‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 235 sur 268 · II · texte numérisé non relu

II

1120 l'équipage poussa un cri de détresse qui fut entendu sur les vaisseaux du roi déjà en pleine mer; mais personne n'en soupçonna la cause'. L'eau entrait en abondance, le navire fut bientôt englouti avec tous les passagei^, au nombre de trois cents personnes, parmi lesquelles il y avait dix-huit femmes-. Deux hommes seulement se retinrent à la grande vergue, qui resta flottante sur l'eau : c'était un boucher de Rouen, nommé Bérauld, et un jeune homme de naissance plus relevée, appelé Godefroi, fils de Gilbert de l'Aigle^.

Thomas, le patron de la Blanche Nef, après avoir plongé une fois, revint à la surface de l'eau; apercevant les tètes des deux hommes qui tenaient la vergue : « Et le fils du roi, leur dit-il, qu'est-il arrivé de « lui *? — Il n'a point reparu, ni lui, ni son frère, ni « sa sœur, ni personne de leur compagnie. — Mal- « heur à moi ! » s'écria le fils d'Etienne ; et il replongea volontairement". Cette nuit de décembre fut extrêmement froide, et le plus délicat des deux hommes qui survivaient, perdant ses forces, lâcha le bois qui le soutenait, et descendit au fond de la mer en recommandant à Dieu son compagnon ''. Bérauld, le plus pauvre de tous les naufragés, dans son jus -

1. Omnes in tanto discrimine simiil exclamaveriint. (Orderic. Vital, Hist. ecclesiast., lib. XII, apiid Script, rer. normann., p. 867.)

2. Ibid. — Willelm. Malmesb., de Gcst. reg. angl., lib. V, apud Rcr, anglic. Script., p. 165, éd. Savile.

3. Duo soli virgaî qua vélum pendebat manus injecerunt. (Orderic. Vital Hist. ecclesiast., lib. XII, apud Script, rer. normann., p. 867.)

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