‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 47 sur 155 · LIVRE III · texte numérisé non relu

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lanl dans cette milice. Il veilla, la hache sur l'épaule, aux portes du palais impérial, et fut employé, avec le corps dont il faisait partie, en Asie et en Afrique. Lorsque le butin fait dans ces expéditions l'eut rendu" assez riche, il eut envie de repartir et demanda son congé; comme ou voulait le retenir de force, il s'évada par mer, emmenant avec lui une jeune femme de haute naissance. Après cette évasion, il croisa en pirate le long des côtes de la Sicile, et accrut ainsi le trésor qu'il emportait sur son navire. Il était poëte, comme la plupart des corsaires septentrionaux, qui, dans les longues traversées, et quand le calme delà mer ralentissait leur marche, s'amusaient à chanter en vers leurs succès ou leurs espérances.

Au retour des longs voyages où, comme il disait lui-même dans ses chansons, il avait promené au loin son vaisseau, l'effroi des laboureurs, son vaisseau noir rempli de guerriers, Ilarold leva une armée, et fit la guerre au roi de Norwége, afin de le déposséder. Il prétendait avoir des droits héréditaires sur ce royaume; mais reconnaissant bientôt la difficulté de le conquérir, il fit la paix avec le premier occupant, sous la condition d'un partage; et dans cet arrangement, le trésor du fils de Sigurd fut divisé entre eux, de même que le territoire de Norwége. Afin de gagner à ses projets ce roi fameux par ses richesses et son courage, Tosti l'aborda avec des paroles fiatteuses : « Tout le monde sait, « lui dit-il, qu'il n'y a jamais eu dans le Nord un guerrier égal à toi ; tu «n'as qu'à vouloir, et l'Angleterre t'appartiendra. » Le Norwégien se laissa persuader, et promit de mettre sa flotte en mer, aussitôt que la fonte annuelle des glaces aurait rendu l'Océan libre.

En attendant le départ de son allié de Norwége, Tosti vint tenter la fortune sur les côtes septentrionales de l'Angleterre avec une bande d'aventuriers rassemblés en Frise, en Hollande et dans lo pays flamand. Il pilla et dévasta ([uelques villages ; mais les deux grands chefs des provinces voisines de 1 Humber, Edwin et Morkar, se réunirent, et, poursuivant ses vaisseaux, le forcèrent de chercher une retraite sur les rivages de l'Ecosse. Pendant ce temps, le roi Harold, fils de Godwiu, tranquille dans les contrées méridionales de l'Angleterre, vit arriver auprès de lui un messager de Normandie qui lui parla en ces termes : «Guillaume, duc des Normands, te rappelle le serment que tu lui as « juré, de ta bouche et de ta main, sur de bons et saints reliquaires. (( — Il est vrai, répondit le roi saxon, que j'ai fait ce serment au duc « Guillaume; mais je l'ai fait me trouvant sous la force; j'ai promis ce (( (juine m'appaitcnait pas, ce que je ne pouvais nullement tenir : car ma « royauté nest point ù moi, et je ne saurais m'en démettre sans l'aveu (i du pays; de môme, sans l'aveu du pays, je ne puis prendre une épouse ((étrangère. Oii<Tit ^ nia sœur, que le duc réclame, pour la mariera « l'un de ses chefs, elle est morte dans l'année.

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L'ambassadeur normand porta cotte réponse, et Guillaume, voulant essayer jusqu'au bout les moyens de conciliation, répliqua par un second message et par des reproches modérés. Il requit doucement Harold, s'il ne consentait pas à remplir toutes les condition> jurées, d'en exécuter au moins une, et de prendre en mariage la jeune fille qu'il avait promis d'épouser. Harold répondit de nouveau qu'il n'en ferait rien, et pour donner là-dessus toute garantie à la nation qu'il gouvernait, il épousa une femme saxonne, la sœur d'Edwin et de Morkar, chefs des deux grandes provinces de Mercie et de Norlhumbrie. Alors les derniers mots de rupture furent prononcés; Guillaume jura qu'avant la fin de Tannée il irait, l'épéeen main, exiger toute sa dette, et chercher son débiteur au lieu même où celui-ci croirait avoir le pied le plus sûr.

