‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 10 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

d'un avis tout contraire lorsque le Poitevin eut parlé, loee de crainte de paraître moins fidèles et moins dévoués que lui au chef commun. Ils décidèrent donc unanimement qu'avant de pousser plus loin la conquête, le duc Guillaume se ferait couronner roi d'Angleterre avec le cérémonial ordonné par la coutume du pays.

La soumission du jeune Edgar, des chefs anglais et des bourgeois de Londres était considérée par Guillaume comme une reconnaissance de son droit à la royauté. Il avait maintenant à recevoir la consécration religieuse, et il comptait que cette grande cérémonie attirerait vers lui l'esprit du peuple et l'aiderait à tout pacifier*. Suivant l'ancien usage, le sacre du nouveau roi devait être fait à Londres par le premier des métropolitains, l'archevêque de Canterbury. Stigand, l'homme décoré de ce titre, et, en même temps, l'homme le plus puissant de l'Angleterre par son crédit et ses richesses, obéissant à la nécessité, s'était soumis avec les autres. Guillaume affectait envers lui de grands égards et une courtoisie particulière ; il ne lui faisait rien sentir des effets de l'interdiction portée contre lui par le pape ; il le nommait son père et il en recevait le nom de fils; mais, sous ces paroles mutuellement affectueuses, il n'y avait d'une part et de l'autre que défiance et aversion ^.

1. Cumque peracta Victoria^ tyranni nomen exhorrescens et legitimi principis persouam induere gesticus... in regem solemniter conseci-ari deposceret... (Gulielm. Neubrig., de Rer. anglic, p. 15, éd. Hearne.)

2. Consertisque loquelis. Willielmus eum iii patrcm et archiepis-

Le vainqueur des Anglais voulait en même temps deux choses contradictoires : ménager l'archevêque Stigand, qu'il jugeait dangereux pour sa cause et dont l'interdiction n'était pas admise en Angleterre, et ne pas mécontenter le pape, dont l'alliance intime était une partie de sa force. Pour sortir d'embarras, il eut recours, dit un vieil historien, à l'astuce qui lui était familière. Évitant de donner son avis dans la question de discipline ecclésiastique, il se tint à l'écart et fit intervenir, à prix d'argent, de faux mandataires du saint-siége qui se disaient chargés de mettre opposition au sacre, s'il était célébré par Stigand*. L'archevêque de Canterburj, dupe ou non de ce stratagème, fut contraint de céder sur son droit, et l'on décida que le métropolitain d'York, Eldred, officierait à la cérémonie, l'autre métropolitain jouissant du reste de tous les honneurs dus à son rang*. C'est ainsi que les choses se passèrent; mais la masse du peuple anglais accueillit une autre version des mêmes faits, moins réelle et plus patriotique. On dit, et la tradition répéta, que Stigand, invité à

copum, ipse Willielmum in regem recepit et filium. (Willtlm. Malmesb., de Gest. pontifie, angl., p. 204, éd. Savile.)

1. Verumtamen coronam regni de manu ejiis rex detractavit suscipere, astutia qua consueverat prohibitores ex parte apostolici subovnans. (Ibid.)

2. Coronationis autem officium noluit ab archiepiscopo Stigando percipere, cujus dignitati solebat illud ofiicium ex debito pertinerc. (Ingnlf. Croyland. Hist., p. 900, éd. Savile.) —

Illius et dextram sustentât metropolita, Ad Isevam graditur alter honore pari.

(Widonis Carmen de Hastingae prxlio ; Chron. anglonorm., t. III, p. 37.)

Page 1