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près à l'autorité des empereurs de Cfjiistanlinoplc, ou enlevées par les Franks aux rois des Langobards, s'étaient rangées sous l'obéissance du pape, qui réiuiit ainsi la qualité de souverain temporel ù celle de chef de lËglise. Le nom de pairimoine de saint Pierre cessa dès lors d'être appliqué à desimpies domaines séparés par de grandes distances, disséminés en Italie, en Sicile, en Gaule; il servit t\ désigner un territoire vaste et compacte, possédé ou régi souverainement i\ titre de seigneurie. Suivant la loi constante et universelle du développement politique, ce nouvel État ne devait pas plus que tout autre être dépourvu d'ambition, et sa tendance nécessaire était d'abuser, dans des vues d'intérêt matériel, de l'influence morale que son chef exerçait sur les royaumes d'Occident.
Après une semblable révolution, l'envoi d'un tribut annuel à la cour pontificale ne pouvait manquer d'avoir, au moins dans l'esprit de cette cour, un tout autre sens qu'auparavant. Des idées inouïes jusque-là commençaient à y germer ; on parlait de la suzeraineté universelle de saint Pierre sur tous les pays lointains qui avaient reçu de Rome la foi chrétienne. L'Angleterre était de ce nombre ; il y avait donc péril pour l'indépendance politique de ce royaume dans l'obligation d'un tribut, simple témoignage de ferveur chrétienne. Personne, il est vrai, ne soupçonna les conséquences que pourrait avoir l'engagement perpétuel du denier de saint Pierre, ni le roi qui prit cet engagement, soit par zèle religieux, soit par ostentation de pouvoir, ni le peuple, qui s'y soumit sans murmure comme à un acte de piété. Pourtant il ne fallut pas un demi-siècle pour développer ces conséquences et amener la cour de Rome à traiter l'Angleterre en fief du siège apostolique.
Vers l'année 1030, le roi Knut résolut d'aller en personne à Rome, pour visiter les tombeaux des apôtres, et recevoir les remerciements (jue méritaient ses largesses; il partit avec un nombreux cortège, portant une besace sur l'épaule, et un long bâton à la main. Ayant accompli son pèlerinage, et sur le point de retourner dans le nord, il adressa ;\ toute la nation anglaise une lettre où règne un ton de bonhomie qui contraste singulièrement avec l'éducation et les premiers actes de royauté (lu fds de Svven.
« Knul, roi d'Angleterre et de Danemark, fi tous les évêques et pri- (( mats, et ;\ tout le peuple anglais, salut. Je vous fais savoir que je suis 'i allé à Rome pour la rédemption de mes fautes et pour le salut de mes « royaumes. Je remercie très-humblement le Dieu tout-puissant de ce <( qu'il m'a octroyé une fois en ma vie la grâce de visiter en personne ses « saints apôtres Pierre et Paul, et tous les saints qui ont leur habitation, « soit au dedans des murs, soit au dehors de la cité romaine. Je me suis (( déterminé â ce voyage, parce que j'ai appris, de la bouche des sages, « que l'apôtre Pierre possède une grande puissance de lier et de délier,
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« et qu'il est le porte-clefs du royaume céleste; c'est pourquoi j'ai jugé (( utile de solliciter spécialement sa faveur et son patronage.
« Il s'est tenu ici, dans la solennité pascale, une grande assemblée « d'illustres personnes, savoir : le pape Jean, l'empereur Kunrad, et tous (t les premiers des nations, depuis le mont Gargano jusqu'à la mer qui <( nous avoisine. Tous m"ont accueilli avec distinction, et m'ont honoré (( de riches présents : j'ai reçu des vases d'or et d'argent, des étoffes et « des vêtements de grand prix. Je me suis entretenu avec l'empereur, <( le seigneur pape et les autres princes, sur les besoins de tout le pence pie de mes royaumes, tant anglais que danois. J'ai tâché d'obtenir « pour mes peuples justice et sûreté dans leurs voyages à Rome, et sur- « tout qu'ils ne soient plus dorénavant relardés dans leur route par les « clôtures des monts, ni vexés par d'énormes péages. J'ai fait aussi mes (( plaintes au seigneur pape sur l'énormité des sommes exigées jusqu'à « ce jour de mes archevêques, quand ils se rendaient, suivant l'usage, (. auprès du siège apostolique, afin d'obtenir le pallium. Il a été décidé «que cela n'aurait plus lieu à l'avenir.
« Je veux en outre que vous sachiez tous que j'ai fait vœu au Dieu « tout-puissant de régler ma vie selon la droiture, et de gouverner mon « peuple avec justice. Si, durant la fougue de ma jeunesse, j'ai fait quel- (1 que chose de contraire à l'équité, je veux désormais, avec l'aide de " Dieu, l'amender selon mon pouvoir. C'est pourquoi je requiers et (( somme tous mes conseillers, et ceux à qui j'ai confié les allaires de (i mon royaume, de ne se prêtera aucune injustice, ni par crainte de « moi, ni en faveur des puissants; je leur recommande, s'ils mettent du « prix à mon amitié et à leur propre vie, de ne faire tort ni violence à (I aucun homme, riche ou pauvre. Que chacun, selon son état, jouisse (( de ce qu'il possède, et ne soit troublé dans cette jouissance ni au nom « du roi, ni au nom de personne, ni sous prétexte de lever de l'argent ((pour mon trésor; car je n'ai nul besoin d'argent obtenu par des (I moyens injustes.
" Je me propose de me rendre en Angleterre, dans l'été même, et « aussitôt que seront achevés les préparatifs de mon embarquement. Je f( vous prie et vous ordonne, vous tous, évêques et officiers de mon « royaume d'Angleterre, par la foi que vous devez à Dieu et à moi, de (! faire eu sorte qu'avant mon retour toutes nos dettes envers Dieu soient (( acquittées; savoir les aumônes par charrues, la dîme des animaux Cl nés dans l'année, et les deniers dus à saint Pierre par chaque maison (( des villes et des villages; de plus, à la mi-août, la dîme des moissons, « et, à la Saint-Martin, les prémices des semences. Que si, à mon pro- « chain débarquement, ces redevances ne sont point entièrement « payées, la puissance royale s'exercera contre les délinquants, selon la (( rigueur de la loi, et sans aucune grâce. »