LIVRE IV
après beaucoup d'hésitations, durant lesquelles un temps précieux fut perdu en disputes inutiles. Son avènement ne rallia point les esprits divisés ; Edwin et Morkar, qui avaient promis de se mettre à la tête des troupes rassemblées à Londres, rétractèrent cette promesse et se retirèrent dans leurs gouvernements du nord, emmenant avec eux les soldats de ces contrées, sur lesquels ils avaient tout crédit K Ils espéraient follement pouvoir défendre les provinces septentrionales, séparément du reste de l'Angleterre. Leur départ affaiblit et découragea ceux qui restèrent à Londres auprès du nouveau roi ; l'abattement, fruit des discordes civiles, succéda au premier élan de patriotisme excité par l'invasion étrangère ^.
Pendant ce temps, les troupes normandes approchaient de plus en plus , et parcouraient en divers sens les provinces de Surrey, de Hauts, de Hertford et de Middlesex, pillant partout, brûlant les villages et massacrant les hommes en armes ou sans armes ^ Cinq cents cavaliers s'avancèrent jusqu'au faubourg méridional de Londres, engagèrent le combat avec un corps de bourgeois qui se présenta devant eux,
1. Et Edwinus et Morcarusei promiserunt quodilli pro eo pugnare voluerunt ; at quo id semper provectius esse debuit, eo factum est id de die in diem tardius et deterius, adeo ut in fine penitus evanuit. (Chron. saxon., Fragm. sub anno mlxvi, apud Gloss., éd. Lye, t. II, adfinem.)
2. Ita Angli qui, in unam coeuntes sententiam, potuissent patriae reformareruinam... (Willelra. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, apud Ber. anglic. Script., p. 102, ed, Savile.)
3. Interea cornes Gulielmus Suthsaxoniam, Cantiam, Suthamtunensem provinciara, Suthregiam, Middelsaxoniam, Hertfordenseni provinciam devastabat, et villas cremare hominesque interficere non cessabat. (Florent.- Wigorn. Chron., v. 634.)
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I0G6 et incendièrent, dans leur retraite, les bâtiments situés sur la rive droite de la Tamise K Jugeant, par cette épreuve , que la grande ville saxonne était disposée à se défendre, Guillaume, au lieu de s'en approcher et d'en faire le siège, se porta vers l'ouest et alla passer la Tamise au gué de Wallingford, dans la province de Berks. Il établit dans ce lieu un camp retranché, et y laissa des troupes pour intercepter les secours qui pourraient venir des provinces occidentales; puis, se dirigeant vers le nord-est, il alla camper lui-même à Berkhamsted, dans la province de Hertford, pour interrompre également toute communication entre Londres et la contrée du nord, et prévenir le retour des fils d'Alfgar, s'ils se repentaient de leur inaction'. Par cette manœuvre, la capitale se trouva cernée; de nombreux corps d'éclaireurs en ravageaient les environs et en arrêtaient les approvisionnements, sans livrer aucun combat décisif. Plus d'une fois, les habitants de Londres en I vinrent aux mains avec les Normands; mais, par degrés, ils se fatiguèrent, et furent vaincus, moins par la force de l'ennemi que par la crainte de la famine
1 et par la pensée décourageante qu'ils étaient isolés de tout secours ^
Il y avait dans la ville deux pouvoirs dont l'accord était nécessaire et difficile à maintenir, la cour du roi
1. Cremantes quidquid redificiorum citra flumen invenere. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 205.) — Orderic. Vital. Hist. eccle!>iast.^ lib. IV, apud Script, rer. norinann., p. 503.)
2. Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 205. — Orderic. Vital. //(S/, ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 503.
3. Videutes demum... se diutius stare non posse. (Willelm. Gemet. Hist. Normann., apud Script, rer. normann., p. 288.)
et la ghilde ou confrérie municipale des bourgeoise La municipalité, pleinement libre, était régie par ses magistrats électifs, la cour avait pour chef l'officier du palais qu'on nommait staller, intendant^. Ce poste, à la fois civil et militaire, venait d'être rendu à riiomme qui l'avait exercé sous l'avant - dernier règne; c'était un vieux guerrier, nommé Ansgar, que ses fatigues et ses blessures avaient paralysé des jambes, et qui se faisait porter en litière partout où son devoir l'appelait^. Guillaume l'avait rencontré, en lOol à la cour du roi Edward; il crut possible de le gagner à sa cause, et lui fit porter par un émissaire secret ses propositions et ses offres, qui n'étaient rien moins, en cas de succès, que la lieutenance du royaume.
On ne peut dire si Ansgar fut ébranlé par ces promesses, mais il les reçut avec réserve, et, gardant sur elles un secret absolu, il prit un parti qui devait le décharger du péril d'avoir avec l'ennemi des intelligences personnelles. De son chef ou d'accord avec les conseillers du roi, il réunit les principaux
1. Voyez, sur ce genre d'institutions, le chapitre vi des Considérations sur l'histoire de France placées en tête des Récits des tem])s mérovingiens.
2. Voyez Ed. Lye, Dictionn. saxonico et gothico-latinum, aux mots Slallere, Steallere. — Eseo;arus regiœ procurator aul», qui est anglice dictus stallere, i. e. regni vexillifer. {Chron. anglo-normandes, t. II, p. 234.)