forth et à la Clyde, furent pourtant resserrées de ce côté vers la fin du VII'' siècle. Les Pietés et les Scots, attaqués par Egfrith, roi de Xorthumberland, l'attirèrent dans les gorges de leurs montagnes, le défirent, et après leur victoire s'avancèrent au sud du Forth jusqu'à la rivière de Tweed, où ilsposèrent la limite de leur territoire. Cette limite, que les habitants du sud ne déplacèrent plus dans la suite, marqua depuis cejour lenouveau point deséparation desdeux parties de laGrande- Bretagne. Les peuplades de la race des Angles qui habitaient la plaine entre le Forth et la Tweed furent agrégées par ce changement do frontière à la population des Pietés ou à celle des Scots, nom que cette populationmêléepritbientôtseul,et dont s'estforméle nom modernedupays.
A l'autre extrémité de l'île, les hommes de la pointe de Cornouailles, tout isolés qu'ils étaient, luttèrent longtemps pour leur indépendance, grâce aux secours qu'ils reçurent quelquefois des Bretons do l'Armorique. A la fin, ils devinrent trihiUaires des Saxons occidentaux; mais les habitants du pays de Galles ne le devinrent pas : <( Jamais, disent leurs c( vieux poètes, non, jamais les Kymrys ne payeront le tribut; ils souci tiendront le combat Jusqu'à la mort pour la possession des terres que (( baigne la 'SVye. » C'est en effet aux rives de ce fleuve que s'arrêta la domination anglo-saxonne; le dernier chef qui l'agrandit fut un roi de Mercie appelé Olfa. Il franchit la Saverne et la chaine de hauteurs qui,