‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 43 sur 155 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Depuis le soulèvement du peuple anglais contre les favoris normands du roi Edward, jusqu'à la bataille de Hastings.

AHMi Icïj hommes qui vinrent de Normandie ou de France, pour visiter le roi Edward, se trouvait Eustacho, comte de Boulogne. Il gouvernait héréditairement cette ville, avec un petit territoire voisin de l'Océan ; et, poursigne de sa dignité de seigneur d'une contrée maritime, il attachait à son heaume, lorsquil s'armait en guerre, deux longues aigrettes de fanons de baleine. Euslachc venait d'épouser la sœur dEdward,déjà veuve d'un haut baron français nommé Gaultier de Mantes. Le nouveau beau-frère du roi saxon séjourna auprès de lui quelque temps, avec une suite nombreuse. Il trouva le palais rempli d'hommes nés comme lui dans la Gaule et en parlant l'idiome, de façon que l'Angleterre lui semblait un pays conquis, où. les Normands et les Français avaient le droit de tout oser. Dans son voyage de retour, après avoir pris du repos à Canterbury, le comte Eustache se dirigeait vers DouVi-es. Il fit faire halte à son escorte à quelque distance de la ville, quitta son palefroi de voyage, et monta le grand coursier qu'un de ses gens lui menait en main droite; il endossa sa cotte de mailles, et tous ses compagnons firent de mtîme. C'est dans cet attirail menaçant qu'ils curèrent à Douvres.

Ils se promenaient insolemment p;ir la ville, marquant les meilleures maisons pour y passer la nuit, et s'y établissant d'autorité. Les habitants murmurèrent ; l'un d'entre eux eut le courage d'arrêter sur le seuil de sa porte un des Français qui prétendait prendre son quartier chez lui. L'étranger mit l'épée ;\ la main et blessa l'Anglais, qui, s'armant à la hâte avec les gens de sa famille, assaillit et tua l'agresseur. A cette nouvelle, Eustache de Boulogne et toute sa troupe quittèrent leurs logements, remontèrent à cheval, et faisant le siège de la maison de l'Anglais, ils le massacrèrent, dit la chronique saxonne, devant son propre foyer. Ensuite ils parcoururent la ville, l'épée nue h la main, frap-

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pant les hommes et les femmes, et écrasant les enfants sous les pieds de leurs chevaux. Ils n'allèrent pas loin sans rencontrer un corps de citoyens en armes ; et, dans le combat qui s'engagea, dix-neuf des Boulonnais furent tués. Le comte prit la fuite avec le reste des siens ; mais n'osant gagner le port et s'embarquer, il retourna vers la ville de Glocester où résidait alors le roi Edward avec ses favoris normands.

Le roi, disent les chroniques, donna sa paix à Eustache et à ses compagnons. Il crut, sur la seule parole de son beau-frère, que toutle tort était du côté des habitants de Douvres, et, enflammé contre eux d'une colère violente, il manda promptement Godwin, dans le gouvernement duquel cette ville était comprise : « Pars sans délai, lui dit Edward, et va « châtier, par une exécution militaire, ceux qui attaquent mes parents à « main armée et troublent la paix du pays. » Moins prompt à se décider en faveur d'un étranger contre ses compatriotes, Godwin proposa qu'au lieu d'exercer une vengeance aveugle sur la ville entière, on citât, selon les formes légales, les magistrats à comparaître devant le roi et les juges royaux, pour rendre raison de leur conduite « Il ne vous convient pas, « dit-il au roi, de condamner, sans les entendre, des hommes que votre « devoir est de protéger. »

La colère d'Edward, animée par les clameurs de ses courtisans et de ses favoris, se tourna tout entière contre le chef anglais, qui, accusé luimême de désobéissance et de rébellion, fut sommé de comparaître devant un grand conseil convoqué à Glocester. Godwin s'émut peu d'abord de cette accusation, pensant que le roi se calmerait, et que les autres chefs lui rendraient justice. Mais il apprit bientôt que par l'influence royale et par les intrigues des étrangers, l'assemblée avait été séduite, et qu'elle devait rendre un arrêt de bannissement contre lui et contre ses flls. Le père et les fils résolurent d'opposer leur popularité à ces manœuvres, et de faire un appel aux Anglais contre les courtisans d'outre-mer, quoiqu'il fût loin de leur esprit, dit encore l'ancienne chronique, de vouloir faire aucune violence à leur roi national.

Godwin leva une troupe de soldats volontaires dans le pays situé au sud de la Tamise, pays qu'il gouvernait dans toute son étendue. Harold, l'aîné de ses fils, rassembla beaucoup d'hommes sur les côtes de l'est, entre la Tamise et le golfe de Boston ; son second fils, nommé Sweyn, engagea dans cette opposition patriotique les habitants des bords de la Saverneet des frontières galloises. Les trois corps d'armée se réunirent près de Glocester, et demandèrent au roi, par des messages, que le comte Eustache et ses compagnons, ainsi que plusieurs Normands et Boulonnais qui se trouvaient en Angleterre, fussent livrés au jugement de la nation. Edward ne répondit point à ces requêtes, et envoya aux deux grands chefs du nord et des provinces centrales, à Siward et à Leofrik, tous les deux Danois de naissance, l'ordre de se mettre en mar-

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