‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 82 sur 155 · I.IVRi: VI · texte numérisé non relu

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buscade contre les daims et les lièvres. Plus tard, le pauvre lui-même, le descendant des Saxons, avant cesse d'être redoutable aux ricbcs issus de l'autre race, ne fut puni, quand il osa chasser, que dune seule ann(^e d'emprisonnement, à la charj;c de trouver cnsuiie douze cautiDUS solvables pour répondre qu'à l'avenir il ne commettrait plus aucun délit (t ni en parcs, ni enforôts, ni en garennes, ni en viviers, ni en quoi que (( ce fût, contre la paix du seigneur roi. »

Pour dernière particularité qu'offre le grand registre de la conquête normande, on y trouve la preuve que le roi Guillaume établit, en loi générale, que tout titre de propriété antérieur à son invasion, et que tout acte de transmission des biens par un homme de race anglaise postérieurement à l'invasion, étaient nuls et non avenus, à moins que luimême ne les eût formellement ratifiés. Dans la première terreur causée par la conquête, quelques Anglais avaicntaliéné une portion de leurs terres aux églises, soit en don réel pour le salut de leur âme et de leur corps, soit en don simulé, afin d'assurer cette portion à leurs fils, si les domaines des saints de l'Angleterre étaient respectés parles Normands. Cette précaution fut inutile, et quand les églises ne purent administrer la preuve écrite que le roi avait confirmé le don, ou, en d'autres termes, que lui-même l'avait fait, la terre fut saisie à son profit. C'est ce qui arriva pour le domaine d'Ailrik. qui, avant de partir pour la guerre contre les Normands, avait donné son manoir au couvent de Saint-Pierre, dans la province d'Essex, et pour celui d'un certain Edrik, affermé, avant la conquête, au monastère d'Abingdon.

Plus d'une 'ois dans la suite cette loi fut remise en vigueur, et tout titre quelconque de propriété anéanti pour les fils des Anglo-Saxons. C'est un fait attesté parle Normand Richard Lenoir, évoque d'Ély vers le milieu du xii* siècle. 11 raconte que les Anglais, journellement dépossédés parleurs seigneurs, adressèrent de grandes plaintes au roi, disant que les mauvais traitements qu'ils avaient à subir de la part de l'autre race, et la haine (ju'elle leur portait, ne leur laissaient plus d'autre ressource que d'abandonner le pays. Après de longues délibérations, les rois et leur conseil décidèrent qu'à l'avenir tout ce qu'un homme de race anglaise obtiendrait des seigneurs, comme salaire de services personnels, ou par suite de conventions légales, lui serait assuré irrévocablement, mais sous la condition qu'il renoncerait à tout droit fondé sur une possession antérieure. «Cette décision, ajoute lévêque d'Ély, «fut sage et utile; et elle obligea les fils des vaincus à rechercher les « bonnes grâces de leurs seigneurs par la soumission, l'obéissance et le « dévouement. De sorte qu'aujourd'hui nul Anglais possédant soit un « fonds de terre, soit toute autre propriété, n'est propriétaire à titre a d'héritage ou de succession paternelle, mais seulement en vertu « d'une donation à lui faite en récompense de ses loyaux services. »

