‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 105 sur 233 · LIVRE II ns · texte numérisé non relu

LIVRE II ns

fût la domination étrangère, on trouva plus facile 1013 de s'y résigner tout d'un coup que d'attendre, au milieu des souffrances, sous un roi sans courage et sans vertu, le moment d'une servitude inévitable. Plusieurs provinces du centre et du midi se soumirent volontairement aux Danois; Oxford et Winchester ouvrirent leurs portes ; et Swen, s'avançant dans la contrée de l'ouest jusqu'au golfe de la Saverne, prit le titre de roi de toute l'Angleterre, sans aucune opposition1. Effrayé de l'abandon général, Ethelred s'enfuit dans la petite île de Wight, et de là passa le détroit pour aller en Gaule demander un asile au frère de sa femme, chef souverain de la province riveraine du cours inférieur de la Seine 2.

En se mariant à une femme étrangère, Ethelred avait conçu l'espoir d'obtenir des parents puissants de son épouse quelque secours contre les Danois; mais il fut trompé dans son attente. Ce mariage, qui devait procurer des défenseurs à l'Angleterre $, n'amena d'outre-mer que des solliciteurs d'emplois publics et des ambitieux avides d'argent et de dignités. Les villes dont la garde avait été remise à ces étrangers furent les premières rendues aux Danois4. Par un hasard singulier, le prince résidant en

1. ... Rex plenarius; fulle cyning. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 143.)

2. Chron. saxon., éd. Gibson, p. 144. — Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl.3 lib. II, apud fier, anglic. Script., p. 69, éd. Savile. — Henrici Huntind. Hist., lib. VI, apud ibid., p. 362.

3. ...Ad tuitionem et majorerai securitatem regni sni. (Cliron. Johan. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 883, éd. Selden.)

4. Henrici Huntind. Hist., lib. VI, apud fier, anglic. Script., p. 360, éd. Savile. — Rogerii de Hoved. Annal., pars I, apud ibid., p. 429, éd. Savile.

,0»3 Gaule, dont le roi d'Angleterre avait recherché l'alliance comme un appui dans la lutte contre les forces de la Scandinavie, était lui-même d'origine Scandinave, et petit-fils d'un ancien chef de pirates, conquérant de la province gauloise que sa postérité gouverna par droit d'héritage. Le chef de cette nouvelle dynastie, après avoir longtemps ravagé la contrée, y avait fixé ses compagnons de piraterie, et fondé avec eux un État qui de leur nom de nation s'appelait Normandie, ou terre des Normands1.

La Normandie était contiguë, du côté du sud, à la petite Bretagne, État fondé, comme on l'a vu plus haut, par d'anciens réfugiés bretons; et du côté de l'est elle touchait au vaste pays dont elle avait été démembrée, à la Gaule septentrionale, qui avait pris un nouveau nom, celui de France, depuis l'établissement des Franks. Les descendants de ces émigrés de la Germanie y habitaient encore, après cinq siècles, séparés des indigènes gaulois, moins par les mœurs et l'idiome que par la condition sociale. L'empreinte de la distinction des races se retrouvait dans la différence profondément marquée des conditions et dans les formules du langage qui servait à l'exprimer. Pour désigner la liberté civile au dixième siècle, il n'y avait, dans la langue parlée en France, d'autre mot que celui de frankise ou franchise-, selon les dialectes, et Franc signifiait à la fois libre, puissant et riche.

1. ... Quam Northmanniam Novthmanni vocaverunt, eo quod de Northwega egressi essent. (Script, rer. normarin., p. 7.)

2. Dans les actes latins, franchisia. Voyez le Glossaire de Ducange.

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