LIVRE V
cause de la conquête ne put faire oublier au conquérant que Gospatrik était Anglais, et qu'il avait été patriote : aucune complaisance n'était capable d'effacer cette tache originelle. Dans l'année même, le roi Guillaume enleva au Saxon la dignité qu'il avait achetée, mais sans lui rien restituer; et la raison qu'il allégua fut que Gospatrik avait combattu au siège d'York, et pris part à l'insurrection où avait péri Robert Gomine *. Saisi du même chagrin et du même remords qu'autrefois l'archevêque Eldred *, Gospatrik abandonna pour jamais l'Angleterre, et s'établit en Ecosse, où sa famille se perpétua longtemps, honorée et opulente ^ Le gouvernement, ou, pour parler comme les Normands, le comté de Northumberland fut donné alors à Waltheof, fils de Siward, qui, de même que son prédécesseur, s'était trouvé dans les rangs saxons au siège d'York, mais dont l'heure fatale n'était pas encore venue.
Après cette suite d'expéditions heureuses, le roi Guillaume, trouvant en Angleterre un moment d'abattement profond, ou d'heureuse paix, comme disaient les vainqueurs, hasarda un nouveau voyage en Gaule, où il était rappelé par des troubles et une opposition élevée contre son pouvoir. Le comté du Maine, enclavé, pour ainsi dire, entre deux États beaucoup plus puissants, la Normandie et l'Anjou,
1. ... llulta emptum pecunia... comitatum. (Monaxt. anglic, Diig- Jale, t. I, p. 41.) — ... Quia in parte hostium fuisset, cum Noriiiaoni apiil Eboracum necarentur... (Roger de Hoved. Annal., pars I aparl Ror. anglic. Script., p. 454, éd. Savile.)