‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 186 sur 268 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Mais un jour le roi de France s'avisa de dire en plai- iost santant avec ses amis : « Sur ma foi, le roi d'Angle- « terre est long à faire ses couches ; il y aura grande « fête aux relevailles. » Ce propos, rapporté à Guillaume, le piqua au point de lui faire tout oublier pour la vengeance. Il jura par ses plus grands serments, par la splendeur et la naissance de Dieu, d'aller faire ses relevailles à Notre-Dame de Paris, avec dix mille lances en guise de cierges '.

En effet, reprenant tout à coup son activité, il assembla ses troupes, et, au mois de juillet, il entra en France par le territoire dont il revendiquait la possession. Les blés étaient encore dans les champs, et les arbres se chargeaient de fruits. Il ordonna que tout fût dévasté sur son passage, fit fouler les moissons par la cavalerie, arracher les vignes et couper les arbres fruitiers*. La première ville qu'il rencontra fut Mantes-sur- Seine ; on y mit le feu par son ordre, et lui-même, dans une espèce de rage destructive, se porta au milieu de l'incendie pour jouir de ce spectacle et encourager ses soldats.

Comme il galopait à travers les décombres, son cheval mit les deux pieds sur des charbons recouverts de cendre, s'abattit, et le blessa au ventre. L'agitation qu'il s'était donnée en courant et en criant, la chaleur du feu et de la saison rendirent sa

1. Chronique de Normandie; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 240. — Quod quaudocumque a puerpeno si'.o levaret... mille candelas in reguo Francise illuminaret. {Chron. Johan. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 980, éd. Selden.)

2. ... Conculcationem segetum et extirpationem vinearum. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. VII, apud Script, rer. normann., p. 655.)

1087 blessure dangereuse * ; on le transporta malade à Rouen, et de là dans un monastère hors des murs de la ville, dont il ne pouvait supporter le bruit ^. Il languit durant six semaines, entouré de médecins et de prêtres, et son mal s'aggravant de plus en plus, il envoya de l'argent à Mantes pour rebâtir les églises qu'il avait incendiées ; il en envoya aussi aux couvents et aux pauvres de l'Angleterre, pour obtenir, dit un vieux poëte anglais, le pardon des vols qu'il avait commis '. Il ordonna qu'on mît en liberté les Saxons et les Normands qu'il retenait dans ses prisons. Parmi les premiers étaient Morkar, Siward Beorn, et Wulfnoth, frère du roi Harold, l'un de ces deux otages pour la délivrance desquels Harold fit son fatal voyage ^ Les Normands étaient Roger, ci-devant comte de Hereford, et Eudes, évêque de Bayeux, frère maternel du roi Guillaume.

Guillaume, surnommé le Roux, et Henri, les deux plus jeunes fils du roi, ne quittaient point le chevet de son lit, attendant avec impatience qu'il dictât ses dernières volontés. Robert, l'aîné des trois, était absent depuis sa dernière querelle avec son père. C'était à lui que Guillaume, du consentement des chefs de Normandie, avait légué autrefois son titre de duc ; et, malgré la malédiction qu'il avait pronon-

1. Tune ibi ex nimio œstu ac labore pinguissimus rex Guillelmus infirmatus est. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. VII, apud Script, rer. normann., p. 656.)

2. Quia strepitus Rliotomagi... intolerabilis erat tegrotanti. (Ibid.)

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