‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 131 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

peut savoir exactement sur quelle étendue de ter- 1015 ritoire il régnait, car les garnisons danoises, chassées alors de quelques villes, en conservèrent beaucoup d'autres, et même la cité de Londres demeura en leur pouvoir. Peut-être le grand chemin appelé Westlinga-street servait-il, pour la seconde fois, de ligne de démarcation entre les provinces libres et les provinces soumises à la domination étrangère. Le roi Knut, fils de Swen, mécomv .i: du partage que les Anglo-Saxons le contraignaient d'accepter, revint du Nord, et, ayant débarqué près de Sandwich, il fit, dans un mouvement de colère, torturer et mutiler sur le rivage de la mer tous les otages que son père avait reçus1. Cette cruauté inutile fut le signal d'une nouvelle guerre qu'Ethelred, désormais fidèle à ses promesses, soutint courageusement avec des chances diverses de succès et d .. revers. A sa mort, les Anglais 1016 choisirent pour roi, non l'un de ses enfants légitimes, demeurés en Normandie, mais son fils naturel Edmund, qu'on surnommait Côte de Fer, irenside, et qui avait donné de grandes preuves de courage et d'habileté. Par sa conduite énergique, Edmund releva un moment la fortune du peuple anglais ; il reprit Londres sur les Danois et leur livra cinq grandes batailles2.

1. Atque ibi in terrain exposuit ob des qui patri dati fuerant, pra> cisis eorum manibus eorumque nasis. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 145.)

2. Ibid., p. 148-150. — Henrici Huntind. Hist., lib. VI, apud Rer. anglic Script., p. 362 et seq., éd. Savile. — Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, ibid., p. 72. — Matthsei Westmonast. Flor. histor., p. 203 et 204. — Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 57 et 58, éd. Gale.

1016 Dans un de ces combats qui fut donné à trente milles V" de Londres1, et où les Anglais, d'aborïTlnis en déroute, eurent finalement l'avantage, un chef danois du plus haut rang, nommé Ulf, séparé des siens par les accidents de la bataille, s'enfonça dans une foret épaisse dont il ignorait les détours. Cherchant à se diriger vers la Tamise, où stationnait la flotte du roi Knut avec la réserve de l'armée, Ulf marcha inutilement toute la nuit, et, au point du jour, il rencontra un jeune homme conduisant un troupeau de moutons ; il le salua et lui demanda son nom2. « Je m'ap- « pelle Godwin, dit le jeune homme; et toi, n'es-tu «pas quelqu'un de l'armée de Knut? — Je suis, « reprit le chef, un des marins de sa flotte. Peux-tu « me dire quelle distance il y a d'ici à nos vais- « seaux? » Le jeune berger, dont la physionomie exprimait un mélange de finesse et de résolution, répondit : « Je ne vois pas pourquoi vous, Danois, « vous attendez de nous du secours, ayant mérité « tout autre chose3. — Jeune homme, répliqua Ulf « d'un ton insinuant, si tu voulais me montrer le « chemin jusqu'à nos vaisseaux, je t'en saurais beau- « coup de gré. — Tu as pris ton chemin à rebours, « dit le jeune Godwin, et tu t'es avancé bien loin dans

1. Près de Sceorstan, aujourd'hui Sherstùn, dans le comté de Wilts.

2. Tum in campis quibusdam ante se sitis gregem compelli vidit. qurc pecora a puero quodam adolescentiam jampridem ingresso agebantur. Ulvus dynasta accedens puerum salutavit et de nomine ejus qusesivit. (Knytlinga Saga, cap. il, apud Scripta historica fslandorum, t. XI, p. 180.)

3. Puer : Non est, opinor, car vos Dani auxilium a nobis expectetis, de quibus longe aliter promerueritis. (lbid.)

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