‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 4 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Stigand, l'ami de Godwin et de Harold, le seul me survivant de ceux qui avaient joué un grand, rôle politique dans la dernière crise de la nationalité anglo-saxonne, ne se trouvait pas alors dans la province où l'on posait les armes, mais à Londres, où personne encore ne songeait à se soumettre. Les habitants de cette grande ville et les chefs qui s'y étaient réunis avaient résolu de livrer une seconde bataille, qui, bien préparée et bien conduite, devait, selon toute apparence, être plus heureuse que la première ^ Mais il fallait un chef suprême, sous le commandement duquel toutes les forces et toutes les volontés fussent ralliées ; et le conseil national, qui devait nommer ce chef, tardait à rendre sa décision, agité et divisé qu'il était par des intrigues et des prétentions diverses. Aucun des frères du dernier roi, hommes capables de tenir dignement sa place, n'était revenu du combat de Hastings ; Harold laissait des fils encore très-jeunes et trop peu connus du peuple : il ne paraît point qu'on les ait proposés alors comme candidats à la royauté. Les candidats les plus puissants en renommée et en crédit étaient Edwin et Morkar, fils d'Alfgar, beaux-frères de Harold, chefs

et qui jam totam Angliam pugillo suo tenere credebat, nunc de propria vita vehementer diffidebat. (Chron. Willelmi Thorn., apud Hist. anglic. Script., col. 1786, éd. Selden.) — Lappenberg, Geschichte von England, t. II;, p. 65. — Voyez ci-après, Pièces justificatives, la ballade du seizième siècle.

1. Interea Stigandus, Cantuariensis ai"cbiprœsul, qui sicut excellebat opibus atque dignitate, ita consultis pîurimum apud Auglos poterat, cuin filiis Algardi aliisque pvîepotentibus pr£eliuin minatur. (Guill. Pictav., de Geslis Guillelmi ducis, apud Script, réf. anglic. et francic, t. XI, p. 99.) — Chron. saxon., Fragra. sub anno MLXVI, apud Gloss., éd. Lye, t. II, arl finera.

1066 à^ la Northumbrie et de la Mercie. Ils avaient pour eux le suffrage de tous les hommes du nord de l'Angleterre ; mais les citoyens de Londres, les habitants du sud, et le parti mécontent du dernier règne, leur^ opposaient le jeune Edgar, neveu du roi Edward, qu'on surnommait Etheling, l'illustre, parce qu'il était de l'ancienne race royale ^

Ce jeune homme, d'un caractère faible, et sans réputation acquise, n'avait pu balancer, un an auparavant, la popularité de Harold ; il balança celle des fils d'Alfgar, et fut soutenu contre eux par Stigand lui-même et par l'archevêque d'York Eldred^. Parmi les autres évêques, plusieurs ne voulaient pour roi ni Edgar, ni les compétiteurs d'Edgar, et demandaient qu'on se soumît à l'homme qui venait avec une bulle du pape et un étendard de l'Église ^ Leur avis, tout sacerdotal, n'eut aucun poids ; faisant acte de volonté patriotique, le grand conseil arrêta son choix sur un Saxon, mais sur celui qui était le moins propre à commander dans les circonstances difficiles, sur le jeune neveu d'Edward \ Il fut proclamé roi,

i. Edwinus et Morcharius^ amplce sjDei fi-atres, apud Londoniam audito interitus Haroldi nuntio, ui-banos sollicitaverunt ut alterutrum in regiium sublevareiit. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. m, apud Rer. anglic. Script., p, 102, éd. Savile.)

2. Aldredus archiepiscopus et civitas de Lundinio voluerunt habere tune Edgarum puerum in regem, ut eis satis natui-ale erat. {Chron. saxon. ^ Fragm. sub anno mlxvi, apud Gîoss., éd. Lye, t. II, ad linem.)

3. Caeteri proceres Edgarum eligerent, si episcopos assertoi-es haberent. (Willelm, Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 102, éd. Savile.)

4. Erat videlicet eorum voti summa non habere dominum quem non habuere compatriotam. (Guill. Pictav., de Geslis Guillelmi ducis, a^nà Script, rer. yallic. et francic, t. XI, p. 100.)

Page 1