‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 33 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

conquête, toutes les terres d'un riche Saxon appelé 1068 Brihtrik'. Cet homme, si l'on en croit de vieux récits, ne lui était point inconnu, et, dans un de ses voyages en Flandre, comme ambassadeur du roi Edward, il avait encouru les ressentiments de la fille du comte Baudoin en refusant de l'épouser. Ce fut Mathilde elle-même qui demanda au roi, son mari, de lui adjuger, avec tous ses biens, l'Anglais qui l'avait dédaignée, et elle satisfit à la fois sa vengeance et son avarice, en s'appropriant les terres et en faisant emprisonner l'homme dans une forteresse ^. C'est probablement à la suite de cette première invasion dans l'ouest que furent conquises et partagées les côtes de Sommerset et de Glocester. Quelques faits prouvent que cette conquête et ce partage ne se firent point sans résistance. Selon la tradition du pays, le monastère de Winchcomb perdit alors une grande partie de ses possessions, parce que les moines de ce lieu, qui étaient au nombre de trois cents, avaient pris les armes pour résister au roi Guillaume ^ Leur abbé, Godrik, fut saisi par les sol-

proprement une femme. — La reine Mathilde, récemment appelée en Angleterre par son mari;, avait été, comme lui, sacrée par l'archevêque Eldred.

1. ... Infra scriptas terras tenuit Brictric. Et post regina Matthildis. (Domesday-book, vol. I, fol. 101, recto.) — Voyez Henry Ellis, Introduction to Domesday-book, t. 11^ p. 54.

2. Cum Matildis regina, uxor conquiestoris, haberet nobilem virura... exosum... tempoi-e opportuno reperto, licentiata a rege, vegeque jubente, Ipsum... capi fecit et Wyntoniam adduci... Rex vero Willelmus dédit honorem Brictrici Matildi reginae. {Monasl. anglic^ Dugdale, t. I, p. 154.)

3. ... Quia minus caute sibi de futuris prospicientes, elegerunt eidem Willielmo duci pro viribus resistere^ aut eum forte debellare. (Ibid., p. 190.)

1068 dats normands et emprisonné à Glocester, et le couvent, odieux aux vainqueurs, fut donné en garde à Eghelwig, chef de l'abbave d'Evesham, que les annales contemporaines surnomment Eghelwig le Circonspect , l'un de ces hommes que les esprits timides louaient de ne point tramer de rébellion, et d'avoir dans le cœur la crainte de Dieu et du roi institué par lui*. Dès la première défaite de la nation anglaise, Eghelwig avait juré fidélité sincère à l'étranger pour qui Dieu se déclarait. Quand la conquête vint à s'étendre sur le pays de l'ouest, il se fit par ruse une part dans l'expropriation de ses compatriotes ; il leur vendait à prix d'or sa protection contre les Normands, et quand il les avait pour débiteurs, tout ce qu'ils possédaient, meubles et terres, passait entre ses mains ^. Le roi Guillaume l'aimait et l'honorait beaucoup ; il gouverna, selon le gré du conquérant, les moines rebelles de Winchcomb, jusqu'à ce qu'un étranger vint d'outre-mer pour remplir encore mieux cet office''.

Ainsi le domaine de l'indépendance anglaise allait se rétrécissant dans l'ouest ; mais les vastes provinces du nord offraient encore un asile, une retraite et des champs de bataille pour les amis du pays. Là se

1. ^gelvigus circumspectus abbas. (Chron. saxon., Fragm. sub anno mlxviii, apud Gloss., ed, Lye, t. II, ad tinem.) — ... Deo servantes tidem, et constitutum ab ipso vénérantes regem. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 509.)

2. ...Suam eis protectionem contra Xormannos spondet. Quos cum primo sic decepisset, non multo post astutia sua illos circumveniens, terra omnibusque rébus suis defraudavit, {Monast. anglic, Dugdale, t. I, p. 132.)

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