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C'est en l'an 1080 que fut achevée la rédaction du Grand-Rôle des Normands, du Livre de jufjemcnl des Saxons; et, cette même année, eut lieu une grande convocation de tous les chefs des conquérants, laïques ou prêtres. Dans ce conseil furent débattues les réclamations diverses enregistrées dans le rôle d'enquête, et ce débat ne s'acheva point sans querelles entre le roi et ses barons; ils eurent ensemble de graves entretiens, comme s'exprime la chronique contemporaine, sur l'importante distinction de ce qui devait être définitivement regardé comme légitime dans les prises de possession de la conquête. La plupart des envahissements individuels furent ratifiés, mais quelques-uns ne le furent pas, et il y eut parmi les vainqueurs une minorité mécontente. Plusieurs barons et chevaliers renoncèrent à leur hommage, quittèrent Guillaume et l'Angleterre, et, passant la Tweed, allèrent offrir au roi d'Ecosse, Malcolm, le service de leurs chevaux et de leurs armes. Malcolmles accueillit favorablement, comme il avait accueilli avant eux les émigrés saxons, et leur distribua des portions de terre pour lesquelles ils devinrent ses hommes-liges, ses soldats envers et contre tous. Ainsi l'Ecosse reçut une population toute différente de celles qui s'y étaient mêlées jusque-là. Les Normands, réunis par un exil commun et une hospitalité commune aux Anglais qui naguère avaient fui devant eux, devinrent, sous une bannière nouvelle, leurs compagnons et leurs frères d'armes. L'égalité régna au delà du cours de la Tweed entre deux races d'hommes qui, en deçà du môme fleuve, étaient de condition si différente; il se fit rapidement des uns aux autres un échange mutuel de mœurs et même de langage, et le souvenir de la diversité d'origine ne divisa point leurs fils, parce qu'il ne s'y mêlait aucun souvenir d'injure ni d'oppression étrangère.

Pendant que les conquérants s'occupaient ainsi à régler leurs affaires intérieures, ils furent subitement troublés par une alarme venant du dehors. Le bruit se répandit que mille vaisseaux danois, soixante vaisseaux nor"wégiens et cent vaisseaux de Flandre, fournis par Robert le Frison, nouveau duc de ce pays et ennemi des Normands, se rassemblaient dans le golfe de Lymfiord, pour descendre en Angleterre et délivrer le peuple anglo-saxon. Les rois de Danemark qui, tant de fois depuis vingt années, avaient successivement flatté et trahi les espérances de ce peuple, ne pouvaient, à ce qu'il paraît, se résoudre à Tabandonner entièrement. L'insurrection qui, en 1080, causa la mort de l'évêque de Durham, semble avoir été encouragée par l'attente d'un débarquement des hommes du Nord ; car on trouve les mots suivants dans les dépêches officielles adressées alors à cet évêque : « Les Danois viennent : faites garce nir avec soin vos châteaux de munitions et d'armes. » Les Danois ne vinrent pas, et peut-être les précautions extraordinairement recom-

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mandées à cause d'eux à l'ôvOquc Yaulchcr furent-elles la cause du peu de succès du soulèvement où il périt.

Mais cette fausse alarme n'était rien auprès de celle qui se répandit en Angleterre dans l'année 1085. La plus grande partie des forces normandes fut promplement dirigée vers l'est; on plaça des postes sur les côtes; on mit des croisières en mer; on entoura de nouveaux ouvrages les forteresses récemment bâties, et l'on releva les murs des anciennes villes démantelées par les conquérants. Le roi Guillaume fit publier en grande bâte par toute la Gaule le ban qu'il avait proclamé, vingt années auparavant, sur le point de passer le détroit. Il promit solde et récompense à tout cavalier ou piéton qui voudrait s'enrôler à son service. Il en arriva de toutes parts un nombre immense. Tous les pays qui avaient fourni des troupes d'invasion pour exécuter la conquête fournirent des garnisons pour la défendre. Les nouveaux soldats furent cantonnés dans les villes et les villages, et les comtes, vicomtes, évêques et abbés normands eurent ordre de les héberger et de les nourrir proportionnellement à l'étendue de leurs juridictions ou de leurs domaines. Pour subvenir aux frais de ce grand armement, on imagina de faire revivre Tancien impôt appelé Dane-ghdd, qui, avant dètie levé par les conquérants Scandinaves, l'avait été pour la défense du pays contre leurs invasions. Il fut rétabli à raison de douze deniers d'argent pour cent acres de terre. Les Normands, sur lesquels pesa cet impôt, sen firent rembourser le montant parleurs fermiers ou leurs serfs anglo-saxons, qui payèrent ainsi, pour repousser les Danois venant càleur secours, ce que leurs ancêtres avaient jadis payé pour les repousser comme ennemis.

