LIVRE VII
normand de l'histoire du Saxon Elfeg, et de ce uoi qu'il appelait son prétendu martyre. «Pour moi, lui 1102 « répondit Anselme, je crois cet homme martyr et « vraiment martyr; car il aima mieux mourir que « de faire tort à son pays. Il est mort pour la juste tice, comme Jean pour la vérité, et tous deux pa- « reillement pour le Christ, qui est la vérité et la «justice ^ »
Devenu à son tour primat, sous Guillaume le Roux, Anselme persista dans l'esprit d'équité qui lui avait inspiré cette réponse, et dans sa bienveillance pour les Anglais. Il fut l'un des plus zélés partisans du mariage que souhaitaient ceux-ci ; mais quand il vint à apprendre les bruits qui se répandaient sur le compte de la nièce d'Edgar , il déclara que rien ne saurait le déterminer à enlever à Dieu celle qui était son épouse, pour l'unir à un époux charnel'. Désirant pourtant s'assurer de la vérité, il interrogea Mathilde, et elle nia qu'elle eût jamais été vouée à Dieu, elle nia même qu'elle eût jamais porté le voile de son plein gré, et offrit d'en donner la preuve devant tous les prélats d'Angleterre : « Je dois confesser, « dit-elle, que quelquefois j'ai paru voilée ; mais en « voici la raison : dans ma première jeunesse, quand «j'étais sous la tutelle de Christine, matante, pour « me garantir, à ce qu'elle disait, contre le libertinage « des Normands , qui en voulaient à l'honneur de « toutes les femmes , elle avait coutume de placer
1. « Martyr, inquit^ videtur egreg-ius qui mori nialuit... Sic ergo Johannes pro veritate, sic et Elphegus pro justitia. » (Jolian. Sarisbur. de Vita Anselmi ; Anglia sacra, t. II, p. 162.)