Aussi loin que la publicité pouvait s'étendre dans le xi^ siècle, le duc de Normandie proclama par ses émissaires ce qu'il appelait rinjustice et le sacrilège du Saxon. La nature des idées sociales et religieuses d'un siècle où tout reposait sur le serment empêcha les spectateurs désintéressés dans cette querelle de comprendre la conduite patriotique du fils de Godwin, et sa déférence pour la volonté du peuple qui l'avait fait roi. L'opinion du plus grand nombre, sur le continent, fut pour Guillaume contre Harold, pour l'homme qui s'était servi des choses saintes comme d'un piège, qui se prévalait dune fourberie pour exiger une trahison, contre l'homme qui refusait de trahir et de livrer son pays. Les négociations entamées auprès de l'Église romaine par le moine Lanfranc prirent une face nouvelle et décisive, du moment qu'un archidiacre de Lisieux eut porté au delà des monts l'annonce du prétendu crime de Harold et de toute la nation anglaise. Le duc de Normandie intentait contre le roi d'Angleterre, devant la cour pontificale, avec l'accusation de parjure, celle d'usurpation d'un héritage qui lui appartenait comme parent et légataire du roi Edward. Il affectait le rôle d'un plaignant qui attend justice et désire que son adversaire soit écouté. Mais Harold fut vainement requis de se défendre devant la cour de Rome; il refusa de s'avouer justiciable de cette cour, et n'y députa aucun ambassadeur, trop fier pour soumettre à des étrangers l'indépemlance de sa couronne, et trop sensé pour croire à l'impartialité des juges qu'invoquait son ennemi.

Le consistoire de Saint-Jean-de-Latran était alors gouverné par un homme dont la célébrité domine toutes celles du moyen âge; c'était Hildebrand, moine de Cluny, créé par le pape Nicolas II archidiacre et chancelier de l'Église romaine. Après avoir régné sous le nom de ce pape, il fut assez puissant pour en faire élire un de son choix, Alexandre II, et pour le maintenir contre la désapprobation de la cour impériale. Toutes les vues de ce personnage, doué d'une étonnante vigueur d'esprit et de caractère, tendaient à transformer la suprématie reli-

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gieusedu saint-siégeen souveraineté universelle sur les Étals chrétiens. Cette révolution, commencée au ix' siècle par la réduction de plusieurs villes de l'Italie centr;de sous l'obéissance ou la suzeiaineté du pape, s'était continuée dans les deux siècles suivants. Toutes les cités de la Campanie, dont le pontife de Rome était le métropolitain immédiat, avaient passé, degré ou de force, sous sa puissance temporelle, et, par une circonstance bizarre, on avait vu, dans la première moitié du xi^ siècle, des chevaliers normands émigrés de leur pays, conduire, sous la bannière de Saint-Pierre, les milices romaines à cette conquête.

A la môme époque, d'autres Normands, pèlerins ou aventuriers, s'étaient misa la solde des petits seigneurs de l'Italie méridionale harcelée par les descentes des Sarrasins ; puis, comme jadis les Saxons ù la solde des Bretons, ils avaient rompu leur engagement, pris les forteresses où ils commandaient et établi leur domination sur le pays. Cette nouvelle puissance, qui mettait lin au pouvoir de l'empire grec sur les villes de la Calabre et de l'Apulie, fut d'abord l'alliée naturelle de l'Eglise romaine qui bientôt s'alarma de ses progrès et eut à défendre contre elle ses possessions territoriales. Après de vains elforts pour soutenir une guerre toujours malheureuse, la cour de Rome fit la paix avec les princes normands et obtint dès lors une grande autorité politique sur ces guerliers simples d'esprit et pleins de vénération pour le saint-siége. Les nouveaux ducs ou comtes de Calabre, d'Apulie et de Sicile, s'avouèrent vassaux du prince des apôtres et reçurent une bannière de l'Église en signe d'investiture féodale des principautés qu'ils possédaient. Ainsi l'Église romaine profitait de la puissance des armes normandes pour étendre sa suzeraineté en Italie, et elle s'habituait à considérer les Normands comme destinés à combattre pour son service, ou à lui faire hommage de leiu's concpiètes.

