‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 38 sur 155 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

retour de se montrer juste et bienveillant, et touclia de sa main nue la main des principaux chefs, en signe de sincérité.

Malgré ces promesses et la facilité de son avènement, Knut se montra d'abord ombrageux et cruel. Tous les hommes qui s'étaient tait remar- (|uer par leur attachement i\ l'ancienne indépendance du pays et à la royauté anglo-saxonne, quelques-uns môme de ceux qui avaient trahi cette cause pour celle du pouvoir étranger, furent bannis de l'Angleterre ou mis à mort. « Qui m'apportera la tôte d'un de mes ennemis, « disait le roi danois avec la férocité d'un pirate, me sera plus cher que (' s'il était mon frère. » Les parents des deux derniers rois, Elhelred et Edmund, furent proscrits en masse : les fils d'Ethelred étaient alors à la cour de Normandie ; mais ceux d'Edmund, restés en Angleterre, n'échappèrent point à la persécution. N'osant les mettre à mort sous les yeux du peuple anglais, Knut les fit déporter en Scandinavie, et eut soin d'insinuer au petit roi auquel il les donna en garde quels étaient ses desseins ù leur égard ; mais celui-ci feignit de ne pas comprendre, et laissa ses prisonniers libres de passer en Allemagne. De là ils se rendirent, pour être encore plus en sûreté, à la cour du roi de Hongrie, qui commençait alors à figurer parmi les puissances chrétiennes : ils y furent accueillis avec honneur, et l'un d'eux épousa dans la suite une parente de l'empereur des Allemands.

Richard, duc de Normandie, sentant l'impossibilité de rétablir ses neveux sur le trône d'Angleterre, et voulant jouir du bénéfice d'une alliance étroite avec ce pays, adopta une politique toute personnelle ; il négocia avec le roi danois au détriment des fils d'Ethelred, Par un arrangement bizarre, mais assez habilement conçu, il fit proposer à Knut de prendre en mariage la mère de ces deux jeunes princes, qui, ainsi qu'on l'a vu, était sa sœur : elle avait reçu au baptême le nom d'Emme ou Emma; mais, à son arrivée en Angleterre, les Saxons avaient changé ce nom étranger en celui d'Alfghive, qui signifiait présent des génies. Flattée de redevenir l'épouse d'un roi, Emma consentit à celte seconde union, et laissa en doute, disent les vieux historiens, qui d'elle ou de son frère se déshonorait le plus. Bientôt elle devint mère d'un nouveau fils, à qui la puissance de son père promettait une tout autre foi-lune que celle des enfants d'Ethelred, et, dans l'enivrement de son ambition, elle oublia et méprisa ses premiers-nés. Quant à eux, retenus hors de leur pays natal, ils en désapprirent peu à peu les mœurs et jusqu'au langage : ils contractèrent dans l'exil des habitudes et des amitiés élrangèrcs : événemenl peu grave en lui-môme, mais qui eut de fatales conséquences.

Assuré dans son pouvoir par une possession de plusieurs années, et par un mariage qui le rendait en quelque sorte moins étranger à la nation anglaise, le roi Knut s'humanisa par degrés ; on vit se développer

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en lui un nouveau caractère ; il eut des pensées de gouvernement aussi élevées que son époque et sa situation le comportaient ; il eut même la volonté d'être impartial entre les Anglais et les Danois. Sans rien relâcher des énormes tributs que ia conquête imposait à l'Angleterre, il les employait en partie à acheter de ses compatriotes leur retour en Danemark, et à rendre ainsi moins sensible la division des habitants de l'Angleterre en deux races ennemies et de condition inégale. De tous les Danois armés qui étaient venus avec lui, il ne garda qu'une troupe de quelques milliers d'hommes, qui formaient sa garde, et qu'on appelait Thingamanna, c'est-à-dire gens du palais. Fils d'un apostat au christianisme, il se montrait chrétien zélé, rebâtissant les églises que son père et lui-même avaient brûlées, et dotant avec magnificence les abbayes et les monastères. Par un acte de pieuse complaisance pour l'esprit national des Anglais, il éleva ime chapelle splendide sur la sépulture d'Edmund, roi d'Est-Anglie, qui, depuis un siècle et demi, était vénéré comme un martyr de la foi et du patriotisme ; la môme pensée lui fît ériger à Canterbury un monument pour i'archevêque Elfeg, victime, comme le roi Edmund, de la cruauté des Danois.

Dans le temps du partage de l'Angleterre en souverainetés indépendantes, plusieurs des rois anglo-saxons, surtout ceux de West-sex etde Mercie, avaient établi, à différentes reprises, des redevances envers l'église romaine. L'objet de ces dons annuels était de procurer un meilleur accueil et des secours dans le besoin aux pèlerins anglais qui se rendaient à Rome, de fournir aux frais d'une école pour les jeunes gens de cette nation, ou à l'entretien du luminaire des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. Le paiement de cette rente, qu'on appelait en langue saxonne argent de Rome, ou cens de Rome, plus ou moins régulier, selon le degré de zèle et de richesse des rois et du peuple, fut presque entièrement suspendu aux ix" et x'' siècles par les invasions danoises. Voulant expier le tort que ses compatriotes avaient fait à l'Église, et surpasser en munificence tous les rois anglo-saxons, Knut fit revivre cette institution, en lui donnant la plus grande étendue; il soumit toute l'Angleterre à un tribut perpétuel, qu'on appela deniei' de saint Pierre. Cet impôt, payable à raison d'un denier en monnaie du temps, par chaque maison habitée dans les villes et les campagnes, devait, aux termes des ordonnances royales, être levé chaque année, à la louange et gloire de Dieu-Roi^ le jour de la fête du prince des apôtres.

Les hommages pécuniaires des anciens rois saxons envers l'église romaine n'avaient aggravé en aucune sorte la dépendance religieuse de l'Angleterre. Cette dépendance et le pouvoir de l'Église étaient alors d'une nature essentiellement spirituelle ; mais durant le cours du w" siècle, par suite des révolutions survenues en Italie, la suprématie de la cour de Rome prit un caractère tout nouveau. Plusieurs villes, échap-

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