LIVRE II
Pour fonder et continuer à ce point la prédomi- 406 nance de la race conquérante, il n'eût peut-être pas soi suffi de la seule invasion des enfants de Merowig et de leur conversion au christianisme. Moins de trois siècles après leur établissement en Gaule, ces terribles envahisseurs étaient presque devenus Gaulois; les rois issus de Chlodowig, aussi peu offensifs que leurs aïeux s'étaient montrés farouches, bornaient leur ambition à faire bonne chère et à se promener doucement en char1. Mais alors il existait entre le Rhin et la forêt des Ardennes, sur le territoire que les Franks nommaient Oster-rike, ou royaume d'Orient, une population chez qui le caractère teutonique avait mieux résisté à l'influence des mœurs méridionales. Venue la dernière à la conquête de la Gaule, exclue de la possession des riches provinces et des grandes cités du Midi, elle aspirait à en usurper sa part, et même à supplanter dans leur domination les Franks du Neoater-rike ou du royaume occidental ~. Ce hardi projet, longtemps poursuivi avec des chances diverses, s'accomplit enfin au vnie siècle ; et, sous la forme d'une révolution de palais, il y eut une véritable invasion des Franks austrasiens sur les Franks neustriens. Un second partage de terres eut lieu dans presque toute la Gaule ; il s'éleva une seconde race de rois, étrangers à la première; et la conquête, en se renouvelant, prit un caractère plus durable.
Ce ne fut pas tout ; l'activité guerrière des Franks,
1. ... Plaustro bobus trahentibus vectns. (Annales fuldenses, apud Script, rer. gallic. et francic., t. II, p. 676.)