Telles étaient les singulières relations que le hasard des événements venait de créer, lorsque arrivèrent à la cour de Rome les plaintes et la requête du duc de Normandie. Plein de son idée iavorite, l'archidiacre llildebrand crut le moment propice pour tenter sur le royaume d'Angleterre ce qui avait réussi en Italie; il lit tous ses efforts pour substituer aux débats ecclésiastiques sur la tiédeur de zèle du peuple anglais, la simonie de ses évoques et le parjure de son roi, un tiaité offensif pour la conquête du pays. On ne peut dire s'il déclara nettement la portée de ses intentions polili(|ues, mais la plainte de Guillaume conlreHarold fut examiné»! dans l'assemblée des caidinaux, sans (ju'il lût (jucstion d'autre chose que du droit héréditaire, du respect pour les dernières volontés d'un mort et de la sainteté du serment.

Dans ce moment décisif, plusieurs des assistants eurent des scrupules sur leur compétence comme juges et sur les lins d'un procès qui tendait ù faire sanctionner par l'Eglise la guerre conli'C un peuple chrétien.

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Hildebrand lui l)lâmé par eux et, selon ses propres expressions, presque noie d'infamie pour son zèle en faveur d'une cause qui était celle de l'homicide; mais il s'en émut peu et emporta de haute lutte une décision conforme à son avis.

Aux termes de la sentence qui fut prononcée parle pape Alexandre II, il était permis au duc Guillaume de Normandie d'entrer en Angleterre à main armée, pour y établir son droit comme héritier du royaume en vertu du testament du roi Edward. Une bulle d'excommunication, lancée contre llarold et tous ses adhérents, fut remise au messager de Guillaume, et l'on joignit à cet envoi une bannière de l'Église romaine et un anneau contenant un cheveu de saint Pierre, enchâssé sous un diamant de prix. Il y avait là comme un double symbole d'investiture militaire et ecclésiastique; et l'étendard qui allait consacrer l'invasion de l'Angleterre par le duc de Normandie était le pareil de celui que, trois ans ans auparavant, le même pape avait envoyé à Roger, comte de Sicile, pour qu'il le déployât contre les Musulmans dominateurs du pays.

Avant que la bulle, la bannière et l'anneau fussent arrivés, le duc Guillaume assembla, en conseil de cabinet, ses amis les plus intimes, pour leur demander avis et secours. Ses deux frères utérins Eudes et Robert, dont l'un était évêque de Bayeux et l'autre comte de Mortain ; Guillaume fds d'Osbern, sénéchal de Normandie, c'est-à-dire lieutenant du duc pour l'administration civilC;, et quelques hauts barons, assistaient à cette conférence. Tous furent d'opinion qu'ilfallait descendre en Angleterre, et promirent à Guillaume de le servir de corps et de biens, jusqu'à vendre ou engager leurs héritages. « Mais ce n'est pas tout, lui dirent-ils ; « il vous faut demander aide et conseil à la généralité des habitants de « ce pays ; car il est de dioit que qui paye la dépense soit appelé à la f( consentir. » Guillaume alors fil convoquer^, disent les chroniques, une grande assemblée d'hommes de tous états de la Normandie, gens de guerre, d'église et de négoce, les plus considérés et les plus riches. Le duc leur exposa son projet et sollicita leur concours; puis l'assemblée se retira, afin de délibérer plus librement hors de toute influence.

Dans le débat qui suivit, les opinions parurent fortement divisées ; les uns voulaient qu'on aidât le duc de navires, de munitions et de deniers ; les autres refusaient toute espèce d'aide, disant qu'ils avaient déjà plus de dettes qu'ils n'en pouvaient payer. Cette discussion n'était pas sans tumulte, et les membres de l'assemblée, hors de leurs sièges et partagés en groupes, parlaient et gesticulaient avec grand bruit. Au milieu de ce désordre, le sénéchal de Normandie, Guillaume fils d'Osbern, éleva la voix et dit : a Pourquoi vous disputer de la sorte? Il est votre seigneur, (i il a besoin de vous ; votre devoir serait de lui faire vos offres et non

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