‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 236 sur 268 · LIVRE VII 31o · texte numérisé non relu

LIVRE VII 31o

taucorps de peau de mouton, se soutint à la sur- 1120 face de l'eau : il fut le seul qui vit revenir le jour ; des pêcheurs le recueillirent dans leur barque; il survécut, et c'est de lui qu'on apprit les détails de l'événement '.

La plupart des chroniqueurs anglais, en rappor tant cette catastrophe douloureuse pour leurs maîtres, paraissent compatir extrêmement peu aux malheurs des familles normandes. Ils nomment ce malheur une vengeance divine, un jugement de Dieu, et se plaisent à trouver quelque chose de surnaturel dans ce naufrage arrivé par un temps serein sur une mer tranquille^. Ils rappellent le mot du jeune Guillaume et ses desseins sur la nation saxonne : « L'orgueilleux, s'écrie un contemporain, il pensait à « son règne futur; mais Dieu a dit : Il n'en .^era pas (( ainsi, impie, il n'en sera pas ainsi ; et il est arrivé « que son front, au lieu d'être ceint de la couronne a d"or, s'est brisé contre les rochers '\ » Enfin ils accusent ce jeune homme et ceux qui périrent avec lui, de vices infâmes et, à ce qu'ils prétendent, inconnus en An srleterre avant l'arrivée des Normands^

1. Bevoldus autem, qui paiiperior erat omnibus, renoue amictus ex arietiuis pellibus, de tanto solus consortio diem \'idit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. XII, apud Script, rer. normann., p. 867.)

2. Manifestum Dei apparuit judicium... mare tranquillo pei-ienint. (Ger%-as. Cantuar. Chron., apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 1339, eJ. Selden.) — Enormiter in mari tranquillissimo. (Matth. Westmonast. Flor. hislor., p. 240.)

3. « Ille de regno future... cogitLbat; Deus autem dicebat : Non sic, impie, non sic. Contigit igitur ei quod pro corona anri, rupibus marinis capite scinderetur. » (Henrici Huntind. Epist. de conlemptu mundi : Anglia sacra, t. II, p. 696.)

4. Superbia tumidi, luxuriaj et libidinis omnis tabe maculati. (Gcr-

1120 Leurs invectives et leurs accusations passent souvent toute mesure; et souvent aussi ils se montrent flatteurs et obséquieux à l'excès, comme des gens qui haïssent et qui tremblent. « Tu as vu, écrit l'un « d'eux dans une lettre qui devait rester secrète, tu « as vu Robert de Belesme, cet homme qui faisait du « meurtre sa plus douce récréation; tu as vu Henri, « comte de Warwick, et son fils Roger, l'âme

^ « ignoble ; tu as vu le roi Henri, meurtrier de tant « d'hommes, violateur de ses serments, geôlier de « son frère'... Peut-être vas-tu me demander pour- « quoi, dans mon histoire, j'ai tant loué ce même « Henri. J'ai dit qu'il était remarquable entre les rois « par sa prudence , sa bravoure et ses richesses ; a mais ces rois, auxquels nous prêtons tous serment, « devant qui les étoiles du ciel semblent s'abaisser, « et que les femmes, les enfants et les hommes fri- « voles vont contempler au passage , rarement dans « leur royaume il se trouve un seul homme aussi « coupable qu'eux, et c'est ce qui fait dire : La a royauté est un crime '^. >>

iiQo Selon les vieux historiens, on ne vit plus sou-

n2i rire le roi Henri depuis le naufrage de ses enfants. Mathilde, sa femme, était morte, et" reposait à Win« cliester, sous une tombe dont l'épitaphe contenait

vas. Cantuai'. Chron., apud Hist. anglic. Script., t. 11^ col. 1339, eil. Selden.) — Scelus Sodomœ noviter in hac terra divulgatum. (Eadmeri Hist. nov., p. 24, éd. Selden.) — Nefandum illud et énorme Normannonun crimen. (.inglia sacra, t. II, p. 40.)

1. Henrici Huntind. Epist. de contemptu mundi ; Anijlia sacia, t. II, p. 698.

2. Nemo in regno eorum par eis... sceleribus ; unde dicitur : Regia res scelus est. (Ibid., p. 699.)

Page 1