Des détachements de soldats parcoururent en tous sens les contrées du nord-est de l'Angleterre, afin de les dévaster et de les rendre inhabitables, soit pour les Danois, s'ils venaient à y débarquer, soit pour les Anglais mêmes, qu'on soupçonnait de désirer ce débarquement. Il ne resta sur le rivage de la mer, à portée des vaisseaux, ni un homme, ni une bête, ni un arbre à fruit. La population saxonne fut de nécessité refoulée vers l'intérieur, et, pour surcroit de précaution contre la bonne intelligence de cette population avec les Danois, un ban royal, publié à son de trompe dans tous les lieux voisins de la mer, prescrivit aux hommes de race anglaise de prendre des vêtements normands, des armes normandes, et de se raser la barbe à l'instar des Normands. Cet ordre bizarre avait pour objet d'ôter aux Danois le moyen de distinguer les amis qu'ils venaient secourir des ennemis qu'ils venaient combattre.

La crainte qui inspirait ces précautions n'était pas sans fondement ; il y avait réellement à l'ancre sur la côte du Danemark une flotte nombreuse destinée pour r.Vnglctcrre. Olaf Kyr,roi de Norwége, lils et successeur de ce llarold (pii, ayant voulu conquéiir le i)ays des Anglais,

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n'y avait oblcnuque sept pieds de terre, venait maintenant au secours du peuple qui avait vaincu et tué son père, sans peut-être se rendre bien compte du changement de destinée de ce peuple, et croyant aller venger Harold. Quant ^^i l'oi de Danemark, Knut, fils de Sven, promoteur de la guerre et chef suprême de l'armement, il comprenait la révolution opérée en Angleterre par la conquête normande, et c'était sciemment qu'il allait secourir les vaincus contre les vainquem\ç. « Il avait cédé. « disent les historiens danois, aux supplications des exilés anglais, à des i( messages reçus d'Angleterre, et à la pitié que lui inspiraient les mi- (i sères d'une race d'hommes alliée de la sienne, dont tous les chefs, les (( riches, les personnages considérables avaient été tués ou bannis, et « qui, tout entière, se voyait réduite en servitude sous la race étrangère (( des Français qu'on appelait aussi Romains. »

Ces deux noms étaient en effet les seuls sous lesquels la nation normande fût connue dans le nord de l'Europe, depuis que les derniers restes de la langue danoise avaient péri à Rouen et à Bayeux. Quoique les seigneurs de Normandie pussent encore facilement prouver leur descendance Scandinave; en oubliant l'idiome qui était le signe visible de cette descendance, ils avaient perdu leur titre au pacte de famille qui. malgré des hostilités fréquentes, produites par les passions du moment, unissait l'une à l'autre les populations teutoniques. Mais les Anglo- Saxons avaient encore droit au bénéfice de cette fraternité d'origine ; c'est ce que reconnut le roi de Danemark, selon le témoignage des chroniqueurs de sa nation, et si son entreprise n'était pas pure de toute vue d'ambition personnelle, du moinsétait-elle ennoblie par le sentiment d'un devoir d'humanité et de parenté. Sa flotte fut retenue dans le port plus longtemps qu'il ne l'avait prévu, et, durant ce retard, des émissaires du roi normand, adroits et rusés comme leur maître, corrompirent avec l'or de l'Angleterre plusieurs des conseillers et des capitaines du Danois. Le retard, d'abord involontaire, fut prolongé par ces intrigues. Les hommes vendus secrètement à Guillaume, et surtout les évêques danois, dont la plupart se laissèrent gagner, réussirent plusieurs fois à empêcher le roi Knut de mettre à la voile, en lui suscitant des embarras et des obstacles imprévus. Pendant ce temps, les soldats, fatigués d'un campement inutile, se plaignaient et murmuraient sous la tente. Ils demandaient qu'on ne se jouât pas d'eux, qu'on les fît partir, ou qu'on les renvoyât dans leurs foyers, à leur labourage et à leur commerce. Ils tinrent des conciliabules, et firent signifier au roi, parles députés qu'ils nommèrent, leur résolution de se débander si l'ordre du départ n'était donné sans plus de délai. Le roi Knut voulut user de rigueur pour rétablir la discipline. Il emprisonna les chefs de cette révolte, et soumit l'armée entière au payement d'une amende par tête. L'exaspération, loin d'être calmée par ces mesures, s'accrut tellement, qu'au mois de

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